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Lynchage numérique : « Les réseaux détruisent et construisent ». Un article publié par le joiurnalle Monde est aussi applicable en Israël avec une différence. Les israéliens confrontés avec ce phénomène sont très suspicieux lorsque la meute internet attaque. Des contre feux très efficaces s’ouvrent très vite.

Ni la loi ni les contre-feux ne permettent de résister au lynchage numérique. Comment civiliser les réseaux, s’interrogent dans une tribune au « Monde » l’avocate Delphine Meillet et le communicant Antoine Dubuquoy.

Le lynchage est une réaction émotionnelle primaire. La sentence et son exécution sont simultanées. Le même enchaînement conduit les foules numériques. Une communauté s’indigne, la victime – un individu, une institution, une entreprise, une autre communauté – est désignée par les meneurs et la foule est entraînée dans cette boule de neige destructrice. Pour l’essentiel des audiences tenues sur Facebook, Twitter ou l’ensemble des réseaux sociaux, la « communauté » sert indifféremment de lance et de bouclier.

Ricaner, se moquer, critiquer, dénoncer, tout en se drapant dans une morale de façade, permet d’exprimer l’agressivité, catharsis toxique. Cette ambiguïté anthropologique ne date pas de l’émergence du monde numérique, mais lui a permis d’exploser. Depuis 2004 et le vote de la loi pour la confiance dans l’économie numérique, l’arsenal juridique a peu évolué.

Les difficultés de la défense

En théorie, la responsabilité de l’auteur des propos tenus sur le Net est clairement désignée ; encore faut-il qu’il ne se retranche pas derrière l’anonymat, auquel cas des investigations sont nécessaires. Mais l’hébergeur, lui, plate-forme d’échange ou de partage, est difficilement mis en cause, à l’exception des cas de terrorisme ou de pédophilie où il réagit de manière quasi instantanée. Le cœur du réacteur est là : la latitude à mettre en cause les réseaux sociaux n’est pas à la mesure de leur pouvoir instantané de masse.

Au constat des dangers issus de ces usines à produire de l’opinion, il faut ajouter leur incapacité à l’oubli. Les peines prononcées, les erreurs commises ignorent le regret, la rédemption, faisant fi de la correction des mensonges avérés. Il est devenu presque impossible de nettoyer les entrailles des plates-formes gavées de data. Les personnes, les entreprises sont quasi désarmées pour se protéger et ne peuvent, tel un saumon, que remonter à contre-courant la rivière, petit à petit.

Pour le communicant, la question est d’autant plus aiguë que la première condamnation d’un procès numérique vise la réputation. Une institution, un groupe d’individus, une entreprise ou une personne peut se transformer en cible presque instantanément. Quand la machine est lancée, la réaction en chaîne est vertigineuse. Peu importe la vérité du sujet, seule compte son apparence. Quand la tempête s’abat sur l’objectif et se transforme en typhon, le communicant n’a pas beaucoup de ressources pour entraver le tsunami.

 

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