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Les dernières semaines, le monde s’est enfoncé dans une crise inédite et, plus qu’inédite, inattendue, tant elle a une odeur surannée pour les esprits naïfs et parfois prétentieux du XXIème siècle. Une pandémie. Il y a encore quelques mois, ce mot donnait l’impression d’être réservé aux livres d’Histoire et, bien qu’il soit cruel de le dire, à des régions du monde pauvres et peu développées. Pourtant le monde Occidental est plongé dans une épidémie de grande ampleur qui bouleverse la vie de milliards de personnes et qui agit sur la France comme un miroir impitoyable qui lui renvoie sa propre faiblesse, sa propre laideur. Notre pays est sorti de l’Histoire, cela on s’en doutait un peu. Ce dont on se doutait moins, c’est du nombre de chimères dans lesquelles nous entretenions un reste de vieille arrogance, les bribes d’une gloire définitivement rangée dans les livres d’Histoire, bien plus que ces pandémies qui elles, on le constate, existent encore.

Certaines années ressemblent à des décennies. 2020, qui est pourtant toute jeune, est de celles-là. Il suffit de parcourir les journaux datant d’il y a deux ou trois mois pour voir comme les choses sont allées vite et comme elles vont vite encore. En trois mois, la France a perdu ses dernières illusions. Le Figaro titrait par exemple il y a quelques semaines que la France était le pays le mieux armé du monde pour faire face à une épidémie. Cela grâce à son système de santé, le meilleur du monde développé. Il est vrai qu’en France, on aimait bien se le dire. Notre système de santé était le meilleur du monde. Comme toute notre organisation sociale, certes lourde en impôts, mais garantissant une protection et une présence de l’État-Providence, de l’Etat-Bouclier, de l’Etat-Maman. Nous étions écrasés de taxes, mais cet argent était, comme on dit aujourd’hui, une mesure barrière contre toutes les catastrophes. Il y avait en France cette foi un peu folle que rien de vraiment grave ne pouvait arriver en dehors des menaces exogènes comme le terrorisme musulman par exemple. Mais face à un virus, le fameux « modèle social français » s’interposerait entre nous et le drame.

 

C’est la première illusion perdue. Le système de santé français n’est plus, mais plus du tout, le meilleur du monde. Il est même plutôt inférieur à celui des grandes Nations européennes et définitivement distancé par ceux de certains pays développées comme la Corée du Sud. La France n’était pas mieux armée pour faire face à cette pandémie que l’Italie ou l’Espagne. Cela ne remet aucunement en cause l’énergie, le courage et le dévouement des personnels actuellement à l’œuvre dans les hôpitaux. Ces femmes (surtout) et ces hommes qui avant tout le monde s’étaient dévêtus de cette illusion dépassée, qui alertaient depuis des années, dont on a vu François Fillon se moquer à la télévision en plein milieu d’une campagne Présidentielle, ces « héros en première ligne » qu’on applaudit chaque soir à 20h actuellement, mais qu’on oubliera (profitons de cette crise pour cesser de nous leurrer) une fois la crise derrière nous.

Le meilleur système de santé du monde n’a pas de masques, pas de gel hydro-alcoolique, pas de protections pour les soignants qui doivent enfiler des surblouses en papier venues de Chine. Le meilleur système de santé du monde doit trier ses patients, sacrifier sans même agir un homme parce qu’il est trop vieux, une femme parce qu’elle est trop grosse. Le meilleur système de santé du monde n’a pas non plus de tests, alors il assène que tout ce qu’il est incapable de fournir ne sert à rien, il se paye de mots, de déclarations, d’intentions. Le Président aime répéter qu’il n’existe pas d’argent magique, et on souscrit volontiers à cette évidence. Mais l’argent qui existe, celui que les français consentent à verser à l’Etat qui, il faut toujours le marteler, n’a pas d’autre argent que celui qu’on lui donne, cet argent-là : où va-t-il ?

Face à son dénuement, l’État se transforme en système communiste à l’ancienne. Il réquisitionne des masques de particuliers ou d’entreprises privées, et même ceux commandés par des régions. Il tempère et, parfois entrave les initiatives individuelles qui pourraient par leur efficacité mettre encore plus en évidence ses carences et ses limites, il ment sans rougir. Les français ne vivent plus en France mais dans une version soft et un peu piteuse de l’URSS.

Les français ont perdu leurs dernières illusions sur leur classe politique. Depuis plusieurs semaines, nous assistons à une démonstration de médiocrité inédite sous la Vème République. Sans surprise. Cela a d’abord commencé avec Sibeth N’Diaye, porte-parole du gouvernement, qui a enchainé mensonges et boulettes – pour ne pas dire affronts éhontés – au début de la crise. Les masques ? Ils ne servent à rien. En fait ils servent mais à quoi bon puisque ces crétins de français ne sauront pas les mettre. Les Ministres ne font pas mieux. Jean-Michel Blanquer a enchainé les vexations, se voyant contredit après chaque déclaration. Il est aujourd’hui empêtré dans la décision du Président de rouvrir les écoles le 11 Mai, contre l’avis des « sachants », pourtant si chers à son cœur. Il y a eu cette Secrétaire d’Etat qui parlait boursicotage quand des gens mouraient. Il y a Nicole Belloubet qui libère des délinquants à tours de bras dans un silence médiatique effarant. La liste serait longue. Et on ne parle pas du Premier Ministre qui est visiblement à l’origine de la décision criminelle (il faut insister aussi sur les bons termes. Criminel est ici le bon terme) de maintenir le premier tour des municipales. Ou du Président jupitérien qui a muté en poète, forçant un lyrisme mielleux et indécent en des temps qu’il voudrait martiaux. Il aurait changé dit-on. Pourtant l’inconsistance politique était déjà au cœur de son génome. Ce qui n’est rien ne peut pas changer.

 

Le niveau baisse drastiquement partout. A l’école, dans le supérieur. Il n’y avait aucune raison pour que cette médiocrité institutionnalisée ne se répercute pas sur ce que la France appelait avec fierté ses « élites. » Encore une illusion perdue. Oui, nous sommes gouvernés par des gens dont le niveau est infiniment faible et lorsque l’Histoire reparaît, quand bien même cela se fait-il en des circonstances et des modalités inattendues, cette faiblesse devient mortelle, au sens premier du terme.

Il y a de quoi vous rendre mélancolique à se voir si petit dans le miroir d’un virus. Mais la mélancolie se change en douleur quand, à l’examen déjà bien triste, s’ajoute une impitoyable comparaison. Les français se plaisaient à vanter leur système ; ils se plaisaient encore plus à se comparer. Il y a une humiliation cuisante à devoir parler de la Suède, du Portugal ou de la république tchèque comme modèle. De tourner son regard vers la Corée du Sud et Taiwan pour voir qu’une crise peut être bien gérée. Il y a quelque chose de terrible à comparer un Emmanuel Macron, ancien énarque et banquier, archétype total, qu’il le veuille ou non, de cet ancien monde qu’il vouait aux limbes de l’Histoire, se prendre pour Clémenceau en susurrant à la télévision quand, de l’autre côté du Rhin, Angela Merkel, physicienne quantique, tient les rênes de son pays avec maitrise et précision en ne se laissant pas aller aux discours longs et vides, mais en s’en tenant à des conférences de presse claires, techniques, chiffrées, étayées. C’est la différence entre un dirigeant qui se regarde diriger un peuple qu’il méprise et une femme d’Etat qui croit en l’intelligence de son peuple.

Ce virus ce sont des vies perdues, des familles brisées, des deuils qu’on ne peut même pas vivre normalement. C’est ce confinement contre nature, cette vie mise en pause pour on ne sait combien de temps et qui ne reprendra pas le 11 Mai. Ce qui reprendra le 11 Mai, c’est le travail. Il fait produire de quoi se poser encore la question « où est l’argent ? ». C’est une douleur bien réelle, tangible. Mais comme lorsque nous étions enfant, la fessée fait souvent moins mal que l’humiliation. Il y a une douleur bien réelle dans ce déclassement de la France qui éclate au grand jour actuellement. C’est un affront à plus de mille ans d’Histoire de se voir ainsi dans la main de la Chine pour à peu près tout. De voir la France être la dernière roue du carrosse pour l’achat de tests, de masques (parfois rachetés sur le tarmac par les américains qui doivent bien rire). Toutes ces choses qu’avec une industrie nationale, un peu de souveraineté l’on produirait beaucoup et bien sur notre propre sol.

Il ne faudra rien oublier quand tout cela se finira.  Ni les responsabilités, ni les mensonges. 2022 approche et ce n’est pas cette année blanche qui nous contredira. Il faudra voter avec sa mémoire. Réindustrialiser la France devra être un prérequis de tous les programmes. Il faudra aussi tout détruire pour tout reconstruire. Cela se fera avec la volonté pressente du peuple, ou ne se fera pas. La vie d’avant, qu’on nous vante en haut lieu et qu’on devrait avoir hâte de retrouver, c’est justement la vie qui a mené à ces désastres. C’est la vie qui profite aux mêmes et qui nous a fait perdre toutes nos illusions. Alors au lieu de se ruer dans les bars (il faudra tout de même soutenir nos bistrotiers, nos restaurateurs etc…) pour rattraper les apéros perdus et de danser dans les rues pour nous étourdir; au lieu en somme de reprendre le fil de nos existences au milieu de leur ancienne inconséquence, il nous faudra aussi préparer l’après et refaire la France.

Auteur : Ruben de Paz.

https://unenfantdusiecle.wordpress.com/2020/04/27/dans-le-miroir-du-virus-la-france-voit-ses-illusions-perdues/?fbclid=IwAR0vP1ln33JVWjI863QUoLyODm2maarkrfEHqm-JhN1M2m3xPASAn-LEYv8

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