Partager

(Photo de Stéphanie Berger.) Protégée par un dispositif de sécurité important, la compagnie israélienne Batsheva Dance Company a pu assurer la représentation de son spectacle. Sa directrice explique que promouvoir la culture pour tous, c’est aussi une forme de réponse politique.

« Les médias internationaux relayent les bombardements du gouvernement actuel d’Israël contre la bande de Gaza, mais jamais l’opinion civile israélienne qui s’y oppose. Savez-vous que dans la société israélienne, il existe des associations humanitaires qui militent à chaque instant pour que cela cesse ? » Ces mots, exprimés ce 29 juin 2018 face à quelques journalistes, appartiennent à Dina Aldor, directrice de la Batsheva Dance Company, dont la première d’une nouvelle création en France avait lieu la veille au Théâtre de l’Agora, dans le cadre du 38e Festival Montpellier Danse.

Une première dans un contexte particulier, avec protection policière et filtrage à l’entrée comme souvent quand la compagnie – dont la renommée, justifiée, est immense – tourne à l’étranger. De New York à Rome, en passant par Paris et Londres, il y a toujours des militants pour boycotter la troupe, autrefois fondée par la chorégraphe et danseuse Martha Graham, et dirigée pendant 28 ans ans par le charismatique Ohad Naharin, dit Mr Gaga. En Israël, elle fait office de compagnie nationale… même si six ou sept nationalités s’y mêlent, venues des quatre coins du monde, que la compagnie abrite. La Batsheva, pour l’apport qu’elle offre à la recherche chorégraphique (voir la fameuse méthode d’entraînement Gaga inventée par Naharin, ouverte à tous), est avant tout une troupe internationale avant d’être nationale…

Calme triste

Au vu des graffitis, affichages, lettres, lancées en amont par le comité montpellierain de BDS (Boycott, Desinvestissement, Sanctions), campagne de boycott de l’Etat d’Israël lancée depuis 2005 par des associations pro-palestiniennes, la préfecture avait sorti le grand jeu : routes bouclées et trams arrêtés en contrebas de la salle de spectacles… « pour que la représentation puisse avoir lieu dans le calme », commente le directeur du Festival Jean-Paul Montanari, qui précise n’avoir rien réclamé mais simplement avoir informé les autorités de la situation. Dans les faits, il n ‘y avait qu’une maigre petite poignée de militants (une trentaine), pas tellement entendus d’ailleurs par des spectateurs qui avaient choisi d’aller découvrir des artistes au travail. Ils distribuaient pacifiquement des tracts, qui, eux, étaient plus fermes… « Appel aux boycotts des artistes » pour les uns, à l’annulation de la saison France/Israël, organisée conjointement par les deux Etats, de juin à novembre, pour les autres.

Avant le spectacle, se dégageait de l’assistance, un calme triste peu habituel dans cette enceinte. Mais la vitalité de la troupe de dix-sept danseurs (les séniors de la Batsheva) emportés dans la folie expressionniste et obsessionnelle de la Cap-verdienne Marlene Monteiro Freitas a convaincu le public que le sens de l’histoire, c’était d’abord la liberté absolue des artistes.

Quid des subventions d’Etat ?

Dina Aldor ne juge pas non plus les artistes qui viennent finalement de refuser de se rendre en Israël dans le cadre de cette saison croisée. Israël, contrairement à l’Afrique du Sud sous l’Apartheid, est une démocratie.

« J’ai 85 salariés à la Batsheva, nulle part n’est écrit dans leur contrat, une obligation de position politique, répond Dina Aldor. En revanche, nous organisons chaque année, une grande journée “gaga” ouverte à tous et dont les fonds sont versés aux organisations humanitaires, nous organisons des ateliers de danse ouverts à tous les jeunes arabes israéliens pour qu’ils se sentent légitimes dans le monde de la danse contemporaine, et nous tournons aussi dans plein de petites villes. » 

La Batsheva est subventionnée par le gouvernement Netanyahou… C’est un fait : 30% par l’Etat et la ville de Tel Aviv où la compagnie est installée au Suzanne Dellal Center, 30% de mécénat, 40% de recettes propres. C’est la troisième plus grosse subvention du ministère de la Culture israélienne après le Théâtre National de Tel Aviv, l’Opéra et l’orchestre dirigé par Zubin Metha… Dina Aldor comme Ohad Naharin et tous les autres artistes ou acteurs de la culture réunis en forum pour réfléchir ensemble et faire du lobbying, ont la même position : « l’argent des subventions, c’est celui de nos impôts à tous, c’est celui du peuple. Le gouvernement a l’obligation de le distribuer à la culture comme à la santé ou à l’éducation selon des critères objectifs précis : nombre de représentations, de danseurs, de créations. Quand la nouvelle ministre Miri Regev a émis l’idée de soumettre ces subventions à la reconnaissance de la politique du gouvernement dans les Territoires occupés, cela a déclenché une panique, une prise de position dure d’Ohad Naharin et des artistes. Ensuite, nous avons vérifié avec des avocats : la loi nous protège, elle n’a pas le droit de changer les critères (objectifs) d’attributions des subventions. Alors aujourd’hui, on la laisse parler, et nous on travaille. Les gouvernements passent, les artistes restent. »

Source et copyrights. Extraits de telerama.fr

Partager