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La population égyptienne vient de dépasser les cent millions d’habitants et progresse d’un million supplémentaire tous les six mois, un défi dont le régime Sissi n’a pris que tardivement la mesure.

L’Egypte avait pourtant connu, comme l’ensemble du monde arabe, une spectaculaire transition démographique jusqu’à la décennie passée. Le taux de fécondité avait en effet chuté de 5,3 enfants par femme en 1980 à 3 en 2008, une évolution avant tout gagée sur la promotion sociale des femmes en termes d’accès à l’éducation et, dans une moindre mesure, au marché du travail.

Après le putsch de Sissi, en 2013, le taux de fécondité, remonté à 3,5 enfants par femme en 2014, n’arrive pas à retrouver sa tendance antérieure à la baisse, avec une résistance plus sensible en milieu rural, mais qui affecte toute la population féminine du pays. Il s’agit d’un phénomène de « contre-transition démographique » et ce renversement de tendance est particulièrement net en Egypte, où il s’accompagne d’un double recul, celui de l’âge médian du mariage, d’une part, et celui de la part des femmes sur le marché du travail, d’autre part. A titre de comparaison, la République islamique d’Iran connaît un taux de fécondité de 1,8 enfants par femme et la Tunisie de 2,2.

Ce n’est que récemment que Sissi a pris conscience de la menace pour la stabilité de l’Egypte que constitue la bombe à retardement démographique, désormais placée sur le même plan que le défi « terroriste ». La population égyptienne ne cesse d’inexorablement progresser. Cette croissance exponentielle intervient de surcroît sur une étroite bande de terre, limitée à la vallée du Nil et à son delta, représentant moins de 5% de la superficie d’un pays largement désertique. Les campagnes de contrôle des naissances, enfin lancées avec l’aval des imams d’Etat et de la propagande officielle, peinent à l’évidence à produire des résultats tangibles. Les allocations familiales ne sont désormais plus accordées au-delà du deuxième enfant. Mais le budget de l’éducation est loin d’être une priorité, face aux formidables dépenses militaires et aux 45 milliards de dollars alloués au chantier pharaonique d’une nouvelle capitale. Et les 10 millions des Egyptiens les plus pauvres, délaissés de fait par l’aide publique, continuent de miser sur une nombreuse progéniture pour assurer leur quotidien, voire leur avenir.

Il n’était que temps que l’Egypte de Sissi renonce à son natalisme d’Etat. Reste à savoir si le tournant amorcé par le régime ne représente pas trop peu, trop tard, face à l’ampleur de cette « contre-transition démographique ».

Source : Le Monde & Israël Valley

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