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ISRAELVALLEY DEBAT. Alors que le prix du gaz a crû de 25% en France en 2 ans, aux USA il a été divisé par 3 ou 4. Il se situe à moins de 15 US$ d’équivalent baril contre 100 pour notre gaz importé.

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Roger Cukierman | Économie

L’exploitation du gaz de schiste fait débat. Quelles sont les données du problème ? Le gaz de schiste est contenu dans des roches argileuses compactes à environ 3.000 mètres de profondeur. Selon les pétroliers le potentiel de gaz de schiste récupérable en France représenterait un siècle de consommation. En vérité pour connaître ces réserves, il faudrait évidemment en autoriser l’exploration.

Autre donnée : la France importe la quasi totalité de son pétrole et de son gaz, soit 62 milliards d’euros. Or le prix du gaz naturel importé, notamment de Russie, est contractuellement connecté avec le prix du baril de pétrole (autour de 100 $ le baril). Il pèse lourdement sur notre balance commerciale. Nos importations de combustibles représentent 90 % de notre déficit extérieur.
Or l’exemple américain d’exploitation du gaz de schiste depuis près de dix ans est très positif : le prix du gaz a fortement baissé, les USA sont devenus auto suffisants, il y a eu création d’emplois, et c’est une énergie qui émet moins de gaz carbonique que le charbon ou le pétrole.

En outre, nous avons des sociétés françaises parfaitement armées pour développer cette ressource calorique. En tête Total et GDF-Suez. Total a déjà investi dans deux gisements du spécialiste Chesapeake aux USA, et aussi en Argentine, en Pologne, au Danemark et en Chine.

Mais les écologistes s’opposent vigoureusement à l’exploitation du gaz de schiste en raison du risque de pollution. Ils ont le plus souvent l’appui des élus locaux qui craignent la multiplication sur leur commune des forages de gaz de schiste.

En quoi consiste ce risque de pollution ?
Le gaz de schiste s’exploite par la méthode de la fracturation hydraulique. On injecte à très haute pression un mélange de quantités importantes d’eau, avec du sable et des adjuvants chimiques. L’injection ouvre des fissures et libère le gaz qui y était séquestré. Le gaz remonte enfin par le puits pour être capté.
Mais il est arrivé dans les pays qui exploitent le gaz de schiste que des nappes phréatiques soient souillées ainsi que des eaux de surface. Ce ne serait pas dû à la fracturation hydraulique mais à des défauts de cimentation des puits. Un problème d’étanchéité qui explique l’opposition des écologistes.

Que nous dit le modèle américain ?
Les Américains estiment que l’exploitation du gaz de schiste se fait dans des conditions de sécurité comparables à celles des autres combustibles fossiles. Les techniques d’extraction ont bénéficié de progrès décisifs sur les besoins en eau, sur les composants chimiques, sur le risque de pollution des nappes phréatiques et des sols et sur le nombre de puits. Selon Total les quelques incidents relevés aux USA sont le fait de l’arrivée de nombreux petits opérateurs peu regardants sur la sécurité des installations.

Alors que le prix du gaz a crû de 25% en France en deux ans, aux USA il a été divisé par trois ou quatre. Il se situe à moins de 15 US$ d’équivalent baril contre 100 pour notre gaz importé. Les USA n’ont plus besoin d’importer le gaz. Le président Obama a indiqué que plusieurs centaines de milliers d’emplois avaient été créés. Entre 2006 et 2012 la part du gaz dans l’électricité américaine est passée de 20 à 25 % aux dépens du charbon.

Parallèlement les émissions de gaz à effet de serre ont fortement diminué alors qu’en Europe elles augmentaient. Autre avantage l’industrie peut utiliser des dérivés du gaz plutôt que des dérivés du pétrole ce qui abaisse les coûts. De même le gaz permet des coûts du chauffage mieux maîtrisés pour les habitations.

Comment réagissent nos dirigeants face au choix entre les avantages économiques et le risque de pollution?

Le Président Sarkozy avait annulé en Juillet 2011 trois permis de recherche dont un permis d’exploration de 4.000 km2 vers Montélimar détenu par Total mais sept autres titres avaient été maintenus. Selon un sondage, l’opinion publique serait opposée au gaz de schiste alors que le patronat et des personnalités comme Claude Allègre et Bernard Thibault de la CGT se prononcent en faveur du gaz de schiste. Le ministre Arnaud Montebourg disait vouloir examiner de près cette affaire.

En inaugurant le 14 septembre la conférence environnementale, le Président Hollande a tranché. Il a annoncé son refus de l’exploitation du gaz de schiste. Il estime que la fracturation hydraulique, seule technique aujourd’hui connue, n’est pas exempte de risques lourds.

Qu’en pensez vous ?
L’argument du risque sanitaire me paraît contestable. Les américains sont bien plus regardants que les européens en matière de santé. A preuve le FDA qui contrôle les médicaments est beaucoup plus strict que nos instances de contrôle sanitaire.

Peut-on critiquer les hausses du prix du gaz et refuser d’étudier l’éventualité d’une nouvelle ressource bon marché ? Ne faut-il pas rechercher l’autonomie énergétique ? N’est-il pas absurde d’interdire l’exploration sans connaître la réalité des réserves ?

Ne faut-il pas autoriser l’exploration, quitte ensuite à fixer des conditions restrictives. Nous voulons tous pour nos enfants un monde meilleur. Il faut pour cela pouvoir et vouloir profiter des progrès de la science.

Je pense que la décision du Président Hollande est une concession extrêmement coûteuse, probablement de nombreux milliards d’euros, faite au parti des écologistes. J’ose espérer que la politique politicienne n’interviendra pas trop souvent dans les décisions importantes qui relèvent de l’intérêt de l’état.
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Source: Chronique économique de Roger Cukierman sur RCJ 94.8

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