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Pour la derniere ligne droite de sa campagne électorale, Benyamin Netanyahu a mis le paquet. Après avoir agité l’épouvantail d’une défaite de la droite, le premier ministre israélien a promis, à trois jours du scrutin, d’annexer les villes et villages de Judée Samarie, où vivent 400.000 Israéliens. Bouton panique ou stratégie efficace pour grappiller des votes chez les électeurs indécis? Mardi 9 avril, plus de 6 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes, et le «roi Bibi» y joue sa survie.
Après 13 ans au pouvoir, le vétéran de la politique israélienne veut décrocher un cinquième mandat qui lui permettrait de battre, en juillet, le record de longévité du fondateur de l’État d’Israël, David Ben Gourion.
«Netanyahu cherche à secouer les partisans de la droite, à les inciter à voter pour maximiser ses chances de former la prochaine coalition», analyse le politologue du centre de recherches d’Herzliya, Maoz Rosenthal. Pour gouverner, il faut être capable de rallier au moins 61 membres de la Knesset sur 120. À ce jeu, Benyamin Netanyahou possède la meilleure main.La droite marche en têteCar au parlement israélien, tout est une question de calculs. Dans les sondages, le Likoud, parti du premier ministre, est au coude-à-coude avec la liste centriste Bleu et Blanc de Benny Gantz.
Chacun récolte une trentaine de sièges. Il faut donc former des alliances. Netanyahu peut compter sur plusieurs petits partis de l’ultra-droite, des nationalistes aux ultra-orthodoxes.
«C’est lui qui est en meilleure position pour bâtir une coalition», estime Rosenthal.
Son adversaire Benny Gantz, un ancien chef de l’armée israélienne, ne peut en dire autant car il est novice en politique et n’a pas d’alliés solides: les travaillistes d’Avi Gabbay sont en déroute, tandis que Meretz, formation très à gauche, ne récolte que quelques sièges.
Une entente avec les partis arabes? Hautement improbable. Conséquence: ce qu’on appelle le «bloc de droite» est en tête de la course, laissant présager la poursuite du règne de Benyamin Netanyahu.
À moins d’un coup de théâtre qui irait au-delà des scandales de pots-de-vin, cigares de luxe ou manigances pour obtenir une meilleure couverture médiatique qui hantent Netanyahu mais ne semblent pas l’ébranler.
«Ni les électeurs ni ses alliés politiques ne se soucient de ces allégations. S’il est officiellement accusé dans les prochains mois, ce sera une autre histoire», nuance Maoz Rosenthal.
Car jusqu’à présent, le procureur général Avichaï Mandelblit n’a fait qu’annoncer son intention d’enquêter sur le premier ministre pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois procédures différentes, mais il n’a pas encore prononcé d’inculpation.

Stature de chef d’État

«Les Israéliens ont du mal à imaginer l’avenir sans Bibi. Sa capacité à diriger le pays prend le pas sur l’idée qu’il soit corrompu.
C’est très émotif», illustre Liraz Margalit, spécialiste du comportement des électeurs à l’Université hébraïque de Jérusalem.
Dans les dernières semaines, Benyamin Netanyahu a multiplié les bons coups diplomatiques.
Donald Trump a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan. Ou encore, le président brésilien, Jair Bolsonaro, a prié au mur des Lamentations en compagnie du premier ministre, une première pour un dirigeant étranger. Sans compter le récent rapatriement du corps d’un soldat israélien disparu depuis la guerre du Liban en 1982, avec l’aide de la Russie.
«Les électeurs veulent un chef d’État capable de négocier avec les leaders du monde. Même s’ils ont soif de changement, Benny Gantz n’est pas une alternative crédible en raison de son manque d’expérience. Les Israéliens préfèrent la stabilité à l’incertitude», prédit la chercheuse.

Nombreux indécis

La campagne électorale, rythmée par les attaques personnelles et la question sécuritaire autour de Gaza, n’a laissé aucune place aux débats de société. Difficile pour les électeurs de se faire une opinion.
«Il y a encore un très grand nombre d’indécis», prévient cependant Liraz Margalit. Plusieurs d’entre eux prendront une décision à la dernière minute.
«Peut-on vraiment faire confiance aux sondages?» questionne le journaliste d’Haaretz, Anshel Pfeffer.
La diversité de la société israélienne, le petit nombre de sondeurs et la volatilité de l’électorat compliquent n’importe quel pronostic.
Selon lui, «cette élection est la plus difficile à prévoir» depuis la toute première victoire de Netanyahu en 1996. Même si Bibi semble imbattable, rien n’est encore gagné.

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