Partager
L’architecte français Michel Rémon a présenté le design du futur Centre de Nanosciences et Nanotechnologies de l’Université de Tel-Aviv, dont la construction débutera en janvier, lors d’un atelier exceptionnel organisé début novembre à l’Université en partenariat avec l’Ecole d’Architecture et en présence de l’Ambassadrice de France en Israël, Hélène Le Gal. Le design proposé par le studio d’architecture Atelier Michel Rémon et Associés a été choisi parmi 128 projets, à la fois pour son appréhension du style de Tel-Aviv et du campus et pour son adaptation aux domaines de la science, de la technologie et de l’innovation.
Une incursion dans les coulisses du projet architectural qui devrait devenir une icône de l’Université de Tel-Aviv.

L’atelier a été animé par le Dr. Efrat Blumenfeld-Lieberthal, directrice de l’Ecole d’Architecture. « C’est pour nous un honneur et un privilège de vous accueillir ici », a déclaré Amos Elad, Vice-président de l’Université pour les ressources et le développement. « Nous vous remercions pour ce design visionnaire et attendons avec impatience d’inaugurer le nouveau bâtiment ». « En remportant ce concours, Michel Rémon fait rayonner l’architecture française en Israël et les études dans ce domaine en France », a relevé l’Ambassadrice Hélène Le Gal.

« Un bâtiment exceptionnel sur un site prestigieux »

Le Prof. Yael Hanein, directrice du Centre, a présenté les besoins et les exigences préalables à la construction du bâtiment. « Notre centre rassemble une centaine de chercheurs et accueille 160 étudiants de maîtrise et de doctorat, plus 30 post-doctorants. Nous avons à notre actif 200 inventions dont 35 sont déjà commercialisées. Enfin, nous fournissons des services de laboratoire à 40 sociétés et 50 chercheurs extérieurs », précise-t-elle.  » Nous travaillons à l’échelle du nanomètre, soit un milliardième de mètre. Nous utilisons donc des équipements spéciaux, par exemple des microscopes qui coûtent des millions de dollars. Une des exigences fondamentales par rapport à la structure du bâtiment est donc la stabilité. Nous voulions également que l’immeuble puisse être facilement reconnaissable, possède une identité spécifique. Une des conditions pour gagner la compétition était qu’il soit ‘icônique’. Autre particularité: l’entrée technique est pour nous plus importante que la principale. Enfin, le Centre fait l’objet de visites fréquentes, et donc nous ne pouvons pas exclure le public, malgré les problèmes posés par toute vibration du sol. Cependant, les chercheurs ont besoin de calme et de sérénité. Pas question pour nous de travailler en open space ».

Alexis Peyer, architecte partenaire de l’Atelier Michel Rémon et Associés, présente ensuite le bâtiment du Centre de nanotechnologie du CNRS à Saclay en France, également conçu par l’Atelier, qui a servi ce modèle. « Même importance de la rigidité du sol pour éviter les vibrations, et la nécessité d’assurer la circulation à la fois des chercheurs et du public », explique-t-il. « La plus grande partie de la surface est occupée par des machines. Sous le piédestal de chaque microscope se trouve une pyramide de béton qui en garantit la stabilité ».

La vision du projet ainsi que l’appel d’offre international qui a abouti au choix du lauréat a été présentée par Lisa Jordan, directrice du Développement commercial de MHC, société britannique de conseil en investissements appartenant à l’homme d’affaire russo-israélien Roman Abramovitch. « La décision d’investir dans un bâtiment pour le Centre de Nanosciences de l’Université de Tel-Aviv a été prise en 2015″, explique-t-elle.  » Roman Abramovitch voulait laisser un ‘héritage’ sur le campus. Le but étant de réaliser un bâtiment exceptionnel sur un site prestigieux, il a été décidé de lancer une compétition internationale. Le processus de sélection a duré un an et a coûté un million de dollars. Sur les 128 projets présentés par des studios d’architecture renommés du monde entier, 6 sont arrivés en « finale »: Zarhy Architects (Israël), le groupe OAP (Israël), Jestico & Whiles (Londres), wHY Architecture (USA), Elemental (Chili), et l’Atelier Michel Rémon ».

« Supprimer l’échelle humaine »

Michel Rémon a ensuite introduit son cabinet d’architectes, qui emploie une quarantaine de personnes de toutes nationalités, ainsi que certaines de ses nombreuses réalisations, comme le siège de la Police scientifique de France à Ecully près de Lyon, l’Institut national français de l’énergie solaire à Chambéry, ou le centre de R&D d’Airbus Helicopters à Marignane. Il explique ensuite comment le centre a été conçu: « Nous voulions nous situer dans la continuité du campus de l’Université. Pour l’intérieur, nous avons commencé par les laboratoires, puis le couloir autour pour les desservir, les bureaux, et un hall pour le public qui lui permette de regarder par des vitres ce qui se passe dans les laboratoires ». Enfin, les architectes sont passés à l’enveloppe extérieure de ce bâtiment imposant de 25 mètres de haut, composée de ‘lames’ qui lui donneront son aspect iconique: « Nous avons cherché les moyens qui pourraient lui donner un caractère emblématique en supprimant ‘l’échelle humaine’. L’entrée est discrète, et se fait ‘avec circonspection’, comme dans des coulisses ou dans un lieu religieux. Elle va aider les chercheurs à mieux travailler ». Enfin le jardin autour, comprenant des plantes grasses, sera inspiré du Jardin botanique de la l’Université.

L’architecte Yaron Granot et Lior Einy du Groupe Baran, le plus important groupe dans le domaine de l’ingénierie en Israël, chargés du planning et de la réalisation de la construction, ont tous deux insisté sur la complexité de la mise en œuvre. « C’est une fascinante procédure que de collaborer avec un bureau d’architecte à l’étranger », commente Granot, co-fondateur du cabinet d’architecture Y.Y. Granot à Haifa, qui a notamment réalisé le Centre Nano de l’Université de Bar-Ilan, ainsi que de nombreux bâtiments du Technion et de l’Université de Haifa. « Nous avons utilisé toute une équipe de consultants. Notre rôle est entre autres d’aider l’Atelier Michel Rémon à s’adapter dans les faits à la législation israélienne. De plus il s’agit d’un bâtiment très sensible, toute voiture passant à côté est susceptible de créer des vibrations. Nous devons détailler centimètre par centimètre tout ce que le studio Rémon nous envoie ».

Ce qui est important dans un bâtiment: « comment il se pose sur le sol et comment il s’accroche au ciel »

Au cours du débat avec la salle qui a clôturé la présentation, interrogé sur l’étonnante enveloppe du bâtiment, l’architecte répond: « J’ai toujours été fasciné par le rapport entre l’intérieur et l’extérieur. Toute l’architecture est dans la mise en relation entre les deux. Cette ‘traversée’ peut être une cérémonie, une mise en scène. Ici, nous voulions à la fois arrêter la puissance du soleil et effacer l’échelle humaine. Pour moi ce qui est important dans un bâtiment c’est sa gravité: comment il se pose sur le sol et comment il s’accroche au ciel ».

C’est la première expérience de Michel Rémon en Israël, qui vient à présent tous les deux mois à l’UTA:  » A chaque fois, c’est un plaisir inouï. Un projet architectural, c’est d’abord une rencontre avec des gens, et je vous remercie de votre touchant accueil », conclue-t-il.

Le nouveau bâtiment comprendra 12 laboratoires de recherche, des bureaux et des espaces publics sur trois étages, et sera conçu avec les méthodes les plus avancées dans le domaine de la construction verte. Les travaux, qui débuteront en janvier 2019, s’achèveront au cours de l’année 2020.

http://www.ami-universite-telaviv.com/index.php/2013-05-26-08-41-51/actualite-l-universite/951-l-architecte-fran%C3%A7ais-michel-r%C3%A9mon-pr%C3%A9sente-le-futur-b%C3%A2timent-des-nanosciences-de-l-universit%C3%A9-de-tel-aviv

Partager