L’espion israélien Jonathan Pollard ne pourra pas émigrer en Israël.

By |2018-11-27T10:42:50+00:00novembre 27th, 2018|Categories: DEFENSE|
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Le ministère américain de la Justice a rejeté une demande officielle de l’Etat hébreu autorisant Jonathan Pollard à s’installer en Israël, a annoncé mercredi un rapport trois ans après la libération de l’espion. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou aurait demandé au président américain Donald Trump d’autoriser l’émigration de Pollard.

L’ancien chef de la CIA, George Tenet a menacé de démissionner en cas de libération de Pollard. Lors d’une réunion avec des leaders de la communauté juive pour la préparation de la campagne électorale 2012 de Obama, le vice-président américain Joe Biden aurait déclaré que Pollard serait libéré « si on marche sur mon cadavre» avant d’expliquer que ces propos ont été sortis de leur contexte.

Pour Bret Stephens, ancien éditeur en chef du Jerusalem Post et journaliste au Wall Street Journal :

  • « Ça n’aide vraiment pas Israël de faire passer en héros un menteur compulsif, arrogant, cocaïnomane, violant ses propres serments, espionnant son propre pays en infligeant des milliards de dégâts, touchant de l’argent, ne montrant aucun remords au moment de sa condamnation, se montrant un véritable exemple pour tout complotiste antisémite, et qui en plus a la chutzpah [culot] de se déclarer martyr du peuple juif »

Pour Peter Jones, professeur de relations internationales à l’université d’Ottawa :

  • « Les États Unis donnent à Israël des milliards chaque année, font de Tsahal l’armée la plus redoutée de la région, ferment les yeux sur le programme nucléaire israélien, et défendent Israël à l’ONU. En échange, on a un allié qui a un espion comme Pollard, le paye pour trahir les États-Unis… On a un allié, qui demande une concession comme la libération de Pollard juste pour continuer le dialogue avec les Palestiniens. Quand on a des amis comme ça…. Il y a une raison pour laquelle cette affaire est si peu mentionnée aux États Unis. Il y a des peurs, des peurs que si la population américaine savait, des questions politiques difficiles pourraient être soulevées. Si il est libéré et que il est accueilli en héros national en Israël, ça va soulever des questions très difficiles chez l’américain moyen »
  • « Autre problème, si Pollard est libéré, il pourrait y avoir un dangereux précédent. […] Si quelqu’un trahit son pays pour une cause qu’il estime juste, devrait-il recevoir une sentence moins élevée ? La communauté américaine du renseignement croit que Pollard devrait rester en prison parce qu’ils ont peur qu’un tel précédent se reproduise. L’affaire Pollard soulève le cœur du problème de la loyauté des Américains juifs. Après l’arrestation de Pollard, Dan Kurtzer et Denis Ross — deux juifs américains avec un parcours impeccable au service de leur pays — ont écrit dans le New York Times qu’ils ont subi une vérification importante avant de recevoir une habilitation de sécurité. Plusieurs Américains juifs que je connais dans l’établissement diplomatique et sécuritaire m’ont dit que Pollard devrait rester en prison. Et pourtant, une partie importante de la communauté juive américaine soutient sa libération. »

A SAVOIR. Jonathan Pollard est un officier dans les services de renseignement de la marine américaine, de religion juive qui, en 1987, a été condamné à perpétuité aux États-Unis pour espionnage au profit d’Israël. En mai 1995, il obtient la nationalité israélienne et, en 1998, il est officiellement reconnu par Israël comme espion israélien.

Israël et une partie de la communauté juive ont régulièrement fait pression sur les responsables politiques américains pour le faire libérer. Le 20 novembre 2015, après 30 ans d’incarcération, il est libéré, avec interdiction de quitter le territoire américain pendant 5 ans.

Le personnage de Jeremy Pelman dans le film Les Patriotes d’Éric Rochant présente un certain nombre de points communs avec Pollard.

A SAVOIR. Après l’obtention de son diplôme, Pollard tente d’entrer à la CIA, où malgré son bon parcours universitaire et ses recommandations, il est refusé en raison de sa consommation récente de cannabis. Jonathan Pollard travaille à partir de novembre 1979 pour la marine américaine en tant qu’analyste puis officier de garde à la division « Analyse des menaces » du Navy Antiterrorist Alert Center (en) créé après les attentats du 23 octobre 1983 à Beyrouth. Le 4 avril 1984 à New York, il est invité à une soirée de la communauté juive organisée dans l’Upper East Side de Manhattan.

Jonathan Pollard y aborde un officier de l’aviation israélienne Aviem Sella, un colonel venu aux États-Unis suivre des cours d’informatique. Ce dernier, en voyant son potentiel d’informateur contacte le Mossad. C’est le même Aviem Sella, qui le fait entrer dans le Lakam, le renseignement scientifique israélien dirigé par Rafael Eitan, et qui devient son officier traitant. Ce dernier informe le premier ministre Shimon Peres et le ministre de la défense de l’époque, Yitzhak Rabin. Le Lakam n’a aucune existence officielle et seules les plus hautes autorités de l’État d’Israël sont au courant de son existence.

En quelques mois, Pollard aurait fourni plus de 1 000 documents confidentiels. Toutes les deux semaines, il aurait livré des valises remplies de documents aux Israéliens. Aviem Sella, l’officier traitant de Pollard est par la suite remplacé par un attaché scientifique au consulat d’Israël et on offre à Pollard un passeport israélien. Il rencontre ses officiers traitants israéliens à Paris. Le couple Pollard voyage à Saint-Tropez, Cannes, Nice, Monte Carlo, Florence, Rome, Venise, Innsbruck et Munich et ils dorment dans les meilleurs hôtels.

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