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La mission chinoise Chang’e 4 a aluni au début de l’année, les Indiens comptent suivre bientôt, les Israéliens ont failli réussir voici quelques semaines, les Américains sont lancés dans la conception d’une station spatiale lunaire, l’Europe rêve d’un village implanté sur notre satellite… Les expéditions lunaires connaissent de nouveau le succès. Explications avec Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire au Cnes.

Tout le monde ou presque pointe son doigt vers la Lune. Et tout le monde ou presque la regarde : la Chine, l’Inde, Israël, l’Europe, les États-Unis… Les milliardaires eux-mêmes rêvent de conquête spatiale : près Elon Musk, c’est au tour de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, de lorgner vers les étoiles – et les planètes. Et, l’été dernier, des chercheurs de la Nasa ont obtenu la preuve de la présence d’eau glacée sur la Lune, aux pôles nord et sud. Cette eau « pourrait peut-être devenir une ressource pour les futures expéditions d’exploration ou de séjour sur la Lune », avance les scientifiques.

Si toutes les agences spatiales rêvent de nouveau de la Lune, elle n’est qu’un moyen pour atteindre d’autres objectifs, explique Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire, au Centre national d’études spatiales (Cnes).

Chine, Inde, États-Unis… Pourquoi cet engouement renouvelé pour la Lune ?

Pendant quatre décennies, entre 1976 (Luna 24) et 2016, il y a eu très peu de missions lunaires. Parce qu’elles étaient des Poulidor, elles arrivaient en deuxième position lors des sélections. Le retour est politique. Les agences spatiales ont des raisons diverses. La Lune est un banc de test accessible pour l’agence spatiale chinoise qui a pour ambition de se lancer dans l’espace lointain. Elle est relativement proche, 400 000 km, mais vous avez toutes les difficultés inhérentes à l’exploration planétaire : la trajectoire, les insertions en orbite planétaire, voire l’atterrissage qui est très difficile sur la Lune.

Les missions lunaires chinoises ont pour but de développer les technologies nécessaires pour aller plus loin : après la Lune, ils vont envoyer des missions vers Mars, Vénus, Jupiter. Ils vont attaquer l’exploration planétaire plus classique. Les missions lunaires ont également un rôle politique de vitrine à usage interne et externe. On n’est pas dans la démarche de l’Europe et du Japon, qui est plus dictée par la science.

Et les Indiens ?

Les Indiens ont une démarche assez similaire à celle de la Chine. Ils ont fait Chandrayaan 1 (la mise en orbite d’un satellite autour de la Lune, en 2008). Chandrayaan 2 pourrait être lancé au printemps 2019 : un atterrisseur avec un petit rover, comme la dernière mission chinoise (Chang’e 4 qui s’est posée sur la face cachée de la Lune aujourd’hui).

Les Indiens semblent les suivre pas à pas, c’est assez étonnant. Pour l’instant, les retours scientifiques des missions chinoises et indiennes ne sont pas vraiment nouveaux et percutants. Ça viendra. Mais il faut du temps pour atteindre le meilleur niveau en termes de qualité des détecteurs, de qualité des instruments. Ce n’est pas simple quand vous partez de presque zéro. Mais les Chinois sont très impressionnants et vont très vite.

Leur projet de base lunaire est sérieux ?

Les Chinois ont l’ambition d’envoyer un taïkonaute sur la Lune, de refaire Apollo : c’est affiché pour 2036. Leur projet de Lunar Research Station, annoncé pour 2030, serait plutôt une station automatique. Le retour majeur sur la Lune est américain.

https://www.ouest-france.fr/sciences/espace/pourquoi-aujourd-hui-tout-le-monde-veut-retourner-sur-la-lune-6156944

Copyright photo : Hergé a écrit On a marché sur la Lune en 1954. © DR

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