News: ISRAELVALLEY. SPÉCIAL SHAVOUOT. POURQUOI LE PRIX DU LAIT EN ISRAËL EST-IL LE PLUS ÉLEVÉ AU MONDE ? Réponse: la faute au cartel des produits laitiers.
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem
Rubrique: Agroalimentaire
Publié le 7 juin 2011
Analyse – La fête de Shavouot, qui est célébrée ce soir, est l’occasion de faire le point sur l’état de la filière du lait et des produits dérivés, comme fromages et yaourts, en Israël. Le marché du lait génère un chiffre d’affaires annuel de 9 milliards de shekels par an (1,8 milliard d’euros), ce qui explique la lutte que mènent les géants israéliens de l’agroalimentaire pour contrôler ce marché. Et le consommateur? Il continue de payer des prix élevés pour des denrées qui sont produites sur place et en grande quantité.
Du monopole au cartel
Pendant des années, deux producteurs se partageaient le marché des produits laitiers en Israël: Tnouva et Strauss. Selon un accord tacite entre eux, Tnouva dominait le marché des laits et fromages, et Strauss celui des yaourts. Or récemment, un nouveau concurrent est venu bouleverser les habitudes des deux grands: Tara. Après une guerre des prix sans merci, Tara a réussi à prendre à ses deux concurrents jusqu’à 7% du marché du lait.
Seulement voilà: les espoirs que le consommateur a mis dans l’entrée de Tara sur le marché des produits laitiers ont été déçus. Rapidement, le monopole de Tnouva et Strauss s’est transformé en un « cartel à trois »: dorénavant, les trois grandes laiteries (Tnouva, Strauss et Tara) fournissent environ 90% du marché du lait. Rien d’officiel bien sûr, mais les faits sont là: les prix demandés par les trois producteurs sont quasiment identiques. A l’exception de baisses sporadiques, à Shavouot notamment, les prix restent élevés, comme si les producteurs s’étaient mis d’accord pour mettre un terme à une guerre des prix sans vainqueur.
Le prix scandaleux du fromage
Et qui paie le prix de cette situation de cartel qui ne dit pas son nom? Le consommateur israélien: sous prétexte du renchérissement des matières premières, les prix des produits laitiers ont augmenté de 15 à 20% au cours des douze derniers mois. Dorénavant, le prix du lait en Israël est le plus élevé au monde! Les plus touchés sont les ménages les plus modestes qui consomment de grandes quantités de yaourts et fromage.
Aujourd’hui, Israël est un des rares pays occidentaux où un kilo de fromage coûte, en moyenne, deux fois plus qu’un kilo de viande. Cette situation est d’autant plus paradoxale qu’une grande partie de la viande est importée de l’étranger alors que le fromage est de fabrication locale.
La vache laitière “Soufa”, championne du monde
Que la vache israélienne soit considérée comme la plus grande productrice de lait au monde n’a, semble-t-il, aucune influence sur le prix du lait au consommateur. La semaine dernière, une cérémonie bien particulière s’est tenue dans le kibboutz Carmia, non loin de la bande de Gaza. La vache “Soufa” a été sacrée championne du monde pour sa production de lait: en 2010, elle a donné 21.400 litres de lait, soit bien plus que la meilleure vache laitière hollandaise.
Quelle conclusion tirer de cette situation paradoxale? Que c’est tout le fonctionnement de la filière du lait qui est à revoir. Il serait temps que la Direction de la Concurrence mette un terme au cartel du lait qui prend le consommateur en otage; et il serait souhaitable aussi que le ministère des Finances intervienne pour fixer un prix maximal du litre de lait.
Jacques Bendelac (Jérusalem)






