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La cuisine est-elle si centrale dans la culture israélienne ?

J.B. : La cuisine est un des aspects du patrimoine national et véhicule des symboles qui démontrent des évolutions dans les mœurs et les comportements israéliens. Ce n’est pas par hasard si demeure une querelle, entre Israël et le Liban sur l’origine du houmous. Le fallafel, jusque-là le plat national, a été supplanté par le sushi. Cela est révélateur, selon moi, d’une métamorphose importante. Tel-Aviv est aujourd’hui la troisième place au monde pour la vente de sushis par habitant. Etudions ce qui distingue ces deux mets.

La pita est mangée à la main après avoir été remplie de nombreux ingrédients, symbole de la diversité de la société israélienne. Le sushi lui est souvent consommé de manière plus isolé et montre un certain enrichissement. On peut également citer le cas du café : longtemps adeptes du noir (le fameux « café boss »), les Israéliens ont désormais adopté les capsules de Nespresso, marqueurs d’une réussite matérielle.

A propos de la passion israélienne pour le barbecue, vous expliquez qu’il ne s’agit pas d’une simple histoire de viande.

J.B. : Le barbecue est le symbole de Yom Haatsmaout, le jour de la fête d’Indépendance. Les odeurs de viande grillée envahissent le pays ce jour-là. Le barbecue est aujourd’hui le symbole de l’enrichissement, de la réussite et du patriotisme. La viande, qui coûte cher en Israël en raison de son importation, devient de meilleure qualité : on a remplacé le kebab et les merguez par de l’entrecôte et des steaks asado. Cela peut être un moyen d’afficher son ascension sociale, les Israéliens ayant un rapport décomplexé à l’argent. Les techniques se sont également perfectionnées avec l’utilisation de plus en plus fréquente du gaz et de l’électricité plutôt que du feu de bois.

Un article de Steve Nadjar pour A.J. Actualités Juive.

LE LIVRE. A travers un dictionnaire où se croisent Ben Gourion, les tomates cerises et les fameuses « matkot » des bords de plage, l’économiste décrit les mutations de la société israélienne. Editions Plein Jour, 296 p., 21 euros

http://www.actuj.com/2018-05/france-politique/6674-jacques-bendelac-israel-est-desormais-une-societe-de-consommation-de-masse#

 

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