News: ISRAELVALLEY SHOAH - CINEMA CRITIQUE - "LA RAFLE": L'INHUMAIN AU PAYS DES DROITS DE L'HOMME. Roselyne Bosch réalise un film du point de vue des enfants qui ne reviendront pas du Vel’ d’Hiv et d’Auschwitz.
Par Fortunée Dwek (Paris)
Rubrique: Cinéma
Publié le 10 février 2010
CRITIQUE DE LA RAFLE. Un documentaire-fiction de plus sur la tristement célèbre rafle du Vélodrome d’Hiver contre les Juifs de France sous l’occupation allemande en juillet 42 ? Non pas. Roselyne Bosch réalise pour la première fois un film du point de vue des enfants qui ne reviendront pas du Vel’ d’Hiv et d’Auschwitz. Il lui a fallu deux ans et demi pour recueillir les témoignages, visionné les films, étudier les photos, lire la presse pour arriver à reproduire le plus fidèlement possible l’atmosphère et les circonstances de cette tragédie humaine.
Tous les personnages du film ont réellement existé, tous les événements relatés ont bien eu lieu et le héros principal, Joseph Weismann, 79 ans aujourd’hui, une dizaine d’années à l’époque, est encore là pour en témoigner, n’en déplaise aux négationnistes et révisionnistes de tous bords.
Après avoir planté le décor de l’époque : la gestapo, la milice, Juifs distingués par l’étoile jaune puis exclus de la société française, la réalisatrice nous fait revivre le destin de ceux qui ont orchestré, de ceux qui ont eu confiance, de ceux qui ont fui, de ceux qui se sont opposés, de ceux qui ne reviendront jamais pour raconter.
Le résultat est bouleversant. La reconstitution de l’intérieur du Vél’ d’Hiv en particulier et les conditions effroyables de détention des 8160 prisonniers soulèvent le cœur. Rien n’a été prévu pour l’accueil des familles, femmes et enfants en majorité, entassées sur des gradins : ni ravitaillement, ni confort sanitaire, ni eau potable dans une chaleur estivale étouffante, soumises à un éclairage violent jour et nuit pendant 5 jours et assourdies par les appels vociférants des hauts-parleurs. Les six infirmières et les rares médecins sont vite débordés…
Le spectateur assiste, impuissant et révolté, à l’inhumain au pays des Droits de l’Homme. On est à chaque instant au bord de la crise de nerfs et on se retient de crier. Deux tentatives de soulèvement par les pères au Vel d’Hiv permettent à quelques enfants de se sauver, mais, otages de leurs propres femmes et enfants qui risquent d’être abattus, ils se calment très vite. Pas nous. Jusqu’au choc des suicides que la réalisatrice n’a pas voulu occulté. Pourquoi l’aurait-elle fait ? Pour nous épargner ??
Mais les enfants, même affamés et enfermés, continuent de jouer, les ancêtres inventent un voyage imaginaire vers Pitchipoï, et même les bougies de shabbat illuminent le Vél’ d’hiv quand s’élève la prière traditionnelle en un chant de douleur et d’espoir. Et des larmes de soulagement coulent sur nos joues lorsque le chef des pompiers, désobéissant, donne l’ordre de dérouler les lances d’arrosage pour abreuver ces pauvres hères.
Oui la réalisatrice a osé choquer avec détermination face à une réalité insupportable qui a touché avant tout des enfants, tant il est vrai que « si on ne connaît pas son histoire on est condamné à la répéter », surtout à l’heure où l’hydre antisémite renaît de ses tentacules. Et elle ne laissera pas « le bourreau tuer une seconde fois par l’oubli », selon le mot d’Elie Wiesel.
Mais elle a aussi voulu réconcilier le peuple de Paris avec ses Juifs, car même si des 4115 enfants déportés du Vel d’Hiv aucun n’est revenu, plus de la moitié des 25 000 Juifs fichés, soit 11 à 13000 ont été sauvés ; deux tiers de la communauté juive française a été épargnée selon Serge Klarsfeld. Elle le doit aux 2740 Français, reconnus comme « Justes parmi les Nations » par Israël.
A côté du devoir de mémoire, Roselyne Bosch prône le devoir de désobéissance : si un ordre est injuste on ne doit pas s’y conformer. La simple force d’inertie de la police française aurait suffi à empêcher les nazis d’agir. Voilà une éthique supérieure à enseigner dans les écoles. Comme référence sensorielle et émotionnelle, le film vient compléter l’information abrupte donnée en cours d’histoire-géographie.
Mélanie Laurent, Jean Reno et Gad Elmaleh et Sylvie Testud, depuis longtemps en empathie avec leur public, campent leur rôle d’une façon magistrale…
LA RAFLE, un film-hommage à ne manquer sous aucun prétexte, de préférence accompagné, pour partager le poids de l’insoutenable.
Fortunée Dwekrnhttp://www.google.fr/search?q=nonno+un+juif+d%27%C3%A9gypte&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a
Sortie le 10 mars au cinéma.—






