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Au mois d’août dernier, le Collège de France et l’université de Tel-Aviv ont entrepris leur deuxième campagne de fouilles sur le site israélien de Kiriath-Jearim, où l’Arche aurait été entreposée plusieurs siècles avant notre ère.

Ces recherches se font dans un monastère, tenu par des religieuses françaises qui s’y sont installées au début du XXe siècle, en surplomb du bourg musulman et chrétien d’Abou Gosh. C’est vers ses profondeurs que se tournent les fouilleurs bénévoles, des étudiants pour la plupart. Chaque matin du mois d’août, à l’aube, une trentaine d’entre eux ont émergé du silence pour rejoindre l’une des trois fosses ouvertes en bordure du monastère, à la lisière des champs d’oliviers. Armés de grattoirs et de brosses, ils ont creusé pendant des heures cette terre dont chaque centimètre carré contient des vestiges, comme si la colline entière n’était qu’un enchevêtrement de reliques.

L’objectif de la mission scientifique, menée par Thomas Römer, titulaire de la chaire « milieux bibliques » au Collège de France, d’Israël Finkelstein, figure éminente de l’archéologie israélienne et Christophe Nicolle, archéologue au CNRS, n’est pas de trouver l’arche d’alliance, mais de chercher des traces de ce coffre dont il est question 178 fois dans la Bible. Autrement dit, d’en savoir plus sur l’Ancien Testament et son élaboration. Le tout grâce aux dons de Vlad et Sana Shmunis, un couple de riches Américains d’origine russe.

Israël Finkelstein l’affirme, « les questions qui émanent de ce site sont très importantes. Elles évoquent des luttes de pouvoir ».

Etonnante continuité. Car, dans l’Israël d’aujourd’hui, la bataille de l’histoire se poursuit avec la même ardeur. Au point que, pour les nationalistes et les religieux, le sous-sol constitue un enjeu presque aussi capital que le sol lui-même. La raison est simple : à leurs yeux, chaque parcelle de terre peut receler une preuve que le peuple juif était là avant tout le monde, donc avant les Palestiniens.

Yonathan Mizrahi, responsable de l’ONG Emek Shaveh, qui lutte contre l’instrumentalisation de l’archéologie, déclare  : « Au lieu de parler de la Cité de David, il faudrait dire que cette ville a été construite par les Cananéens, puis les Judéens, puis les Romains, et enfin les Byzantins : il s’agit d’une chaîne de civilisations. Nous ne sommes pas seuls, ici ! »

Rien n’est simple, donc, car tout est à double tranchant. D’un côté, les pires intentions peuvent produire des résultats scientifiques passionnants; de l’autre, les recherches les plus rigoureuses sur le plan scientifique peuvent être utilisées à des fins partisanes. « Il est clair que les fouilles de Kiriath-Jearim n’ont pas été menées dans un but politique, observe Jean-Jacques Pérennès, directeur de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem. Mais rien ne dit que d’autres ne s’empareront pas du dossier… »

Le dilemme est terrible. Faudrait-il cesser de creuser ? « L’archéologie peut être exploitée d’une manière négative, par la droite ou par la gauche, mais ce n’est pas la majorité des cas », conteste Israël Finkelstein, avant d’ajouter : « Ceux qui font le plus de mal à cette discipline sont ceux qui sélectionnent les données, pour parvenir aux résultats qui les intéressent. » En attendant, à Kiriath-Jearim, les fosses ont été recouvertes jusqu’à la prochaine campagne de fouilles, peut-être en 2021. Et le site rendu à son silence, à peine troublé par les pèlerins en visite.

De leur côté, les religieuses de Saint-Joseph-de-l’Apparition, dont plusieurs sont d’origine palestinienne, poursuivent sans relâche leurs prières pour la paix.

Source : Le Monde & Israël Valley

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