News: ISRAELVALLEY - MER ROUGE ET MER MEDITERRANEE : LE TRAIN DE L'ESPOIR. Dan Catarivas explique les implications du projet de chemin de fer Ashdod-Eilat et les conditions requises pour qu'il réussisse.
Par Laly Derai (Jérusalem)
Rubrique: Transport
Publié le 9 février 2012
Dan Catarivas a longtemps dirigé le département international du ministère des Finances avant de rejoindre l’Union des industriels israéliens. Il explique les implications du projet de chemin de fer Ashdod-Eilat et les conditions requises pour qu’il réussisse.
Voici de nombreuses années que l’on parle d’une ligne de chemin de fer qui relierait la Mer Rouge et la Mer méditerranée. Ce projet est-il réaliste ou s’agit-il d’une utopie qui rejoindra la longue liste des projets israéliens inachevés ?
Dan Catarivas : Je crois que le fait même d’envisager l’option ferroviaire et le développement des chemins de fer en Israël est une excellente idée, car nous sommes un pays « embouteillé ». Pour comprendre ce projet, il faut tout d’abord comprendre quels sont ses objectifs. Ils sont au nombre de deux : le transport de passagers et le transport de marchandises.
En ce qui concerne le transport de passagers, si l’on souhaite que cette ligne soit empruntée et qu’elle séduise les consommateurs, il faut absolument augmenter la vitesse des trains. Pour cela, il convient dans un premier temps améliorer les infrastructures de la ligne de chemin de fer déjà existante entre Ashdod et le Néguev afin qu’elles permettent la mise en place d’un réseau pouvant atteindre les 300 km/h. Dans son programme, le Premier ministre Binyamin Nétanyaou parle de mise en fonctionnement du réseau cinq ans après la finalisation du processus bureaucratique. Or, la bureaucratie est sans le moindre doute le principal ennemi de ce type de projets.
Comment cela ?
Pour remplacer les lignes de chemin de fer déjà existantes et en construire de nouvelles entre le Néguev et Eilat, il faudrait, normalement, traverser un véritable parcours du combattant bureaucratique. Chacun va vouloir mettre son « grain de sel » et cela freinera d’autant plus le projet : les municipalités, qui se disputeront le privilège de voir une gare les traverser ; les mouvements écologiques, qui évoqueront la pollution engendrée et l’impact sur l’écosystème ; le Trésor, qui refusera de dénouer sa bourse pour un projet qui sera peut-être déficitaire… J’espère vraiment que le gouvernement sera suffisamment ferme pour contourner toute cette bureaucratie.
Pourquoi se lancer dans un tel projet s’il n’est pas rentable économiquement ?
Parce que si nos dirigeants avaient pensé uniquement en termes de rentabilité, notre État n’aurait jamais été créé. Parfois, l’aspect économique passe après d’autres calculs : rapprocher le Néguev et le sud du pays du centre a toujours été considéré comme un projet national. Si le gouvernement veut que ce projet réussisse, alors il doit mettre toutes les chances de son côté.
On parle de confier ce projet à la Chine. Qu’en est-il des industries israéliennes ?
C’est un point très important en effet. Il est indispensable que l’industrie locale ne soit pas oubliée dans ce projet, que la production locale soit utilisée et que la part locale soit la plus importante. La construction, la gestion et l’entretien d’une ligne de fer de cette longueur impliquent la création de nouveaux emplois, l’utilisation de matières premières locales…
Parlons maintenant du transport de marchandises. Israël a-t-il intérêt à concurrencer l’Égypte et le canal de Suez ?
Je ne crois pas du tout que ce soit là l’intention. Israël veut se placer comme un acteur majeur dans l’économie mondiale. Là encore, le calcul purement financier n’est pas le seul à entrer en ligne de compte. Devenir une plaque tournante du commerce international est très important, tant du point de vue diplomatique que politique et même, au bout du compte, économique.
Dans le monde dans lequel nous vivons, nous assistons à un mouvement des biens et des marchandises de l’Orient vers l’Occident. L’Orient produit, l’Occident consomme. Israël se trouve précisément à la frontière entre ces deux mondes. Aujourd’hui, il existe deux principaux points de passage : par voie terrestre, nous avons le Golfe Persique, par voie maritime, nous avons le canal de Suez. Binyamin Nétanyaou veut proposer une autre alternative, un complément au canal. Il estime que cet atout nous confèrera un avantage inestimable. Il n’est pas le seul à penser ainsi, mais d’autres n’y croient pas trop.
L’Égypte n’a donc rien à craindre ?
Non, parce que tout d’abord, la voie maritime sera toujours plus économique que l’option de la voie maritime combinée à la voie ferroviaire. Mais surtout parce qu’une Égypte bénéficiant d’une économie forte est un atout pour Israël ou tout au moins n’est pas forcément un désavantage.
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