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La décision de Washington de se retirer du Nord de la Syrie préoccupe Jérusalem et à juste titre. Car l’Iran et la Turquie, des ennemis d’Israël, semblent être les grands gagnants de cette mesure.

Dans toute la région, les États-Unis sont une nouvelle fois perçus comme abandonnant ses alliés. Dans le passé, les alliés israéliens avaient également tendance à être des alliés des États-Unis. Par exemple, pendant la période de la guerre froide dans les années 1960, Israël entretenait des relations avec l’Iran et la Turquie, tandis que les Soviétiques armaient la Syrie et en Égypte.

Aujourd’hui l’Iran est un adversaire des États-Unis. Ses groupes alliés iraniens, les houthis au Yémen ou le Hezbollah, aussi. Des États-Unis puissants sont la clé de la sécurité israélienne. Un Washington perçu comme faible et indigne de confiance dans la région sera mis à l’épreuve par les adversaires et les ennemis d’Israël et de l’Amérique. Washington avait commencé sa campagne dans l’est de la Syrie pour vaincre l’Etat islamique. La priorité de Jérusalem était alors que l’Iran ne comble pas le vide laissé par Daesh.

Israël était heureux et soulagé de voir les forces alliées des États-Unis s’emparer de zones de l’Etat islamique. L’ancien conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, semblait être en faveur du maintien des États-Unis en Syrie jusqu’au départ des forces iraniennes. Et avait laissé entendre en juin dernier qu’Israël et les États-Unis pourraient faire pression sur la Russie pour faire sortir l’Iran de la Syrie. Cela semble à présent très loin, avec le feu vert donné hier par les Etats Unis à Ankara dans le Nord de la Syrie. Il n’y a de plus aucune preuve que la Turquie et l’Iran s’opposent. Au lieu de cela, les dirigeants turcs et iraniens se rencontrent et discutent régulièrement. Ils semblent disposés à diviser la Syrie en sphères d’influence, la Russie gérant les deux côtés. L’Iran, la Turquie et la Russie s’opposent donc tous à la politique américaine en Syrie.

Pour Israël, cette réduction de l’influence américaine en Irak et en Syrie signifie désormais que l’ennemi est plus proche que jamais de ses portes. Le commandant de la Force Quds iranienne, Qassem Soleimani, a déclaré récemment qu’il considérait la présence américaine en Irak en 2006 comme un obstacle pour aider le Hezbollah à combattre Israël. Un obstacle qui n’existe donc plus. Il existe bien maintenant une route menant à la mer ou à un pont terrestre reliant Téhéran au Golan et au Liban.

La décision américaine de quitter l’Est de la Syrie est brutale, ni les alliés européens ni les forces démocratiques syriennes, ni Israël ont été avisés. Cela démontre que les États-Unis peuvent élaborer une politique à coup de tweet et de retweet. Ce qui signifie que « l’accord du siècle» de Washington et autres projets sont loin d’être clairs. Un Washington erratique, même s’il semble plus favorable à Israël que le gouvernement précédent, soulève plus de questions que de réponses. Les ennemis d’Israël exploitent ce type d’incertitude. Israël n’est pas consulté par Washington sur la stratégie régionale. Il existe un sentiment selon lequel qu’Israël est de plus en plus seul et ne peut compter que sur lui-même.

Décryptage dans ma correspondance quotidienne en direct de Jérusalem dans le Grand Journal de Judaiques FM 94.8 ou en podcast sur judaiquesfm.fr. Tzom Kal et Hatima Tova !

Nathalie Sosna-Ofir
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