Partager

Benny Padani, véritable «mémoire» horlogère du pays, est aujourd’hui à la tête d’une chaîne de neuf boutiques et sans doute le détaillant le plus prestigieux d’Israël, y représentant notamment Patek Philippe.

Fort d’une longue expérience et dans un français parfait (il est né à Bruxelles), il relate une anecdote savoureuse: «Je me souviens d’un rapport, à l’époque, de Breitling qui indiquait concernant Israël une sentence définitive: pas de culture horlogère!» Néanmoins, avec les nouvelles technologies de l’information et comme partout ailleurs sur la planète, les habitants en apprennent toujours davantage sur les montres.

Qui compose donc l’essentiel de la clientèle des boutiques horlogères de luxe en Israël? Différents sons de cloche chez Padani – où la clientèle est essentiellement étrangère – et chez Chronotime, un détaillant qui compte une boutique à Tel Aviv et une autre dans le prestigieux Hôtel King David de Jérusalem et représente notamment Zenith, IWC ou encore Vacheron Constantin: «Notre clientèle est israélienne à 70%, explique son directeur Ro’i Aharoni. L’industrie high-tech notamment, qui connaît un vrai boom en Israël, est un bon pourvoyeur de clients.» De fait, une Silicon Valley locale (la «Silicon Wadi») s’est mise en place autour de Tel-Aviv. Ce sont des ingénieurs israéliens qui sont notamment les inventeurs de la clé USB en 1999!

Benny Padani connaît lui aussi bien cette nouvelle clientèle high-tech… mais il s’agit d’une génération difficile à cerner, souligne-t-il: «Certains vont s’orienter vers l’Apple Watch, d’autres ne changent pas leurs habitudes de consommation quand ils comment à gagner beaucoup d’argent. Ils sont très différents des générations qui les ont précédés.»

Padani à Jérusalem

Les deux détaillants s’accordent sur l’importance grandissante du tourisme d’achat, notamment du tourisme médical, qui prospère en Israël. «Il est fréquent que nous recevions un appel de Russie ou des Etats-Unis d’un client qui nous annonce qu’il viendra en Israël le mois prochain, explique Ro’i Aharoni. Aujourd’hui, le monde est devenu un village global. Et en investissant sur le marché israélien, les Juifs de l’extérieur ont le sentiment de soutenir le pays. A terme, je pense qu’il y aura une égalisation des prix au niveau mondial. C’est le service qui fera la différence.» Le détaillant compte d’ailleurs un Service Center situé à City Garden, au centre de Tel Aviv.

Aléas géopolitiques

Le tourisme se profile donc comme le créneau à même de donner un second souffle à l’industrie horlogère, sur un territoire qui reste très exigu. Avec neuf boutiques maillant ce petit pays, Padani y assure une forme d’omniprésence: «C’est peut-être même trop, car le territoire n’est pas bien grand!, estime Benny Padani. Surtout, il faut être réactif et s’installer en les lieux les plus stratégiques. Par exemple, Eilat n’est plus vraiment un «hot spot» pour la vente de montres.»

Le pays tente aujourd’hui d’attirer davantage de touristes – entre Tel-Aviv, la «Miami» de la Méditerranée, et Jérusalem avec son patrimoine culturel et religieux inégalé. Pour preuve, le récent départ du tour cycliste d’Italie, le Giro, organisé à Jérusalem et sponsorisé à coup de millions. Mais tout dépend, au final, de la situation géopolitique. «L’industrie touristique n’est pas encore aussi grande qu’elle pourrait l’être, poursuit Benny Padani. Beaucoup craignent encore de se rendre en Israël.»

Malgré l’arrivée de compagnies low-cost comme EasyJet, le pays reste considéré comme une «destination «exotique» pour les Européens, en comparaison avec la Grèce par exemple». De manière générale, le détaillant estime que les montres plus accessibles sont achetées par des locaux et les plus onéreuses par des étrangers. «Les grands acheteurs ne viennent pas d’Israël. Les Israéliens achètent plutôt leurs montres à l’étranger car ils peuvent récupérer la TVA. C’est un peu ironique: les étrangers ont tendance à acheter ici et les locaux à l’étranger!»

https://www.europastar.ch/le-carnet/470-israel-en-quete-de-touristes-horlogers.html

Partager