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Les Israéliens iront aux urnes mardi. Le premier ministre Benyamin Netanyahu pourrait perdre le pouvoir aux mains de Benny Gantz, un ancien des forces armées israéliennes.
Mais leurs positions sont très semblables, expliquent Dahlia Scheidlin, politologue montréalaise du groupe de réflexion Mitvim de Tel-Aviv, et Aaron Miller, ancien conseiller du département d’État américain qui est maintenant lié au groupe de réflexion Woodrow Willson à Washington.
Qui va gagner mardi ?
Aaron Miller : Les derniers sondages placent Netanyahu et Gantz au coude-à-coude, et il n’y en [a] plus depuis vendredi. Mais il est plus probable que Netanyahu arrive à établir une coalition majoritaire pour gouverner à partir de son parti Likoud.
Deux facteurs peuvent jouer à la dernière minute : une fatigue de l’électorat pour Netanyahu, qui en sera à ses cinquièmes élections consécutives, et la possibilité que certains petits partis de la droite religieuse ne parviennent pas à dépasser le seuil de 3,25 % permettant d’avoir des sièges à la Knesset [le Parlement d’Israël].

Les accusations de corruption contre Benyamin Nétanyahou vont-elles jouer un rôle ?
Aaron Miller : Je ne pense pas. Il faudra de huit à neuf mois pour qu’il y ait un procès et on s’attend à ce qu’il réussisse à faire adopter une loi protégeant un premier ministre en exercice.

Quelles sont les différences de position entre la coalition de droite dirigée par le Likoud de Benyamin Netanyahu et la coalition de centre gauche dirigée par la liste Bleu et blanc de Benny Gantz ?

Aaron Miller : C’est très difficile à dire. Israël, de manière générale, dérive de plus en plus vers la droite.
Dahlia Scheidlin : Personne à gauche n’a osé prononcer le mot « paix » de peur d’être qualifié de mou. Il est possible qu’avec Gantz, il y ait une croissance moins rapide des colonies juives en Judée Samarie. On peut aussi s’attendre à un plus grand respect de l’indépendance judiciaire.

Quelles sont les forces et les faiblesses de Netanyahu ?
Aaron Miller : Il est au coude-à-coude avec Gantz, étant donné que ce dernier est un militaire.
Mais au chapitre des affaires internationales, Netanyahu a au moins 20 points d’avance sur Gantz dans les sondages.
Il est partout sur la scène mondiale et Israël a des relations avec un nombre sans précédent de pays. Il bénéficie aussi d’une forte croissance économique et il a réduit la taille de l’État.
Dahlia Scheidlin : Netanyahu n’a pas d’avantage au niveau militaire, mais par sa stature internationale, dans un monde en évolution, il semble le seul capable de parler avec les puissances de ce monde, de la Russie aux États-Unis en passant par les Arabes.
Sa réputation sur le plan économique est étrange. Il y a huit ans, il a fait face à des manifestations contre la hausse du coût de la vie. Rien n’a changé sur ce point, mais les Israéliens sont fiers de leur secteur technologique de classe mondiale.

L’appui de Donald Trump à Netanyahu est-il important ?
Aaron Miller : On voit d’immenses pubs des deux ensemble. Il est crucial d’avoir de bonnes relations avec l’allié le plus important d’Israël.
Le déménagement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem et la lutte contre les boycottages de produits fabriqués en Judée Samarie sont des enjeux symboliques qui pourraient faire basculer des indécis mardi.

Le Hamas joue-t-il un rôle dans la campagne ?
Aaron Miller : Le Hamas aime mieux un diable qu’il connaît, d’autant que Netanyahu semble décidé à autoriser une croissance économique à Gaza, semblable à celle que l’on voit en Judée Samarie. Un accord avec l’Égypte qui prévoit un nouveau port et une augmentation de la zone de pêche de Gaza semble en voie d’être conclu.
Netanyahu y voit une occasion de consacrer la division de la Palestine en deux zones irréconciliables et le Hamas a désespérément besoin de cette croissance économique pour rester au pouvoir.
Dahlia Scheidlin : Netanyahu a réussi à éviter une escalade comme en 2014, ce qui lui aurait nui. Le Hamas a probablement collaboré avec cette stratégie.

Le retrait des soldats américains basés en Syrie a-t-il eu un impact ?
Dahlia Scheidlin : Netanyahu a réussi à gérer la guerre civile de Syrie sans y participer, hormis des attaques contre des convois du Hezbollah et des bases de l’Iran, et à empêcher l’Iran de s’établir de manière permanente dans le sud de la Syrie. Le départ des Américains ne change pas grand-chose.

Source La Presse

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