Valérie Hoffenberg au Sénat : « Beaucoup de firmes israéliennes travaillent avec des firmes palestiniennes ».

By |2019-03-11T12:58:07+03:00mars 10th, 2019|Categories: Non classé|
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IsraelValley, à la demande de lecteurs assidus, reproduit le compte rendu d’une réunion exceptionnelle qui a eu lieu au Sénat et qui traite des relations France-Israël.

Titre de l’évènement : LA START-UP NATION ET LA FRENCH TECH EN ACTION.

Modérateur : Mme Élisabeth LAMURE, présidente de la délégation sénatoriale aux entreprises, sénateur du Rhône

Valérie HOFFENBERG, Présidente du Connecting leaders club

Élisabeth LAMURE – Je me tourne vers Mme Valérie Hoffenberg. Nous sommes ravis de la compter parmi nous. Vous présidez le Connecting leaders club. Vous avez créé d’abord et dirigé une société d’import-export, que vous avez cédée en 2000. Vous avez ensuite travaillé plusieurs années dans le domaine politique, vous forgeant ainsi un vaste réseau international que vous avez utilisé pour créer le Connecting leaders club, société de conseils globale pour les dirigeants d’entreprises, les institutions et les États.

Depuis 2015, vous avez étendu vos activités en ouvrant avec Mme Ayelet Gurman la branche israélienne de votre club. Vous êtes donc au coeur des connexions franco-israéliennes, et on sait combien le réseau est déterminant pour faire émerger les projets.

Comment rendre les deux écosystèmes plus ouverts l’un à l’autre ? Dans quelles mesures participez-vous au croisement de ces écosystèmes ? Vos activités vous permettent-elles de nous dire dans quels domaines de nouveaux partenariats franco-israéliens pourraient se nouer autour de l’innovation ? Existe-t-il des domaines plus porteurs que les autres ? La ville intelligente, les biotech, les fintech, les greentech en font-elles partie ?

Mme Valérie HOFFENBERG – Permettez-moi tout d’abord de rendre hommage à votre initiative. Aujourd’hui, énormément d’entreprises travaillent entre la France et Israël, mais ce n’était pas si évident il y a quelques années. Il a fallu l’impulsion politique de différents présidents comme Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron pour inciter les entreprises françaises à travailler avec Israël et les décomplexer. Elles ont hésité à le faire durant de nombreuses années.

Il en allait de même du côté israélien : les entreprises allaient étudier ce qui se passait aux États-Unis, en Asie et dans d’autres pays d’Europe mais ne venaient pas jusqu’alors en France.

Je le dis aux sénateurs présents dans cette salle : tous les voyages que vous pourrez faire sont importants pour resserrer les liens entre la France et Israël. C’est un tremplin pour que les entreprises françaises et israéliennes travaillent ensemble. Je vous encourage à en parler autour de vous.

Oui, le réseau est important. J’ai eu la chance d’être durant quelques années représentante spéciale du processus de paix au Proche-Orient, ce qui m’a permis de lier des contacts tant au niveau gouvernemental qu’au niveau économique. Je dois d’ailleurs dire que le milieu économique israélien a été absolument formidable. Ils ont été pour moi des partenaires précieux lorsqu’il a fallu évoquer les questions de paix avec les Palestiniens.

On ne le sait pas suffisamment, mais beaucoup d’entreprises israéliennes travaillent avec les entreprises palestiniennes pour essayer de créer des conditions favorables à une meilleure économie de part et d’autre de la frontière.

Je fais aujourd’hui beaucoup pour renforcer les relations économiques entre les uns et les autres. Les échanges humains sont fondamentaux. Il est important de bien comprendre les différences de mentalités, de temporalité. Les Israéliens ont peu de temps : à partir du moment où ils vous envoient une offre, ils attendent une réponse dans la semaine et ne comprennent pas s’ils n’en obtiennent pas !

Il faut aussi identifier les bonnes personnes. J’essaye de travailler en amont avec les entreprises pour comprendre leurs besoins et leurs attentes, afin de leur présenter les bonnes personnes.

Comment se reconnaître dans cette multitude d’entrepreneurs et de start-up ? Tous ne sont pas jeunes. Certains ont 70 ans et continuent à innover !

J’encourage les entreprises à venir sur place comprendre les besoins et travailler avec les VC – les Venture Capital – pour comprendre l’écosystème. Le rôle des VC et des incubateurs est essentiel en Israël. Il en existe de très nombreux, qui font un travail remarquable, un peu différent de la Station F que nous connaissons ici. Les VC sont plus petits, mais accompagnent les entreprises depuis le départ jusqu’à l’exit ou la vente à une autre entreprise.

Ils sont là à tous les instants, depuis le départ. Ils savent aussi trouver les investisseurs étrangers, les accompagner à l’international. Israël est un pays minuscule, mais il a créé un nombre de licornes incroyable. La taille ou le marché ne sont donc pas une excuse pour les entrepreneurs français, comme le démontre Israël qui, depuis le premier jour, pense international et scaling.

Le rôle des VC est très important en Israël, comme celui du financement. Certes, en France, beaucoup d’entreprises arrivent à trouver 500 000 euros, 1 million d’euros, voire 2 millions d’euros – le rôle de BPIFrance est crucial de ce point de vue -, mais c’est l’étape d’après qui fait défaut.

Si la French Tech est exceptionnelle, il est absolument anormal de ne pas avoir plus de licornes françaises. C’est sur ce sujet qu’il me semble essentiel qu’il y ait plus de partenariats, d’échanges entre Israéliens et Français.

Je crois qu’Israël a beaucoup à apprendre à la France dans ce domaine. Il faut commencer par établir des partenariats au niveau des universités. Muriel Touaty réalise un travail remarquable avec le Technion. Je pense que toutes les universités doivent essayer de mettre en place des partenariats avec des universités israéliennes pour comprendre comment créer cet écosystème et développer des innovations dès l’université.

J’encourage les sociétés françaises à aller voir ce qui se passe en Israël et à créer des partenariats avec des entreprises israéliennes. C’est souvent ainsi qu’elles auront un accès privilégié aux marchés américain et chinois.

Jack Ma, le dirigeant d’Alibaba, vient de passer trois jours en Israël. Il est resté une journée chez JVP, Jerusalem Venture Partners, et a injecté des milliards dans l’économie israélienne. Nous avons aussi de très bonnes start-up et de très bonnes entreprises françaises, mais elles ne bénéficient pas de la même image d’innovation et de flexibilité que les entreprises israéliennes.

Les partenariats sont aussi un moyen d’obtenir du financement de la part des États-Unis, de la Chine ou de l’Asie. Les fonds d’investissement américains ou asiatiques sont en effet plus attentifs à ce qui se passe en Israël qu’à ce qui se passe en France.

Hutchison Whampoa était venu en France il y a quelques années. BPIFrance avait organisé des rencontres avec des start-up françaises, mais l’entreprise n’avait pas souhaité y investir. Pour elle, ces start-up n’étaient pas assez disruptives et ne possédaient pas la bonne taille pour affronter le monde. Or elle venait d’investir beaucoup d’argent en Israël, où elle avait rencontré beaucoup d’entreprises qui avaient envie de conquérir le monde.

Israël est un pays qui a le rêve pour moteur. Personne ne s’empêche de rêver, et de rêver grand. J’encourage donc les entrepreneurs français à ne se fixer aucune barrière dans leur appétit à conquérir le monde !

Les entreprises israéliennes s’intéressent cependant de plus en plus à la France. Le système israélien incite les entreprises internationales à venir en Israël. Il y a peut-être encore des choses à faire en matière de revenus et d’impôts pour que les entreprises israéliennes aient envie de venir ici.

Les échanges sont importants. J’ai organisé l’an dernier avec BPIFrance et Invest Israël la conférence Innovatech, où l’on a effectué le benchmark entre les entreprises françaises et les entreprises israéliennes dans les secteurs de la mobilité, de la footdtech, l’intelligence artificielle, mais aussi la santé.

Israël investit énormément d’argent dans ce dernier secteur. Dov Moran, fondateur de la clé USB, vient de créer GlucoMe, une start-up israélienne pour les diabétiques, qui fait un travail remarquable. Marius Nacht, fondateur de Check Point, a quant à lui investi près de 100 millions de dollars dans un fonds dédié à la santé.

Israël est très en avance sur toutes les questions de molécules et de santé, et je suis persuadée qu’il y a beaucoup de choses à faire entre la France et Israël à ce sujet.

Enfin, l’intérêt de conférences comme Innovatech est réel : dans quelques mois, Israël sera l’invité d’honneur du Mondial de l’automobile, ce qui est assez incroyable pour un pays qui n’a jamais construit une seule voiture !

Le président du Mondial de l’automobile était présent à Innovatech. Nous avions fait venir une dizaine de start-up de ce secteur. Il a été impressionné et il a décidé qu’Israël serait l’invité d’honneur du Mondial de l’automobile. À cette occasion, le 2 octobre, nous allons faire venir près d’une centaine de start-up israéliennes qui ont déjà répondu présent. Nous avons passé un accord avec Calcalist, principal journal financier israélien, qui couvrira l’événement.

Cela démontre qu’il existe une véritable évolution. Calcalist est très connu en Israël pour ses conférences. Jusqu’à présent, il en couvrait deux à trois par an aux États-Unis. Il en a également couvert une à Londres. Il n’est jamais venu en France. Il a compris que quelque chose est en train de se passer.

http://www.senat.fr/ga/ga149/ga1492.html

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