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L’ex-Ministre, Nicole Guedj a terminé son mandat de Présidente de la fondation. C’est Muriel Haim qui a été élue cette semaine Présidente de la Fondation.

PROFIL. Muriel Haim est née à Paris. Médecin généraliste à Garge-les-Gonesses, en banlieue parisienne, elle cofonde un jardin d’enfants Ganenou, puis part en Israël cocréer un centre destiné aux jeunes pré-délinquants avec le concours de la Mairie de Jérusalem, Beit Ham. Elle exerce en gériatrie pendant quelques temps, puis elle rentre en France pour intégrer l’industrie pharmaceutique (SANOFI). Elle accepte ensuite un poste VP économie de santé monde aux États-Unis pour MERCK AND CO. En 2005, avec un groupe de médecins français, elle rencontre le professeur Rein, chef de service de cardiologie pédiatrique à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. Elle décide de créer UN COEUR POUR LA PAIX, association française loi de 1901. Muriel a un fils, Samuel.

Le journal Libération a consacré il y a six ans un long article à Muriel Haim : « «Haïm» veut dire «vie» en hébreu. Lorsqu’on trinque en Israël, on dit le haïm ! «à la vie !». A ta santé. La santé qui est le métier de Muriel Haïm depuis toujours. Nous pourrions raconter son parcours comme ça : c’est un médecin de la banlieue parisienne (Garges-lès-Gonesse) qui va devenir un cadre très supérieur de l’industrie pharmaceutique à New York, responsable des «Affaires économiques Monde» chez Merck. Mais ce côté success story éclaire mal la personne.

On gagnerait à faire plutôt le récit d’un engagement. En 1981, à 30 ans, Muriel Haïm plaque tout pour aller s’établir en Israël avec des amis afin de monter un centre d’aide aux ados prédélinquants, le Bait Ham. Il existe maintenant une trentaine de ces structures. Elle rentre. Puis repart. En 2005, elle lance l’association Un cœur pour la paix, qui finance des opérations de chirurgie cardiaque pour les enfants palestiniens. Plus de 400 gamins souffrant de malformations cardiaques ont déjà été opérés gratuitement à l’hôpital israélien Hadassah à Jérusalem par des équipes mixtes de médecins israéliens et palestiniens. Nous pourrions détailler ça en long et en large, mais qui s’en soucie ?

Enfin, et ce serait peut-être plus intéressant, nous pourrions raconter la judéité comme moteur d’une vie. Muriel Haïm se dit «très juive et très athée». Très attachée à sa communauté et absolument pas pratiquante. Les quatre grands-parents viennent de Grèce (Salonique), Turquie (Smyrne) et d’Alsace. Le père est marchand de tissus à Paris, la mère sans profession. Le foyer n’est pas pauvre. Muriel fréquente le mouvement de jeunesse Hashomer Hatzaïr, genre scoutisme de gauche.

Son diplôme de médecin en poche, elle quitte un beau quartier de Paris pour vivre dans une tour de Garges-lès-Gonesse, où elle installe son cabinet. Par choix. «Ça m’intéressait de travailler dans ce milieu-là : on reçoit plus qu’on ne donne.»

Deux ans plus tard, départ – a priori sans retour – vers Israël pour l’aventure des maisons Bait Ham en compagnie de deux éducateurs et deux psys (dont son mari) rencontrés naguère à Hashomer Hatzaïr. Elle connaît le pays car elle a fréquenté un kibboutz durant ses années d’étudiante. La psychopathologie n’est pas non plus un territoire inconnu : elle fut élève infirmière en psychiatrie et a suivi à Vincennes les cours de Stanislas Tomkiewicz, père de la pédopsychiatrie, médecin rebelle, rescapé des camps. Muriel, qui avait 16 ans en 1968, a dirigé son besoin d’engagement non dans la politique mais vers les thérapies alternatives. Elle a gardé un souvenir cuisant d’une visite à l’asile de Ville-Evrard, nef des fous s’il en fut, où l’un des malades l’interpella avec ces mots : «Alors, on vient au zoo ?» La vie dans la première maison Bait Ham, établie dans un quartier pauvre de Jérusalem, s’organise selon les préceptes de la psychothérapie institutionnelle, c’est-à-dire dans le sillage intellectuel de la clinique de la Borde et autres établissements bousculant le rapport patient-soignant.

Fin de l’histoire à Jérusalem ? Non. Muriel Haïm grandit, la vie s’accélère. Divorce. Retour en France où elle multiplie des remplacements de médecine. Son fils Samuel lui dit un jour : «Je ne te vois jamais.» Alors un chasseur de tête lui trouve un boulot salarié dans l’industrie pharmaceutique. Comme elle parle quatre langues (français, anglais, espagnol, hébreu), elle trouve vite à s’employer. Et la voilà au début des années 90 à New York quand Sanofi rachète Winthrop. On la retrouve chez le n°1 mondial, Merck, chargée de la stratégie prix pour tous les pays. On est loin de Bait Ham, de la psychiatrie alternative, de Garges-lès-Gonesse. Réécrivons la fameuse blague juive : quelle différence entre un marchand de tissu et un cadre sup d’un géant de la pharmacie ? Une génération. Le «tout est possible» américain séduit Muriel. Elle se remarie aux Etats-Unis, puis redivorce.

Une belle histoire, mais pas un conte de fées. Pour des raisons familiales, Muriel quitte l’Amérique pour la France, où elle s’occupe de la communication de la filiale locale de Merck. Et là, la tuile : il lui faut gérer l’affaire Vioxx, du nom de cet anti-inflammatoire «blockbuster» dont Merck s’est rendu compte – mais un peu tard – qu’il pouvait avoir de sérieux effets secondaires, notamment sur le cœur. Merck retire le Vioxx du marché et envoie Muriel Haïm assurer à la presse : «Il n’y a aucune de raison de paniquer.» En tout cas, il y en avait beaucoup de se remettre en cause. «Cette affaire a été très traumatisante pour l’entreprise et pour moi. Cela s’est traduit par une énorme perte de confiance interne.»

Fin de l’histoire ? Toujours pas. En mai 2005, lors d’un voyage de l’Association des médecins israélites de France à Jérusalem, Muriel Haïm découvre le travail du professeur Jean-Jacques Rein. Ce dernier, à la tête du service de cardiologie pédiatrique de l’hôpital Hadassah, opère gratuitement les enfants atteints de malformations cardiaques, quelles que soient leur nationalité et leur origine. Mais les besoins sont énormes : la consanguinité importante en Cisjordanie et à Gaza fait que chaque année, au moins 300 enfants palestiniens naissent avec des malformations cardiaques (trois fois plus que dans la population générale). Jean-Jacques Rein a besoin d’argent pour opérer au moins 50 enfants de plus chaque année et pour former des médecins palestiniens. Une opération coûte entre 12 000 et 14 000 euros. Muriel Haïm crée l’association Un cœur pour la paix pour trouver des fonds. «Il faut créer des territoires pour se parler. La médecine est un de ces territoires», dit celle qui est désormais directrice de la communication et des affaires publiques des laboratoires Boehringer Ingelheim. Et puis, comme le Dr Haïm se souvient d’Alexandra, elle ajoute : «Ça ne va pas changer le monde. Mais ça va dans le bon sens.»

L’EX-PRESIDENTE DE LA FONDATION. Nicole Guedj est une avocate et une femme politique française née le à Constantine en Algérie. Enseignante en droit bancaire, militante en faveur des droits de l’homme et avocate entre 1979 et 2004, elle a été secrétaire d’État chargée des Droits des victimes, puis des Programmes immobiliers de la justice dans le gouvernement Raffarin III. En 2005, elle met en place le plan Alerte Enlèvement en France. Conseiller d’État, vice-présidente du Consistoire israélite de Paris, cofondatrice de l’UPJF, elle est redevenue avocate au barreau de Paris depuis juin 2010.

A SAVOIR. Selon le site de la Fondation : « Créée en 2005 par le Président de la République française et le Premier ministre israélien, la Fondation France Israël oeuvre pour rapprocher les sociétés civiles des deux pays dans les domaines de la culture, de l’économie, de la science ou encore de la mémoire. Organisation bi-étatique, reconnue d’utilité publique, la Fondation France Israël associe à l’ensemble de ses initiatives des acteurs français et israéliens investis dans le renforcement de l’amitié entre les deux peuples.

Responsables politiques, leaders associatifs, professionnels, chercheurs, artistes, étudiants…sont autant de publics que la Fondation tient à impliquer activement dans la réalisation de projets collaboratifs et participatifs. Depuis l’élection de Nicole Guedj en 2009, la Fondation France Israël se concentre essentiellement sur la mise en place d’actions grand public, populaires et accessibles, pour améliorer l’image de la France en Israël et d’Israël en France. Le quotidien de la Fondation est rythmée par des allers-retours entre deux pays partageant qui, à 5 heures de vol l’un de l’autre, aspirent à un avenir juste et durable ».

LE PLUS SELON LE SITE DE LA FONDATION. Nicole Guedj. « Depuis désormais quatre ans, j’ai l’honneur de présider la Fondation France Israël, expression d’une longue histoire d’amour entre français et israéliens. Parce que nous partageons les mêmes valeurs de démocratie, parce que nous avons les mêmes rêves de liberté et de solidarité, la Fondation France Israël ambitionne de rapprocher nos deux peuples. Mieux se comprendre pour mieux entreprendre, telle est notre devise.

Mieux appréhender notre histoire en invitant soixante petits-enfants de Justes parmi les Nations à honorer la mémoire de leurs grands-parents, en Israël, à l’occasion des cérémonies de commémoration de la Shoah. Nous sommes fiers d’avoir montré une autre image de la France et de ses héros aux israéliens et émus d’avoir permis à ces jeunes français de fouler, pour la première fois, la terre d’Israël.

Mieux développer les relations euro-israéliennes en créant « Europe-Israël : la Maison Commune », lors de la dernière visite à l’Elysée, de Shimon Peres à Nicolas Sarkozy. Grâce au soutien des deux Chefs d’Etat et à la mobilisation des fondations soeurs de la nôtre, c’est à l’échelle européenne que nous ferons le pari de l’amitié.

Mieux coopérer en mettant en ligne ISRALINK, premier e-carrefour d’affaires franco-israélien, lancé à l’OCDE par Madame Christine Lagarde, alors Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, encouragée par 350 chefs d’entreprises des deux pays. Ce réseau social compte déjà près de 500 membres et a déjà favorisé l’émergence de projets économiques entre des entrepreneurs français et israéliens.

Mieux se connaître enfin, en accompagnant le TOP 11 des bloggeurs high tech français à la conquête de la Silicon Waddy puis vingt responsables agricoles français en Israël, en réunissant des publicitaires des deux pays lors d’une « Nuit de la publicité israélienne » à Paris, en initiant les premières « Rencontres virtuelles de l’innovation franco-israélienne » mais aussi en remettant des Prix scientifique, artistique et littéraire pour récompenser l’excellence.

Innover, surprendre, agir avec audace, c’est ainsi que nous envisageons les relations franco-israéliennes de demain. Disons que c’est aussi notre réponse aux préjugés.

La tâche est lourde et c’est avec coeur et détermination que mon équipe et moi-même oeuvrons sans relâche pour donner un nouveau souffle à l’amitié franco-israélienne ».

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