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Diplomate de carrière, mère de deux filles, Aliza Bin-Noun a été nommée ambassadrice d’Israël en France en 2015, après avoir exercé des fonctions similaires en Hongrie (2007-2001). Elle était à Toulouse le mercredi 23 mai pour une rencontre avec des acteurs économiques dans le cadre des relations entre Israël et la ville de Toulouse. Entretien.

Quel est le sens et les objectifs de votre visite à Toulouse ?

J’étais invitée à participer au gala annuel de la chambre de commerce France-Israël de Toulouse. L’objectif était de renforcer les liens économiques, technologiques, scientifiques entre Israël, une « startup nation » qui célèbre en 2018 ses 70 ans d’indépendance, et Toulouse, une ville jumelée depuis de longue date avec Tel Aviv. Cette visite s’inscrit également dans le cadre des « Saison Croisée  France-Israël 2018 », un événement organisé conjointement par les deux pays qui débutera le 5 juin prochain au Grand Palais à Paris. J’invite d’ailleurs le public à venir visiter l’exposition Israël Lights qui, les 6, 7 et 8 juin,  proposera un parcours unique destiné à mettre en lumière tous les domaines de l’innovation israélienne, que ce soit dans les secteurs de la médecine, de l’espace, de l’agriculture ou des nouvelles technologies…  180 colloques, expositions, spectacles, ateliers ou conférences se tiendront cette année dans les deux pays.

Une grande marche contre l’antisémitisme et  en hommage à Mireille Knoll s’est déroulée fin mars à Paris. Comment appréhendez-vous le phénomène de l’antisémitisme en France  et encouragez-vous les Juifs à regagner Israël comme l’a suggéré à plusieurs reprises M. Netanyahu ?

Soixante-dix ans après la Shoah, nous sommes très inquiets de constater que l’antisémitisme est toujours présent. Certes, le nombre de cas a diminué en 2017, mais il est toujours enraciné. Comme, d’ailleurs,  le racisme ou l’anti sionisme qui se propagent sur les réseaux sociaux. A cet égard, nous apprécions les efforts que le président Emmanuel Macron et son gouvernement ont engagé pour lutter contre ce phénomène. En Israël, nous accueillons du mieux possible tous les Juifs, mais j’estime que la peur n’est pas une raison pour quitter la France. Chacun doit avoir le droit d’habiter et de vivre en sécurité où il le souhaite.

Le 14  mai dernier, les soldats israéliens ont tiré à balles réelles sur des manifestants à Gaza, faisant 62 morts et plus de 1300 blessés. L’Ambassadeur de la France à l’ONU, M. Delattre, a évoqué une réponse « inadéquate et disproportionnée ». Plusieurs pays, notamment l’Angleterre et l’Allemagne, ont demandé des enquêtes indépendantes. Que leur répondez-vous ?

Ce qui est arrivé, c’est que le Hamas, qui est une entité terroriste dont l’idéologie est de détruire Israël, a incité la population palestinienne à venir manifester devant la barrière. Israël avait pourtant appelé la population à ne pas participer à ces manifestations qui pouvaient se terminer de façon triste, tragique. Le Hamas a utilisé des femmes et des enfants comme des boucliers humains. Ce n’était pas une manifestation pacifique. Certains étaient venus pour tuer des israéliens dans les communautés situées près de la frontière. La réponse est la réaction que chaque armée et chaque pays démocratique auraient prise pour protéger sa population.

Israël a été pourtant critiqué pour son usage disproportionné de la force face à des foules désarmées ?

Qu’auriez-vous fait si vous aviez été sur place ? La situation était menaçante. Certains étaient armés. Nous n’avons pas initié cette manifestation. Nous ne voulions pas de cette violence.

La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël. Qu’en pensez-vous ?

Depuis quelques années, Le Premier ministre Benjamin Netanyahu invite Mahmoud Abbas, et non le Hamas, que même la France considère comme une entité terroriste, à venir à la table des négociations pour discuter sans conditions préalables. Le président de l’Autorité palestinienne refuse de le faire. Il n’y a pas la volonté, du côté palestinien, de s’asseoir autour de la table pour un dialogue. Mais le vrai problème, c’est l’Iran qui a des liens avec la bande de Gaza et a renforcé ses relations avec le Hamas et le Hezbollah.

Le ministre palestinien des Affaires étrangères a, le mardi 22 mai,  saisi la Cour Pénale internationale contre Israël pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité »

Encore une fois, quelle est la stratégie palestinienne depuis 2014, lors du dernier round des négociations.  Mahmoud Abbas a pris la décision de ne pas venir à la table des négociations, que ce soit à Jérusalem ou à Ramallah. Après avoir remis en cause la légitimité d’Israël d’exister en tant qu’Etat, Il a préféré s’adresser aux organisations internationales pour qu’elles fassent pression sur Israël. C’est une manœuvre de destabilisation.

On contenait l’Iran par un accord sur le nucléaire. La façon dont le président des Etats-Unis a déchiré cet accord ne risque-t-il pas d’encourager les « faucons » du régime iranien ?

La position d’Israël vis-à-vis de l’Iran est très claire : pour nous l’Iran est une menace de par leur engagement et leur soutien grandissant au Hamas et au Hezbollah ainsi qu’avec leurs essais de missiles balistiques. Ceux qui décident en Iran, c’est le guide suprême, Ali Khameini, et les gardes de la Révolution. Ce n’est pas Rohani. L’accord signé en 2015 était basé sur des mensonges iraniens à propos du programme nucléaire. Aujourd’hui, dans un contexte géopolitique très problématique, la politique expansionniste que conduit l’Iran représente une vraie menace. Les pays du Golfe partagent cette position. Il y a d’ailleurs une convergence d’ intérêt entre Israël, les émirats et l’Arabie Saoudite. Dans ce contexte, Israël a trois lignes rouges  que nous soulignons régulièrement : nous ne pouvons tolérer la livraison d’armes de l’Iran en Syrie par le Hezbollah, comme le renforcement d’éléments hostiles, en particulier l’Iran, sur sa frontière. Israël se réserve aussi le droit de réagir en cas d’actions armées de la Syri.

On a le sentiment que plus personne ne parle du processus de paix ?

Nous voulons la paix, pas la guerre. Il est vrai que la situation s’est détériorée. Mais pour débuter débuter un vrai dialogue direct, encore faut-il s’asseoir autour de la table, comme nous l’avions fait à l’époque avec l’Egypte et la Jordanie, deux pays avec lesquels nous avons signé des accords de paix.

Source : .ladepeche.fr

LE PLUS.

Pour contester le venue de Aliza Ben Noun, plus de 200 manifestants se sont rassemblés à l’appel de différentes associations, syndicats et parti politique au chant de « Gaza, Toulouse est avec toi ».

 

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