Oct 7

ISRAELVALLEY. "APRÈS LES FÊTES": LES HAUSSES DE PRIX VONT S'ACCÉLÉRER. Le consommateur israélien sera bientôt confronté à une valse des étiquettes de l'alimentation. À qui la faute?

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Jacques Bendelac, à Jérusalem | Économie

En Israël, la rentrée est traditionnellement divisée en deux périodes: “avant les fêtes” et “après les fêtes”. Il s’agit des fêtes de Rosh Achana, Kippour et Souccot, qui constituent une trêve de trois semaines dans l’activité économique de la plupart des secteurs de l’économie israélienne.

Les géants de l’agroalimentaire n’ont pas attendu la fin des fêtes pour annoncer les hausses de prix, dont l’objectif avoué est de répercuter la flambée des matières premières: Tnuva, Strauss et Tara ont promis une valse des prix des produits laitiers, Osem et Unilever augmenteront le prix des pâtes, soupes et café, Coca-Cola renchérit les boissons, etc. Si on y ajoute les augmentations prévues dans les tarifs de l’eau et de l’électricité, c’est tout le panier de la ménagère qui va coûter plus cher dès la fin de 2012.

La faute aux matières premières ?
A la veille de la fête de Souccot, le ministère israélien de l’Agriculture a publié une recommandation tout à fait exceptionnelle: les experts agricoles ont estimé que le prix du lait brut a augmenté de 9,4% depuis le début de l’année, ce qui devrait se répercuter sur les prix à la consommation. Suite à cette recommandation, le ministère des Finances va renchérir prochainement les produits laitiers subventionnés: il s’agit des produits dont le prix est fixé administrativement par le gouvernement, comme le lait en sachet et en carton, le beurre et certains fromages. La hausse des prix au détail sera moins importante que celle du lait brut, mais elle devrait se situer quand même entre 6 et 7%.

Dans le secteur privé, la hausse du prix des produits subventionnés va donner le feu vert à la valse des étiquettes de tous les produits similaires. Les grandes laiteries du pays, comme Tnuva, Strauss et Tara, viennent d’annoncer le relèvement de leurs prix: immédiatement après les fêtes de Souccot, la hausse des prix devra compenser le renchérissement des matières premières enregistré depuis plusieurs mois mais qui n’a pas été répercuté à la consommation.

La faute aux fabricants ?

Le lait n’est pas le seul produit alimentaire à connaître la valse des étiquettes. Les autres produits de consommation courante suivront rapidement pour répercuter l’augmentation des coûts de production. Chez Osem, on explique que « depuis janvier 2011, le coût des matières premières dans le monde a flambé de plusieurs dizaines de pourcents, comme la farine, le mais et le soja; par ailleurs, le prix de l’énergie, de l’eau et les impôts locaux ont aussi augmenté sensiblement, ce qui a renchéri les coûts de production ».

Si les principaux accusés sont le sucre, le café, l’huile et la farine, les fabricants israéliens vont renchérir toute une ligne de produits alimentaires comme les soupes en poudre, les pâtes, les cornflakes, les plats cuisinés, la mayonnaise, etc. Chez Osem comme chez Unilever, les nouveaux tarifs entreront en vigueur le 1er novembre et ils refléteront une hausse allant de 3 à 6% selon les produits. De même, Coca-Cola vient d’annoncer une hausse de 5,7% du prix de tous ses produits dont la ligne comprend aussi les boissons gazeuses Sprite, Fanta et Kinley, ainsi que l’eau naturelle Neviot.

La faute aux élections ?

La hausse annoncée des prix des produits alimentaires fait des remous au sommet même de l’Etat. Fait exceptionnel, le Contrôleur de l’Etat est intervenu publiquement pour exprimer son mécontentement: Yossef Shapira vient de se dire scandalisé par l’ampleur des hausses annoncées et par le flou qui entoure le calcul des hausses de prix. Selon les calculs réalisés par ses services, le prix des produits alimentaires a augmenté de 10% entre 2005 et 2011 alors que, sur la même période, le revenu réel a stagné, ce qui a entraîné un recul du pouvoir d’achat. Récemment, le contrôleur Shapira avait recommandé au gouvernement une refonte de la méthode de calcul du prix du lait subventionné: aujourd’hui, il regrette que le renchérissement des produits laitiers ait été annoncé avant même que le système d’ajustement n’ait été revu.

Quant à Youval Steinitz, le ministre des Finances, il se dit convaincu que la baisse de droits de douanes et la concurrence des produits importés vont contribuer à ralentir la hausse des prix. Aujourd’hui, l’importation de produits laitiers supporte 150 à 200% de droits de douane. L’objectif du gouvernement est d’abaisser les taxes d’importation jusqu’à un taux maximal de 50%. Pour l’heure, le puissant lobby des agriculteurs a réussi à retarder toute baisse des droits de douane sur les produits laitiers importés. Et, la tenue d’élections anticipées devrait à nouveau ralentir la libéralisation des importations: les agriculteurs ont une influence importante sur les choix politiques des grands partis israéliens.

Jacques Bendelac (Jérusalem)

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