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Autrefois porteuses d’un projet utopique à l’avant-garde du sionisme, ces communautés aujourd’hui largement privatisées sont devenues des bulles high-tech sécurisées au milieu du chaos moyen-oriental. Un destin à l’image de l’histoire du pays.

Par Hadrien Gosset-Bernheim pour le NouvelObs (Copyrights)

Ils ont pris le réfectoire ! Lorsqu’un nouveau monde remplace l’ancien, les lieux du pouvoir sont rarement épargnés. Au kibboutz Nir Am, dans le sud d’Israël, on s’active donc à transformer le sacro-saint hadar ohel, le réfectoire, en espace de coworking. Dans quelques semaines, quand les ouvriers en auront terminé, le bois blond et les canapés Ikea pour jeunes entrepreneurs désireux d’accrocher leurs wagons à ceux de la « start-up nation » auront définitivement remplacé les longues tables, les chaises sans charme et les pichets en étain. Le réfectoire, c’était le cœur du système kibboutzique, sa tour de contrôle, là où les membres prenaient leurs repas sous le regard de la communauté.

Ce matin de printemps, le brouillard enveloppe Nir Am comme dans une balle de coton, cachant la bande de Gaza distante de 2 kilomètres seulement. Bien sûr, l’enclave palestinienne d’où partent les roquettes et les tunnels du Hamas est une préoccupation. Mais rien, fondamentalement, ne menace les insolentes pelouses qui s’étalent dans les espaces communs. Et il faut beaucoup d’imagination pour y trouver la trace de l’utopie collectiviste du rude kibboutz originel. Elargissons maintenant le champ d’observation en transposant le cas de Nir Am à l’échelle d’un pays grand comme deux départements français. Après tout, il fut un temps où Israël et ses kibboutz ne faisaient qu’un.

Source : https://www.nouvelobs.com/monde/israel/20180419.OBS5435/israel-coworking-yoga-les-nouveaux-kibboutz-loin-de-leur-ideal-romantique.html

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