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Début 2014, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a affiché les nouvelles ambitions de la Start-up Nation en matière de cybersécurité. « Quand on parle cybersécurité, je veux que l’on pense Israël », avait-il lancé, en janvier, depuis Beer-Sheva*.

Afin d’honorer cette ambition, l’armée a concentré ses services dédiés à la sécurité informatique dans cette ville du sud du pays, aux portes du désert de Néguev. Forces armées spécialisées, université Ben-Gourion et parc technologique privé (CyberSpark), dont un seul bâtiment est à ce jour occupé, cohabitent dans un espace séparé de quelques centaines de mètres par la voie ferrée débouchant sur une toute nouvelle gare, à une heure de Tel-Aviv.

La réussite de cette conquête des marchés de la cybersécurité revêt un double enjeu pour l’Etat juif, deuxième acteur mondial du secteur derrière les Etats-Unis. L’un est démographique : le désert de Néguev couvre 60 % du territoire hébreu et n’abrite que 10 % de la population. Les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de chercher à peupler cette région à laquelle les entreprises et les travailleurs ont toujours préféré le climat balnéaire de Tel-Aviv. Le second est économique : le poids de la cybersécurité est estimé à 2,7 milliards d’euros dans le pays, soit 5 % du marché mondial.

« En l’espace de cinq ans, au moins dix-huit multinationales ont racheté des spécialistes israéliens du secteur pour un montant total de 1,7 milliard d’euros », avance Yoav Tzurya, consultant pour le fonds d’investissement local Jerusalem Venture Partners (JVP). Parmi les acquisitions les plus marquantes, la prise de contrôle par IBM de Trusteer, un fournisseur de logiciels antifraudes, pour près de 440 millions d’euros. Autre fait marquant : la vente du logiciel de codage de messagerie Navajo à l’Américain Salesforce, éditeur de logiciels de gestion de la relation client (CRM).

Le choix de la Silicon Wadi

Cisco a annoncé son intention de créer son propre incubateur sur la Terre promise, tandis qu’un autre géant américain, General Electric, a investi plusieurs millions de dollars, aux côtés de JVP dans le fournisseur de solutions de sécurité, ThetaRay. « Nous ne sommes pas dans le mythe, mais dans la réalité des affaires », insiste Yoav Tzurya, représentant d’un fonds qui prévoit d’investir environ 100 millions d’euros d’ici à 2018 pour le développement de start-up dans le domaine de la cybersécurité. Anticipant l’arrivée de l’armée sur place, JVP a monté son propre incubateur au rez-de-chaussée d’un bâtiment accueillant déjà les bureaux d’IBM, Oracle, Lockheed Martin, EMC, ou encore Deutsche Telekom.

Dans le secteur, l’opérateur allemand fait figure de pionnier en Israël. Présent depuis 2004 à Beer-Sheva dans le cadre d’une collaboration avec l’université Ben-Gourion, le leader européen des télécommunications vient d’inaugurer le T-Labs, un laboratoire de recherche particulièrement innovant en termes de structure mixte public/privé. C’est au cœur de la « Silicon Wadi » (en référence à la Silicon Valley) que l’entreprise a choisi d’implanter son premier centre de R & D hors d’Allemagne il y a dix ans, avec l’objectif de travailler sur la sécurisation des données mobiles et, plus récemment, sur les systèmes Android.

Auprès des consultants de Deutsche Telekom, une centaine d’universitaires et une soixantaine d’étudiants cohabitent dans une ambiance « start-up », sur un plateau ouvert doté d’une salle de sport. « Nous développons ici des technologies nouvelles, jusqu’à arriver à une preuve de concept, détaille le professeur Bracha Shapira, directrice de projet au sein du T-Labs. La plupart de nos recherches ont un lien avec la cybersécurité, mais l’ensemble de nos travaux ne sont pas réalisés pour le compte de Deutsche Telekom. Quand des entreprises sont en quête d’analyses, nous répondons à des appels d’offres. Dans mon équipe, nous avons déposé l’an dernier une douzaine de brevets », détaille-t-elle. L’universitaire restera cependant discrète sur le montant investi par le géant allemand pour le développement du T-Labs israélien. Elle ne sera guère plus diserte sur la répartition des royalties perçue pour l’exploitation des brevets développés par les chercheurs.

Secteur où la discrétion fait loi, la cybersécurité n’est-elle pas trop sérieuse pour être confiée à des étudiants ? « La scolarité universitaire est précédée par des années de service militaire obligatoire », rappelle Dominique Bourra, conseiller en cybersécurité pour la Chambre de commerce France-Israël (lire ci-contre). Barack Chizi, directeur de recherche au sein du laboratoire, complète : « Beaucoup d’étudiants au laboratoire viennent des divisions informatiques de l’armée. Demeurer discret sur leurs travaux n’est pas un problème. C’est quelque chose qu’ils ont intégré depuis longtemps et qui va de soi. »

Véritable intelligence autour des systèmes d’information

Engagement patriotique et développement économique semblent être intimement liés en Israël. Pays, qui compte, informatiquement, parmi les plus attaqués au monde au regard de sa petite taille, mais il a su développer une véritable « intelligence » autour de la question de la sécurisation des données et des systèmes d’information. « Tsahal investit énormément dans ce secteur, constate Yoav Tzurya. Quand ils sortent de l’armée, les jeunes israéliens qui ont travaillé dans la cybersécurité ont une telle maturité, que l’on ne trouve aucun capital humain de ce niveau ailleurs dans le monde, à part peut-être aux Etats-Unis », commente-t-il.

Bien au-delà des aides gouvernementales à l’emploi de cadres, promises aux sociétés emménageant à Beer-Sheva, c’est bien l’installation des services informatiques de l’armée et sa proximité avec l’université qui doit inciter le secteur privé à venir s’implanter dans le Néguev. Dans cette perspective, Liran Tancman, ingénieur en biologie, sortant des services informatiques de l’armée a développé l’entreprise Cyactive en levant 1 million d’euros auprès de JVP. Il s’est installé dans l’incubateur créé par le fonds d’investissement. Partant du constat que « la plupart des pirates utilisent la même souche pour développer leurs virus », cette société développe des protections à même de détecter une évolution possible des malwares. « Nous travaillons sur des algorithmes d’intelligence artificielle inspirés de la santé, en faisant des prédictions de l’évolution de ce virus », explique le directeur général.

https://www.alliancy.fr/international/securite/2014/11/06/israel-se-specialise-en-cybersecurite

 

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