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IsraelValley, à la demande de lecteurs assidus, reproduit le compte rendu d’une réunion exceptionnelle qui a eu lieu au Sénat et qui traite des relations France-Israël.

Titre de l’évènement : « LA START-UP NATION ET LA FRENCH TECH EN ACTION ».

Modérateur : Mme Élisabeth LAMURE, présidente de la délégation sénatoriale aux entreprises, sénateur du Rhône

Ont participé à cette table ronde :

M. Raphaël LAYANI, Directeur des ventes chez Mobileye

M. Jean-David UZAN, Directeur commercial France de Trucknet

Mme Élisabeth LAMURE – Mesdames et Messieurs, après avoir croisé les regards de la France et d’Israël en matière d’innovation, nous allons à présent croiser nos expériences communes.

Je suis entourée de six intervenants qui ont tous des parcours riches et variés. Ils ont en commun d’être engagés sur des projets innovants partagés par les entreprises de nos deux pays.

L’enjeu de cette table ronde est donc de saisir sur le terrain des exemples de partenariats franco-israéliens réussis, et d’imaginer comment nous pouvons encore innover ensemble.

Cette démarche, qui consiste à écouter le terrain pour éclairer l’avenir, est exactement celle de la délégation sénatoriale aux entreprises, que j’ai l’honneur de présider. Cette délégation a été créée en 2014, sous l’impulsion du Président du Sénat. Gérard Larcher a ainsi voulu faire entendre la voix des entreprises au Sénat.

Pour ce faire, nous rencontrons les entreprises là où elles sont, nous les écoutons et nous essayons ensuite d’accompagner leurs souhaits au plan législatif. C’est en quelque sorte la plus-value de cette délégation. Nous écoutons également nos entrepreneurs à l’étranger. Il est en effet instructif de comparer les environnements des affaires.

Je suis ravie de pouvoir accompagner cette table ronde au plus près des entreprises françaises et israéliennes engagées dans des projets communs. Nous avons la chance d’avoir ici des acteurs de cette relation dynamique entre la France et Israël en matière d’innovation.

Je voudrais d’abord donner la parole à ceux qui représentent des entreprises israéliennes qui misent sur la France.

Je me tourne vers M. Layani, qui dirige les ventes chez Mobileye. Mobileye, c’est une success story qui commence en 1999 en Israël. La société est aujourd’hui leader mondial dans le domaine de la vision et de l’intelligence artificielle, de l’analyse des données, ainsi que dans la localisation et le mapping, qui trouvent leur application dans les systèmes d’aide à la conduite de véhicules autonomes. Les produits Mobileye équipent aujourd’hui les véhicules de plus de vingt constructeurs automobiles.

Vous cherchez aujourd’hui à développer des partenariats avec les sociétés françaises dans le secteur de la mobilité, notamment Keolis ou Transdev.

Ma question sera simple : pourquoi la France ? Qu’est-ce qui vous a conduits à chercher des partenariats avec ces deux acteurs français ? Envisagez-vous des partenariats avec d’autres acteurs de la mobilité ?

M. Raphaël LAYANI – Certains d’entre vous connaissent peut-être déjà Mobileye ou ont déjà eu l’occasion de conduire une voiture équipée de notre système d’aide à la conduite, en Israël ou ailleurs.

Mobileye a été créé il y a une vingtaine d’années afin d’aider le conducteur à réduire le risque d’accident. Un capteur positionné sur le pare-brise analyse les dangers de la route et prévient le conducteur. Mobileye équipe aujourd’hui la plupart des véhicules dans le monde.

On peut également installer les systèmes Mobileye sur n’importe quel véhicule en circulation. Il n’est donc pas nécessaire de changer de véhicule pour bénéficier d’une option d’assistance en direct de la conduite.

En Europe, Mobileye compte des équipes en Allemagne et au Royaume-Uni, ces marchés étant historiquement très matures de ce point de vue.

La France apparaît à présent comme l’un des marchés stratégiques pour le développement de Mobileye, pour des raisons très simples : la première, c’est la taille du marché et le nombre très important de véhicules. En outre, les statistiques de sécurité routières révèlent malheureusement un trop grand nombre d’accidents et de victimes. C’est pourquoi nous réalisons aujourd’hui de grands efforts pour aborder le marché français.

Celui-ci se divise en deux. On équipe en premier lieu les flottes de véhicules des entreprises, ainsi que les bus ou les bennes à ordures ménagères avec des systèmes différents de ceux des voitures destinés à détecter les angles morts causés par la taille des véhicules.

Les villes et les opérateurs de transport représentent en second lieu un marché nouveau. La France compte des champions mondiaux dans ce secteur, comme Transdev ou Keolis. Il existe un énorme potentiel sur le territoire.

Mme Élisabeth LAMURE – Avez-vous d’autres partenariats en vue hormis ces deux grandes entreprises ?

M. Raphaël LAYANI – Beaucoup d’autres !

Mme Élisabeth LAMURE – Je me tourne vers M. Uzan, qui va lui aussi nous faire partager son expérience.

Vous êtes directeur commercial pour la France d’une toute jeune société israélienne, Trucknet, plateforme d’échange automatisé entre transporteurs.

L’objet de Trucknet est de mettre en commun les moyens de transport logistiques de marchandises en utilisant le principe du covoiturage. On pourrait presque dire que vous êtes le BlaBlaCar des camions.

La société a été créée en 2013. Pourquoi a-t-elle choisi la France pour commencer son internationalisation ? Est-ce la meilleure porte d’entrée pour accéder au marché européen ? Rencontrez-vous des difficultés pour comprendre ou pénétrer l’écosystème français ?

M. Jean-David UZAN – Nous avons décidé de nous implanter dans un premier temps sur le marché français après avoir été sélectionnés par le gouvernement israélien, par l’intermédiaire de notre président, Hanan Friedman, pour représenter Israël à la COP 21.

Notre solution est en effet bonne pour l’environnement puisqu’elle permet de réduire le nombre de camions sur les routes en optimisant les transports. Afin d’éviter que les camions roulent à vide après avoir livré leur chargement, nous avons développé un système permettant à toutes les sociétés de transport d’entrer en contact avec des clients par le biais de notre plateforme.

M. Manuel Valls nous a apporté tout son soutien, ainsi que M. Mounir Mahjoubi. Ceci nous a permis de rencontrer Business France et d’ouvrir des portes sur le marché français. Grâce à l’engouement de la France pour la technologie et l’environnement, le marché était prêt à accueillir notre solution.

D’autres pays nous ont également contactés pour développer notre solution, mais le feeling que nous avons ressenti nous a donné envie d’avancer dans cette direction, qui est apparue comme la meilleure solution pour nous.

Mme Élisabeth LAMURE – Qu’en est-il par rapport au marché européen ?

M. Jean-David UZAN – La France n’est pas leader en matière de transport en Europe, mais elle fait partie des très grosses structures. Nous travaillons avec 45 000 sociétés de transport, soit 4 millions de camions.

Le marché français est parfait pour développer le marché européen. Israël est en effet la start-up nation, et nous savons que la France a très envie d’être derrière nous. C’est la raison de tous ces partenariats avec Israël. Nous avons estimé possible de percer sur le marché français. Nous n’aurions peut-être pas eu autant de soutien de la part d’autres gouvernements.

Mme Élisabeth LAMURE – Avez-vous rencontré des difficultés liées à la particularité de l’écosystème français ?

M. Jean-David UZAN – Nous en rencontrons tous les jours en tant que jeune société, car nous avons naturellement des points à perfectionner.

Ces difficultés proviennent du fait que la start-up nation va très vite. Les sociétés françaises ne se sont pas encore adaptées à ce rythme.

On attend donc parfois des réponses qui nécessitent plus de temps, ce qui est normal. Nous avons la chance d’avoir beaucoup de soutiens qui nous font progresser tous les jours.

Mme Élisabeth LAMURE – Merci de souligner ces points forts. Il nous faut maintenant améliorer nos points faibles.

M. Jean-David UZAN – J’espère que nous allons réussir et que l’expérience que nous sommes en train de créer avec Trucknet et le Gouvernement français va permettre à d’autres sociétés israéliennes de bénéficier de cet écosystème.

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