ISRAELVALLEY SCIENCES. La terreur ressentie par une sauterelle à la vue de l'araignée, son prédateur naturel, aurait une incidence cruciale sur notre écosystème.
Il est assez incongru de penser que l’émotion d’un insecte ait une réelle incidence sur la composition de notre sol. C’est pourtant ce qu’a prouvé l’équipe de Dror Hawlena, écologiste à l’Université hébraïque de Jérusalem. Avant la parution de cette étude dans le journal Science, l’influence du nombre de prédateurs telle l’araignée sur l’écosystème était assez simpliste : la diminution du nombre de sauterelles influe sur le nombre de plantes disponibles pour les micro-organismes.
En réalité, l’affaire est bien plus complexe. Il s’avère que les éléments chimiques libérés lors de la décomposition du corps d’une sauterelle aurait une influence capitale sur le sol. Ces éléments seraient altérés par le niveau de stress de la sauterelle à sa mort suivant si la mort est causée par une araignée ou est naturelle. Pour étayer cette hypothèse, le Dr Hawlena, en collaboration avec ses collègues de l’université de Yale, a étudié des sauterelles dans des cages remplies de végétation naturelle. Certaines cages étaient également habitées par des araignées. Ces dernières avaient vu leurs bouches littéralement collées pour qu’elles ne puissent pas dévorer les sauterelles mais seulement les effrayer.
A la mort (naturelle) des sauterelles, les chercheurs ont placé leurs corps à même le sol recouvert de feuillage. Les résultats sont sans appel. Après 93 jours, le niveau de décomposition du feuillage était de 200% moins importante en présence du corps de sauterelles terrorisées qu’en présence de sauterelles n’ayant pas connu ce stress. Cela est dû au changement de régime alimentaire de la sauterelle en période de stress. L’écologiste Oswald Schmitz de l’université de Yale explique que “en cas de stress, les sauterelles remplacent leurs nourriture à base d’herbes, aliment protéiné par nature, par des solidagos, plante riche en carbohydrate.” Or les bactéries qui décompents le feuillage utilisent les protéines du corps de la sauterelle, elles s’en trouvent soudain dépourvus.
Le Dr Hawlena précise: “Nous sommes en présence d’un nouveau genre de mécanisme dans lequel un infime changement chimique chez une créature peut réguler le cycle naturel, perturbant ainsi l’écologie dans son ensemble. Cela a d’énormes implications sur notre compréhension du monde vivant.”
Cette complexité des causes et des conséquences, que l’on assimile au fameux effet papillon, démontre l’importance de conserver et de protéger les différentes espèces.
- Dr. Dror Hawlena : dror.hawlena@mail.huji.ac.il
- Communique de presse en anglais de l’université hébraïque de Jerusalem : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Ceiyy
“Fear of Predation Slows Plant-Litter Decomposition” – Science, 15 June 2012 – http://www.sciencemag.org/content/336/6087/1434
Rédacteurs :
Benjamin Kupfer, VI chercheur, Doctorant à l’université Bar Ilan (Tel Aviv)
Source: http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70823.htm
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