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Une performance retentissante de Berlioz à l’Elbphilharmonie
Doron Dinai, Carmela Serfaty

Beaucoup d’encre a coulée sur cette nouvelle salle de concert, conçue par Herzog et De Meuron , inaugurée en 2017, transformant Hambourg en métropole culturelle. Comme pour la Philharmonie de Paris, le retard de la livraison ainsi que le prix supérieur au budget initial n’ont pas surpris le public parisien. En peu de temps, le bâtiment devint un lieu de pèlerinage, et les foules le visitent pour être impressionnées par le bâtiment et non seulement par la musique qui y est jouée. Bien des superlatifs ont été lancés sur la conception, hybride et innovante du bâtiment ainsi que sur la grande salle, à plusieurs niveaux et à l’acoustique performante.

Outre les nombreux orchestres invités qui se produisent dans ce le lieu, il existe un certain nombre d’ensembles orchestraux qui sont résidents à L’Elbphilharmonie: le NDR Nord Deutscher Rundfunk, qui a même nommé sa structure d’après ces lieux; le Hamburg Symphoniker, fondé en 1957, alors que la plupart de ses concerts ont lieu à l’ancienne Laeiszhalle; l’Ensemble Resonanz, fondé en 1994 et se produisant dans la petite salle des récitals et le Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, qui est l’orchestre le plus ancien et le plus occupé de tous.

Ce dernier fait également office d’orchestre de ballet et d’opéra de Hambourg et accompagne plus de 200 spectacles d’opéra et de ballet par an, en plus des concerts symphoniques qu’il donne. Les représentations de ballet et d’opera ont lieu à l’Opéra de Hambourg, situé ailleurs. Dans le cadre de l’harmonieux Elbphilharmonie, cet orchestre donne des concerts symphoniques, ainsi que des concerts de chambre dans la salle des récitals. L’orchestre a été fondé en 1828 puis réuni avec le Stadttheater de Hambourg en 1934. Depuis 2015, le chef d’orchestre principal de cet orchestre est   M.  Kent Nagano, qui est également directeur musical de l’Opéra de Hambourg, ayant le même orchestre. Avant cela, il était directeur musical du célèbre Staatsoper bavarois à Munich.

Kent Nagano est bien connu des mélomanes israéliens suite à ses précédentes visites en Israël. Parlant avec lui, il a déclaré que lors de la prochaine saison, il devra se rendre de nouveau en Israël en juin 2020 pour produire la Troisième Symphonie de Mahler. Ceci fait partie d’un ambitieux programme pluriannuel visant à enregistrer toutes les symphonies de Mahler avec l’orchestre philharmonique israélien et Kent Nagano en tant que chef d’orchestre.

À la fin du mois d’août, l’Orchestre philharmonique de Hambourg organise une série de concerts académiques d’une semaine environ, conformément à la tradition de M. Nagano, l’objectif déclaré est d’adopter une approche expérimentale et d’inclure, entre autres, des œuvres moins connues, y compris celles de compositeurs renommés. Cette année, la plupart des concerts ont eu lieu dans les salles de l’Elbphilharmonie. Certains étaient donnés autrefois dans des églises et dans d’autres bâtiments historiques de la ville. Le point culminant du festival était un concert ouvert le 31 août au Rathausmarkt dans le centre-ville, avec environ 7 000 spectateurs sur le site et un grand nombre de téléspectateurs en direct. Ces concerts sont populaires et remplissent les salles.

Nous avons écouté deux concerts. L’un d’eux, en matinée, s’est déroulé dans la Kleiner Saal du complexe, donné par l’ensemble vocal americain Chanticleer. Il comprenait des œuvres instrumentales  et vocales de Hildegard von Bingen, de Josquin des Prez, de Charles Gounod, de Mendelssohn, de Brahms et de Dvorak. Le programme était non conventionnel, avec une représentation dans la première partie d’œuvres du début du baroque qui ne sont pas souvent entendues.  Ces œuvres ont permis à l’ensemble Chanticleer de mettre en valeur ses capacités vocales impressionnantes, en particulier dans des fragments d’acapella. D’autres morceaux donnaient une représentation hardie des instruments à vent de l’orchestre. La kleiner Saal, sans splendeur ni éclat, en forme de boîte rectangulaire classique et aux murs uniformément jaunâtres et à la texture ondulée, nous a surpris  par son excellente acoustique.

Le deuxième concert a eu lieu dans la grande salle à plusieurs niveaux (Grosser Saal). Il s’est également concentré sur les œuvres vocales et a notamment inclus l’opus 60 Die erste Walpurgisnacht de Mendelssohn, puis le Te Deum op. 22 de Hector Berlioz.

D’après le poème de Johann Wolfgang von Goethe, l’œuvre de Mendelssohn raconte la tentative des druides dans les montagnes du Harz, dans le centre de l’Allemagne, d’organiser leurs rituels païens contre la résistance croissante des chrétiens. Mendelssohn a écrit cette œuvre sous forme de cantate pour qu’elle soit conservée telle une œuvre paîenne et non sacerdotale. Certains pensent que cette œuvre reflète l’origine juive de Mendelssohn, soulignant que les chrétiens y sont décrits sous un jour peu flatteur par rapport aux druides.

L’intégration cette saison de L’œuvre de Berlioz à ce programme a été influencée en partie par le 150e anniversaire de la mort du compositeur. Certains disent que l’une des raisons qu’elle ne soit pas souvent jouée, réside dans la nécessité de répondre aux demandes extrêmement lourdes d’une énorme chorale et d’un très grand orchestre.

En France, naturellement, elle est jouée plus souvent. Par exemple, à Paris, cette pièce a été jouée la dernière fois en juin 2015 et à nouveau en mai 2019 à la Philharmonie. Cette pièce de musique grandiose a été écrite à temps pour le triomphe de Napoléon, mais elle a finalement été consacrée a Albert, le Prince Consort britannique . Selon les exigences initiales de Berlioz, un orchestre de 134 musiciens était requis, un orgue devant être placé du côté opposé de la salle de concert (ou de l’église, si l’œuvre était jouée à l’église), ainsi que deux chorales de 100 chanteurs chacune, plus un troisième choeur de 600 garçons, placé à mi-chemin entre l’orgue et l’orchestre, représentant la « communauté ».

En tant que chef, Kent Nagano a exercé une habileté impressionnante en dirigeant simultanément une composition orchestrale de plus de 100 musiciens et une composition de chanteurs comprenant 483 chanteurs venant de12 chorales. Ces volumes sont restés entiers pour jouer l’oeuvre de Berlioz, mais ont été légèrement diminués pour celle de Mendelssohn. De plus, dans l’œuvre de Berlioz, comme demandé par le compositeur, il a fait participer le grand orgue installé en permanence dans la grande salle. Pour l’œuvre de Mendelssohnn, trois solistes supplémentaires ont rejoint l’orchestre et les choeurs: Annika Schlicht (Alt), Pavel Cernoch (Ténor) et Thomas E. Bauer (Bass-Baritone).

  1. Nagano et l’orchestre qu’il dirige ne reculent point devant de tels défis. D’une manière assez rapprochée de sa prise de direction de l’orchestre de Hambourg, il a dirigé l’orchestre dans  un autre chef d’œuvre de Berlioz – l’opéra Les Troyens, qui occupe également une place importante par ses dimensions, sa longueur et sa complexité.

Certes, si l’on devait choisir un endroit approprié pour exécuter ces œuvres monumentales, l’Elbephilharmonie fait partie des lieux qui leur rendent justice. La grande scène permet à un grand orchestre, même renforcé, d’être placé comme l’exige le travail de Berlioz. Le grand orgue installé dans la salle doit avoir été essentiel à la performance, et les vastes locaux de représentation autour de la scène ont permis d’y placer des centaines de chanteurs et 12 chorales. L’image et le son qui en résultaient étaient très impressionnants, et la puissance émotionnelle dégagée est restée mémorable. Les vifs applaudissements de la foule nombreuse à la fin du concert ont résonné avec  superbe, même sans la nécessité d’une acoustique particulière de la salle.

Les lecteurs seront peut-être intéressés d’apprendre qu’un festival musical réputé a lieu dans le Schleswig-Holstein pendant l’été, sur divers sites de la région. Quelques concerts de ce festival ont également lieu à Hambourg et à l’Elbphilharmonie. L’Académie philharmonique de Hambourg n’a aucun lien formel avec ce festival; cependant, ses concerts ont lieu à la fin du festival de Schleswig-Holstein, de sorte que les personnes intéressées puissent facilement créer un programme qui profitera aux deux festivals. Cette année, le festival de Schleswig-Holstein a également accueilli un certain nombre de musiciens israéliens renommés, dont la soprano Chen Reiss et le chef d’orchestre Omer Meir Wellber.

 

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