ISRAELVALLEY. DIVERGENCES DANS LE CABINET DE SECURITE. POUR LA GUERRE CONTRE L'IRAN : NETANYAHOU, BARAK, LIBERMAN, STEINITZ, DICHTER. CONTRE UNE OFFENSIVE MILITAIRE : BEGIN, YAALON, MERIDOR, YISHAI.
REVUE DE PRESSE – La démocratie israélienne fonctionne avec des règles strictes qui empêchent le premier ministre de prendre seul les décisions engageant l’avenir d’Israël. Le Cabinet de Sécurité des neuf principaux ministres, organe suprême du gouvernement, est souverain en matière d’actions sécuritaires et, bien sûr, en matière de guerre. Depuis la nomination d’Avi Dichter, le rapport de force a changé au profit des partisans d’une attaque immédiate contre les usines nucléaires iraniennes.
Se positionnent pour l’attaque : Benjamin Netanyahou, Ehud Barak, Avigdor Liberman, Yuval Steinitz et Avi Dichter tandis quatre ministres s’opposent : Beni Begin, Moshé Yaalon, Dan Meridor et Eli Yishaï. Il est étonnant que les deux faucons du gouvernement, l’ancien chef d’Etat-major et ancien ministre de la défense Mosché Yaalon et Beni Begin soient opposés à une action militaire.
Après les postes militaires qu’il a occupés, Moshé Yaalon sait de quoi il parle. Il doit détenir des informations militaires confidentielles qui justifient sa position mitigée. Pour lui il ne s’agit pas de savoir si Israël devrait attaquer l’Iran mais quand : «Mon expérience avec la guerre est qu’elle ne devrait se produire qu’en tant que dernier recours.» De ce point de vue, il est sur la même ligne que l’ancien chef du Mossad, Méir Dagan, qui estime que l’attaque doit être menée en dernière extrémité, lorsqu’il n’y aura pas d’autre choix. Il est difficile de penser que ces deux monstres sécuritaires s’expriment à la légère.
Meir Dagan
Yaalon n’avait pas apprécié la volonté de dramatisation de Benjamin Netanyahou qui, dans une comparaison douteuse pour parvenir à ses fins, voulait assimiler certains aspects de la Shoah à la menace nucléaire iranienne : «Il y a beaucoup de sensibilité implicite dans la comparaison entre 1938 et nos jours. Cette sensibilité est compréhensible. Mais il n’y a rien qui puisse être comparé à la Shoah sauf certains comportements typiques de l’Ouest que nous avons vu à la veille de la Seconde Guerre mondiale».
Guerre soft
Guerre cybernétique
Yaalon n’est pas un pacifiste et il l’a démontré dans son opposition à Ariel Sharon lorsqu’il a refusé le désengagement de Gaza et a demandé à être relevé de son poste. Il fonde sa thèse sur deux stratégies : la dissuasion et la guerre soft. Selon lui, l’Iran renoncera à son programme nucléaire s’il doit choisir entre cette option ou survivre. Il est convaincu que l’Iran mettra un terme à son programme lorsque les occidentaux et les États-Unis afficheront une fermeté en menaçant de détruire le régime s’il persistait dans son entêtement. Mais il n’est pas dupe sur les négociations car il a appelé l’Occident à ne pas «tomber dans le panneau une nouvelle fois» lors du prochain round de discussions sur le nucléaire iranien.
Mais le ministre israélien des Affaires stratégiques préfère, en deuxième voie, la guerre cybernétique. Il préconise de contrer la menace nucléaire iranienne par le recours à de puissants virus informatiques, comme la cyber-arme Flame : «Il est justifié, pour quiconque considère la menace iranienne comme une menace significative, de prendre différentes mesures, y compris celle-là, pour la stopper».
Cette déclaration à la radio militaire avait été jugée osée car elle alimentait les spéculations sur une possible implication d’Israël dans le programme informatique de destruction des systèmes de contrôle des centrifugeuses nucléaires. Il estime que «Israël est en pointe dans les nouvelles technologies et ces outils nous offrent toutes sortes de possibilités».
Sa prise de position négative au sein du cabinet de sécurité, ainsi que celle de Meir Dagan, ne peuvent pas être assimilées à une lâcheté face au danger car les états de service de ces deux monstres sécuritaires sont éloquents. Ils estiment d’une part que l’Iran n’a pas encore atteint la côte d’alerte et, d’autre part, qu’il existe des armes redoutables cybernétiques qu’il faut d’abord utiliser avant d’envoyer à la mort nos soldats.
Israël a toujours fait confiance à son armée et à ses chefs parce qu’elle est une armée populaire de conscrits. Il ne revient à aucun civil de mesurer à leur place les risques encourus par le pays. L’armée propose et le gouvernement dispose. Le jour où la population se mettra à douter de Tsahal, alors Israël sera véritablement en danger et ressemblera à tous ses voisins.
Source: Par Jacques BENILLOUCHE copyright © Temps et Contretemps
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