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Trois questions à Dominique Bourra : Consultant et organisateur d’un salon dédié à la cybersécurité pour la Chambre de commerce franco-israélienne, Dominique Bourra décrypte pour Alliancy, le mag, les ressorts de l’économie de la cybersécurité en Israël.

Propos recueillis par Guillaume Mollaret

D’où vient l’idée pour Israël de devenir leader mondial dans le domaine de la cybersécurité ?

Le Premier Ministre Benyamin Netanyahou a dit qu’Israël avait les capacités de production d’une nation d’un milliard d’habitant en matière de cybersécurité. C’est un propos très provocant, mais il cadre une ambition liée à des impératifs de défense, car c’est l’un des pays les plus cyberattaqués au monde. Il doit donc être en mesure de se défendre, d’attaquer et de contre-attaquer.

Quel est le rôle de l’Armée dans la structuration de cette économie ?

Absolument capital. L’Armée est le centre de gravité de la cybersécurité. Ce qui définit la culture technologique israélienne, c’est le mash-up, c’est-à-dire un cumul et une agrégation des compétences à un moment donné. Dans le domaine qui nous intéresse, on parle de l’armée comme d’un espace collaboratif sans équivalent en Occident. Durant la durée de leur service militaire [trois ans pour un homme et vingt-deux mois pour une femme, ndlr], de jeunes experts signent un contrat avec leur pays, qui les forme. La valeur patriotique est telle, qu’il n’y a pas de concurrence. Ensuite, les innovations mises au point par un individu dans le cadre de son service militaire sont nettes de droit. C’est une des clés. Quand il finit son service militaire, l’innovateur peut donc récupérer cette technologie afin de développer son propre business grâce à elle. Il a déjà constitué autour de lui une équipe qui a travaillé ensemble, sur une technologie qui a servi. Il lui reste alors à lever quelques millions de dollars pour développer cette idée.

Est-ce plus, ou moins, difficile en Israël qu’en France ?

C’est plus facile ! Un certain nombre de fonds de capital-risque sont des fonds experts, dont les consultants sont issus de Tsahal. Ces fonds ne vont pas seulement verser de l’argent. Leurs consultants s’investissent au conseil d’administration, valident les investissements et aident l’entreprise dans ses choix stratégiques.

Installé depuis dix ans à Beer-Sheva, Deutsche Telekom semble faire figure de pionnier…

Son rôle est extrêmement important. Là aussi, c’est un partenariat atypique en forme de pentagone : gouvernement, recherche universitaire, industrie, capital-risque et armée. Il peut s’expliquer par le fait que l’Allemagne a beaucoup moins de prévenances que d’autres pays tels que la France ou les Etats-Unis à travailler sur des technologies duales pouvant avoir une vocation civile ou militaire [l’Allemagne n’a que des fonctions défensives, ndlr]. L’implication de Deutsche Telekom a également été rendue possible par le fait que les entreprises sont les bienvenues dans le financement de programmes. Cette approche anglo-saxonne lui a permis de jouer les locomotives. Elle en récolte aujourd’hui les fruits, ce sont les meilleurs qui travaillent avec Deutsche Telekom.

Des partenariats avec des entreprises françaises sont-ils envisageables ?

Ils sont possibles. Il y a des technologies à valoriser en Israël, car les compétences des uns et des autres sont très complémentaires. La France a notamment beaucoup à faire valoir en matière de recherche fondamentale, notamment sur des secteurs de niche. L’autre clé pour faire du business là-bas, c’est d’aimer Israël. Sinon, cela ne peut pas fonctionner. Il faut une authentique empathie. D’autre part, les valeurs patriotiques sont telles, qu’il est très mal vu de critiquer la politique du pays, même quand votre interlocuteur s’y amuse. Beaucoup d’affaires ne se font pas à cause d’une simple réflexion mal placée.

https://www.alliancy.fr/international/securite/2014/11/06/israel-se-specialise-en-cybersecurite

 

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