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Muriel Touaty explique les enjeux de la 16èmeédition de la Manifestation annuelle du Technion France, #TechnionConnectedWord, qui se tiendra lundi 10 décembre à la Maison de la Chimie à Paris. 10.000 participants, une forte délégation israélienne conduite par Peretz Lavie, président du Technion, seront au rendez-vous de cet événement parrainé par Emmanuel Macron, président de la République. Entretien.

Raymond Taube : le Technion, Israël Institute of Technology, est considéré comme une des meilleures universités scientifiques et technologiques du monde. Comment expliquez-vous cette réussite, et au-delà, celle des universités israéliennes ?

Muriel Touaty : un peu d’histoire d’abord : le Technion a été fondé en 1924, soit vingt-quatre ans avant la création officielle de l’État d’Israël, par Albert Einstein, qui déjà subodorait une nation en devenir, ce qui supposait de bâtir son génie civil, son infrastructure, sa santé, sa sécurité, des objectifs rendant indispensable de se doter d’une école d’ingénieurs. Ce sont pour l’essentiel des Juifs d’Europe de l’Est fuyant les pogroms qui ont initié ce qui s’appelait à l’époque le Techikum. On y parlait l’allemand. Dans la première promotion de vingt-quatre étudiants, des physiciens et des chimistes, figuraient quatre femmes, ce qui était remarquable à l’époque.

Aujourd’hui, le Technion est devenu un fer lance de l’innovation à l’échelle mondiale. Sur un périmètre de cent hectares, il s’apparente à une ville à part entière englobant dix-huit facultés qui couvrent les champs les plus pointus de la recherche scientifique et technologique, avec quarante instituts interdisciplinaires. Quatre lauréats du prix Nobel de chimie sont issus du Technion.

Mais son principal atout est un écosystème entrepreneurial extrêmement puissant, doté de huit incubateurs et un accélérateur. L’ADN du Technion est l’excellence de la recherche fondamentale qui se met de manière totalement décomplexée au service de la recherche applicative, pour générer de la croissance et de la valeur ajoutée par l’innovation. Ainsi, le Technion génère des startups qui deviennent ce que l’on appelle parfois des licornes, à savoir des sociétés leader dont la valeur boursière dépasse le milliard de dollars, et dont on soulignera qu’elles sont plus nombreuses en Israël qu’en France, bien qu’il s’agisse d’un très petit pays et d’un micro-marché. D’autres deviennent des « exit », en recourant à des capitaux étrangers avant de se faire racheter, ce qui correspond dans une large mesure au business-modem israélien. Après les Etats-Unis et la Chine, Israël est le troisième pays du monde en nombre d’entreprises cotées au Nasdaq. Ce modèle permet de réinjecter dans l’innovation les capitaux issus de ces cessions.

Le secteur public finance a minima le volet opérationnel du Technion, et encore moins la recherche. C’est pourquoi le chercheur devient entrepreneur malgré lui, même si tel n’était pas sa vocation. C’est par ce biais qu’il pourra financer son laboratoire et sa recherche. Il n’y a pas de tabou ou de mauvaise conscience à agir ainsi, contrairement à ce que l’on constate dans d’autres pays. En Israël, la coopération étroite et sereine entre l’entreprise et les universités est une évidence. Il se créer un équilibre voire une alchimie entre les deux univers. Un étudiant du Technion est formé à l’entrepreneuriat et à la création de l’innovation, et est en relation directe et permanente avec l’écosystème. Israël est un petit marché, mais un grand écosystème très interconnecté. Il est encouragé plus que financé par les pouvoirs publics. La richesse d’Israël, son or noir, c’est l’innovation, la ressource humaine sur laquelle on capitalise, ce qui se traduit notamment par de considérables avancées dans le secteur de l’intelligence artificielle et de la cyber-sécurité.

https://www.opinion-internationale.com/2018/12/09/quand-le-technion-reconcilie-lhomme-et-la-data-entretien-avec-muriel-touaty-a-la-veille-du-technionconnectedword_56626.html?fbclid=IwAR3brYcQ2hvwNwWmcT-EBlpfReWMFNbdjDsB-OVvHGeSYR8GGZf426OJuD4

 

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