ISRAELVALLEY – LA CONTESTATION SOCIALE GRONDE: la rigueur budgétaire envisagée par le Trésor pourrait inciter les "Indignés" israéliens à redescendre dans la rue cet été.
ANALYSE – Les manifestations qui ont eu lieu en fin de semaine dernière, dans les grandes villes israéliennes, sont-elles les prémices d’une nouvelle “révolte des tentes” qui pourrait avoir lieu au cours de l’été 2012? Malgré la baisse du prix de l’essence début juin et la concurrence dans le secteur de la téléphonie qui tire les prix à la baisse, le changement social promis par le gouvernement israélien n’est pas encore perceptible par la majorité des Israéliens. Les récentes déclarations du ministre des Finances n’ont pas rassuré les “Indignés” de l’an dernier: la rigueur budgétaire que préparent les fonctionnaires du Trésor va encore entamer le pouvoir d’achat, réduire les services sociaux, et remettre à plus tard des réformes déjà votées. Voici, en vrac, dix raisons qui pourraient conduire à une reprise prochaine de la contestation pour une meilleure justice sociale.
1. L’augmentation des impôts indirects. Le Trésor envisage de relever la TVA de 1 point (de 16 à 17%) et d’imposer la TVA sur les fruits et légumes qui en sont aujourd’hui exemptés. Ce dispositif, qui ferait rentrer dans les caisses de l’Etat environ 5 milliards de shekels (1 milliard d’euros) par an, est perçu comme très inégalitaire: il touche davantage les ménages les plus pauvres qui consacrent l’essentiel de leur revenu à la consommation courante.
2. Des allégements fiscaux pour les plus riches. Le gouvernement israélien n’a pas mis en application sa promesse de créer une nouvelle tranche d’impôt sur les hauts revenus: il devait s’agir d’un impôt exceptionnel sur les très hauts revenus, c’est-à-dire de plus d’1 million de shekels par an (200.000 €). Cette mesure avait été recommandée par la commission Trajtenberg “pour le changement économique et social”, en septembre dernier.
3. Des avantages pour entreprises étrangères. Lee Trésor envisage d’accorder des allégements fiscaux aux multinationales installées en Israël (comme Intel, HP ou Iscar), et qui demandent à rapatrier leurs capitaux sans payer d’impôt. Ces entreprises auraient accumulé des bénéfices évalués à 100 milliards de shekels, soit 20 milliards d’euros.
4. La dévalorisation des prestations sociales. En Israël, les allocations sociales sont une cible incontournable pour économiser des fonds publics. Le Trésor envisage notamment de réduire les allocations familiales ainsi qu’indexer partiellement certaines prestations sur le coût de la vie, ce qui leur fera perdre de leur pouvoir d’achat.
5. Des coupes transversales dans le Budget. Le Trésor a un faible pour les coupes budgétaires à taux fixe dans tous les postes de dépense: aujourd’hui, il envisage de couper 5% dans les dépenses courantes du gouvernement. Cette rigueur se traduirait par la réduction des services publics qui s’adressent essentiellement aux ménages les plus défavorisés, comme la santé et l’éducation, et par le report de réformes déjà engagées.
6. Les menaces sur l’emploi. Les taux d’intérêt élevés ne permettent pas aux petites et moyennes entreprises d’investir suffisamment pour se développer. Le resserrement du crédit, voulu par la Banque centrale, se traduit par la baisse de l’embauche et par des risques de licenciement. Résultat: malgré l’embellie du chômage (6,7% en avril), les emplois créés l’an dernier sont, dan leur majorité, précaires, à bas salaires et à temps partiel.
7. La gratuité de l’école en danger. Parmi les réformes qui risquent d’être reportées, figure l’école gratuite à partir de trois ans qui devrait entrer en vigueur dès la rentrée prochaine. La rigueur budgétaire ne permettra pas de financer ce dispositif dont le coût est estimé à 2,5 milliards de shekels par an (soit 500 millions d’euros). Il faut se rappeler que ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement israélien proclame la gratuité de l’école à partir de trois ans: la première loi en ce sens date de 1984, mais son application a été régulièrement repoussée.
8. La réforme du logement bloquée. La révolte des tentes de l’été dernier est née de l’impossibilité pour un étudiant de se loger à bon marché et pour un jeune couple d’accéder à la propriété contre un endettement supportable. L’Etat s’est engagé à accélérer la construction et à réduire la bureaucratie qui alourdit les procédures foncières. Or, la réforme est toujours bloquée par un contentieux entre deux formations politiques de la coalition gouvernementale: le parti russophone Israël Beitenou et le parti sépharade Shass.
9. Le poids des monopoles. Ces dernières semaines, l’Israélien s’est rendu compte qu’un peu plus de concurrence dans le secteur de la téléphonie se traduisait par une baisse des prix. Le consommateur exige aujourd’hui des réformes similaires dans d’autres secteurs, comme l’énergie et la banque. L’objectif est d’atténuer le coût de la vie en réduisant le poids des monopoles dans l’économie israélienne.
10. Le ralentissement des grands travaux. Les grands travaux d’infrastructure sont souvent les premières victimes des coupes budgétaires. C’est dans le secteur des transports que les projets en cours risquent d’être reportés ou ralentis. Parmi les chantiers en danger: le nouveau réseau ferré régional de transports en commun dans la métropole de Tel Aviv, et la ligne de chemin de fer reliant Eilat au centre du pays.
Jacques Bendelac (Jérusalem)
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