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Standard & Poors a pourtant maintenu la note de crédit d’Israël à AA- : l’agence de notation américaine mise toujours sur la vigueur de l’économie israélienne, prévoyant un taux de croissance de 3,2 % en 2019.

UN ARTICLE LES ECHOS. Gel législatif, vote différé du budget, voire report du « plan Trump » : la liste est longue des répercussions – tant sur le plan économique que politique – du bis repetita électoral israélien.

« Absurde, coûteux, kafkaïen » … Le sentiment de gâchis est  prédominant parmi les Israéliens depuis la dissolution in extremis, le 29 mai, de la 21e Knesset tout juste élue.
Ce scénario politique sans précédent , qui prévoit de nouvelles élections le 17 septembre pour la deuxième fois en moins de six mois, laisse le pays aux mains d’un gouvernement de transition mis en place en décembre dernier, et ce, peut-être jusqu’à la date butoir du 1er novembre.
« Près d’un an d’intérim, de gel législatif ou d’incapacité à prendre de grandes décisions, c’est du jamais vu ! », déplore Denis Charbit, professeur de sciences politiques de l’Université ouverte d’Israël.
Toutes les institutions israéliennes sont affectées : l’armée, le pouvoir, l’appareil judiciaire, ou encore le système de santé.

Un coût économique

Sur le plan économique, l’organisation d’une nouvelle consultation devrait coûter 475 millions de shekels (117 millions d’euros), accroissant le déficit public du pays, qui s’établissait en avril à 3,8 % du PIB, soit bien au-delà de l’objectif annuel de 2,9 %.
Avec le report des négociations budgétaires, le pays fonctionnera avec la même enveloppe jusqu’en 2020. Standard & Poors a pourtant maintenu la note de crédit d’Israël à AA- : l’agence de notation américaine mise toujours sur la vigueur de l’économie israélienne, prévoyant un taux de croissance de 3,2 % en 2019.
Sur le plan politique, l’habileté tactique du « roi Bibi » , piégé par son ancien allié ultra-nationaliste et ex-ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a subi un revers cinglant.
La décision de Benyamin Netanyahou de dissoudre la Knesset a été un coup de théâtre . « Le renvoi du ministre et leader de la droite, Naftali Bennett, illustre la personnalisation de la vie politique israélienne et ses règlements de comptes », ajoute Denis Charbit.

Rallier les votes russes

A l’en croire, les petits partis de droite comme de gauche devraient multiplier les alliances pour briser l’impasse d’un paysage électoral fragmenté ; tandis que Netanyanou « va mettre les bouchées doubles pour rallier les votes russes », histoire de pouvoir se passer de l’appui de leur porte-voix, Avigdor Lieberman. Quant à  Benny Gantz, tête de la liste centriste « Bleu Blanc », arrivée en seconde position lors du scrutin très serré du 9 avril, il accuse le patron du Likoud de mener Israël au « chaos absolu ».
« Netanyahou aurait pu donner à un autre parti l’occasion de former une coalition, a-t-il déclaré.
Nous retournons aux urnes uniquement parce qu’il veut échapper aux poursuites pénales dans les trois affaires pesant sur lui ».
Le Premier ministre doit être entendu par le Procureur général d’Israël le 2 octobre,  en vue de sa future inculpation pour corruption , fraude et abus de confiance. Mais cette audience pourrait être différée.

Incidence sur le plan diplomatique

Enfin, la crise politique est susceptible d’avoir une incidence sur le plan diplomatique.
« Israël est dans une grande pagaille avec ces élections. Les Israéliens doivent se ressaisir », a réagi Donald Trump, qui a comblé son allié, avec le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et la reconnaissance de la souveraineté du Golan.
Le président américain doit dévoiler via son conseiller, Jared Kushner, le volet économique de  son plan de paix pour le Proche-Orient , lors de la conférence de Bahreïn, les 25 et 26 juin.
« Certes, on n’attendait pas grand-chose de cette initiative, rejetée par les Palestiniens avant même d’être présentée, et dont l’annonce a été maintes fois reportée.
Mais l’instabilité gouvernementale israélienne contrarie le calendrier de Donald Trump, qui s’apprête à entrer en campagne pour sa réélection », conclut l’universitaire Denis Charbit.
Et ce, alors que le « deal du siècle », entièrement coordonné avec Benyamin Netanyahou, dépend aussi de la survie politique du leader israélien.

Nathalie Hamou

Source Les Echos

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