ISRAELVALLEY - LE FILM ALYAH D'ELIE WAJEMAN A DÉJÀ CONQUIS LE CINÉMA FRANÇAIS! L'histoire retrace la vie d'un jeune de vingt-sept ans qui décide de fuir la monotonie de sa vie parisienne.
Ne répétez pas trop qu’« Alyah » est le meilleur premier film que le cinéma français nous ait donné depuis longtemps.
L’affirmation est juste, mais réductrice. « Alyah » tient dans une histoire parfaitement nouée : celle d’Alex, petit dealer de shit parisien sans envergure. A vingt-sept ans ? Il est fatigué de sa vie grise et des magouilles de son frère. Quoique peu pratiquant, il décide de faire son alyah, d’émigrer en Israël pour investir 15.000 euros dans le restaurant d’un cousin. En quelques jours, il lui faut réunir l’argent… et quitter Jeanne, qu’il vient de rencontrer. Sur un canevas de polar, Wajeman tisse un suspense doublé d’un drame. L’histoire d’un déchirement fraternel inévitable, qui entraîne le sacrifice d’un amour naissant.
Sans aucune star, « Alyah » est un grand film de comédiens, Pio Marmaï a le regard d’un jeune Delon, le cinéaste Cédric Kahn devient un acteur plein de charisme. Adèle Haenel harponne la caméra rien qu’en rattachant ses cheveux, donnant corps par sa seule présence à un personnage qui n’a que peu de scènes pour exister.
Enfin, Wajeman filme Paris. En une séquence, nuit de deal orchestrée comme une fugue pour piano, il nous guide à travers toutes les couches de notre société. Il capte à la volée une capitale vacillante dans une lueur bleutée de réverbère à gaz. Paris toujours belle, mais Paris qui ne promet plus rien. Voilà, entre autres, pourquoi « Alyah » représente plus qu’un bon premier film. Dites plutôt qu’il est l’un des meilleurs films de la rentrée.
Adrien Gombeaud
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Pour son premier long métrage, Alyah, Elie Wajeman a opté pour le mélange des genres. Choix audacieux qui l’a poussé à brasser et à réunir en un seul film bon nombre de thèmes disparates : c’est à la fois un polar, un film sur la famille, sur un nouveau départ et sur les sentiments. (…) Je voulais ce mélange des genres. Il donne sa force au sujet, explique le cinéaste. Cela dit, le metteur en scène ajoute que le rythme haletant devait s’imposer comme un élément essentiel du film, qui reste avant tout une fiction tournée vers l’action.
Pour mettre en scène le parcours semé d’embûches de son personnage, le réalisateur Elie Wajeman s’est inspiré du film de Spike Lee, La 25ème heure, qui retrace l’errance d’un repris de justice. En ce qui concerne le traitement de la judaïté, question également assez centrale dans le film, le cinéaste déclare avoir pris modèle sur Two lovers de James Gray pour l’aspect plus ou moins décontracté de son approche de la religion.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, Pio Marmai, qui incarne un Juif dans le film, est en réalité un acteur d’origine italienne. Lorsque l’on demande à Elie Wajeman les raisons de son choix, il explique : c’est une tradition du cinéma américain que des acteurs italiens jouent des rôles de Juifs. Voyez Pacino, ou De Niro dans Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, ou dans Le Dernier nabab, d’Elia Kazan. L’idée me séduisait.
Dans le film, il est question d’un Juif de la diaspora qui tente de retourner en Israël pour fuir ses problèmes parisiens. En hébreu, cet acte de retour au pays est appelé l’Alyah, ce qui a donné le titre du film. Le cinéaste confie avoir recueilli de nombreux témoignages montrant la détresse de certaines personnes qui ont fait le choix de regagner Israël après avoir connu une série de déboires dans leur pays d’origine (addictions, problèmes financiers, chagrins d’amour, etc…). Le réalisateur s’est par ailleurs étonné du traitement que l’Agence Juive réserve aux aspirants migrants : pour s’être lui-même fait passer pour un candidat à l’Alyah, Elie Wajeman affirme que les précautions sécuritaires mises en œuvre peuvent en décourager plus d’un.
Elie Wajeman explique avoir été attiré par le paradoxe que soulève son sujet : on peut trouver étrange que ce garçon fuie ses problèmes vers un pays lui-même problématique et qui peut se déliter à tout instant. J’aime cette ambiguïté. Fuir pour se reconstruire dans un pays au bord de l’implosion, tel est le thème que le cinéaste a tenu à mettre en exergue dans son premier film.
Le film, qui se déroule en partie à Paris, a également été tourné en Israël. On y découvre alors un pays étonnamment cosmopolite où se mélangent de nombreuses ethnies : Russes, Palestiniens, Africains d’Afrique noire, ou encore Thaïlandais se retrouvent ainsi dans cette région multiculturelle du monde.
Nourri par ses références des années 90 et très inspiré par la génération d’acteurs qui a émergé grâce à Arnaud Desplechin ou encore Olivier Assayas, le réalisateur s’est montré désireux de reproduire un processus similaire, contextualisé dans notre époque, en donnant leur chance à des acteurs encore peu connus, comme le sont Adèle Haenel et Guillaume Gouix : il me fallait choisir des acteurs contemporains pour donner au film sa modernité, résume-t-il.
Le cinéaste avoue avoir eu du mal à réunir le financement nécessaire à la production de son film dont le mélange des genres et de tons semblait en dérouter plus d’un. Il compare sa détermination à celle de son personnage Alex, qui tente de rejoindre Israël par tous les moyens : au fond, la détermination d’Alex ressemble à celle qu’il faut pour faire un premier long métrage, observe-t-il.
Alyah a reçu le prix du public aux lectures du Festival Premiers Plans d’Angers, et a également été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes 2012.
http://www.citebd.org/spip.php?page=cinema&id_film=926
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