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Boaz Golany, le vice-président du Technion, un institut de technologie public basé à Haïfa, explique comment le contexte géopolitique a obligé Israël à se tourner dès les années 1960 de façon massive vers l’innovation. L’armée a eu un rôle central.     

Il faut connaître notre histoire pour comprendre comment Israël est devenu aujourd’hui « le pays de la tech ». Dans ses premières années d’existence, Israël était un pays assez pauvre s’appuyant sur une économie en grande partie basée sur l’agriculture. Un virage majeur a été amorcé dans les années 1960, qui n’a jamais été remis en question par les gouvernements qui se sont succédé depuis – et ce quelles que soient leurs appartenances politiques – avec une part importante du produit intérieur brut (PIB) – de l’ordre de 4,5 % chaque année – consacrée à la recherche et au développement. Cette politique constante a favorisé l’entrepreneuriat dans les domaines technologiques de pointe.

La défense, moteur en matière d’innovation. Le rôle de l’armée en faveur de l’innovation a été central. Le chef du gouvernement David Ben Gourion [Premier ministre de 1948 à 1953 puis de 1955 à 1963, ndlr] avait instauré un commandement militaire scientifique destiné à recruter les plus brillants cerveaux pour que nous soyons les plus efficaces possible face à nos nombreux adversaires. Le contexte géopolitique nous oblige en effet à inventer les solutions les plus pertinentes et les plus innovantes et à sans cesse nous remettre en question. Cet état d’esprit et ce dynamisme se concrétisent dans le monde entrepreneurial par des créations nombreuses de start-up chaque année.Si ce commandement scientifique n’existe plus aujourd’hui, les programmes de formation de la défense ont perduré, permettant à des personnes hautement formées de prendre ensuite des responsabilités dans des sociétés privées ou de créer leurs propres entreprises après qu’elles sont retournées à la vie civile. Il n’y a rien de similaire dans les autres pays. Ces parcours entre secteurs public et privé, avec des passerelles et des interactions régulières, permettent de dépasser les cloisonnements et d’instaurer une culture commune qui ne met pas d’un côté le monde administratif et de l’autre le tissu entrepreneurial.L’armée a par exemple permis à l’aérospatial de se développer formidablement. Nous avions besoin à l’origine d’être dotés d’une force aérienne. Aujourd’hui, nous sommes une référence internationale dans le domaine de l’aéronautique au point d’être capables d’envoyer en vaisseau spatial en direction de la Lune [un petit véhicule baptisé Beresheet a été envoyé depuis Cap Canaveral, en Floride, le 22 février dernier, en mission d’exploration, ndlr]. Un programme comme celui-ci a été possible parce qu’il s’est appuyé sur notre écosystème de l’innovation.La feuille de route high-tech dictée par les universités. Au-delà de l’armée, les universités ont elles aussi eu une importance déterminante : le credo de la high-tech a été grandement dicté dans les années 1960 par des professeurs des départements de technologie des universités. Ils ont assumé des décisions fortes relatives à certains pans de l’économie en nous conduisant à abandonner certaines vieilles traditions. Ainsi, l’électricité était autrefois produite de manière artisanale. Désormais, nos stations et nos réseaux de distribution d’électricité sont à la pointe et nos entreprises interviennent dans des pays étrangers.
Les exemples de ce type sont nombreux sur d’autres volets de l’économie, avec des avancées technologiques basées sur des programmes initiés et conçus dans nos universités.

Véritables accélérateurs scientifiques, elles accueillent davantage d’étudiants qu’autrefois et contribuent à un rayonnement international avec des synergies dans le monde entier. Ces collaborations internationales sont indispensables pour une nation de 9 millions d’habitants. Et cette méthode d’ouverture se concrétise fortement au sein de Technion avec, notamment, des échanges prononcés avec la France.

Nous organisons chaque année à Paris un événement associant des étudiants et des start-up françaises et israéliennes. Ainsi, des étudiants de Polytechnique, de l’Institut des Mines-Télécom, de l’École des Mines ParisTech ou de l’université de Strasbourg échangent avec un tissu d’entrepreneurs de nos deux pays. Un événement comme celui-là est pertinent, parce que ces étudiants deviendront les startuppers de demain. C’est la méthode portée par Israël que de favoriser un écosystème associant entreprises, start-up et étudiants. Des rencontres, des échanges et des coopérations peuvent naître les initiatives « tech » les plus brillantes.

https://www.acteurspublics.com/2019/05/17/boaz-golany-comment-israel-est-devenu-le-pays-de-la-tech

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