News: ISRAËL ÉCONOMIE – Les Monopoles restent puissants: LEUMI (banque), SHUFERSAL (distribution) et PSAGOT (finance), font la une de l'actualité économique et judiciaire.
Par Jacques Bendelac à Jérusalem
Rubrique: Economie
Publié le 8 février 2010
Trois entreprises israéliennes dominent l’actualité économique et judiciaire de ces derniers jours: la banque Leumi dont la directrice-générale, démissionnaire, voudrait se faire élire au conseil d’administration sans respecter la période transitoire légale; la chaîne de supermarchés Shufersal, qui est accusée de concurrence déloyale; et le fonds d’investissement Psagot, dont deux de ses employés sont soupçonnés de malversations financières.
A priori, ces sociétés sont bien différentes; et pourtant, elles ont un même point commun. Toutes trois détiennent un monopole, chacune dans son secteur: la banque (Leumi), la distribution (Shufersal) et la finance (Psagot). Un monopole qui constitue une source de puissance pour leurs patrons, mais un abus de pouvoir pour le consommateur.
Leumi veut garder sa directrice-générale
La banque Leumi est une des plus grandes banques d’Israël. C’est une banque privée, mais l’Etat en détient 11,46% du capital, ce qui en fait le principal actionnaire. Depuis 15 ans, la banque est dirigée d’une main de fer par sa directrice-générale (DG), Galia Maor. En 2010, celle-ci arrive à l’âge de la retraite (67 ans) et elle a fait savoir qu’elle souhaite mettre fin à son mandat de DG, mais sans quitter la banque pour autant: Galia Maor est candidate au conseil d’administration de la banque, ce qui lui permettra ensuite de se faire élire au poste prestigieux de Présidente du directoire.
Rapidement, la classe politique se saisit de ce qui est devenu « l’affaire Maor ». Le ministre des Finances, Youval Steinitz, s’oppose au changement de poste de Galia Maor, arguant que celle-ci doit respecter une période transitoire avant d’accéder à un autre poste dans la banque. Certes, la législation bancaire prévoit un délai de deux ans avant de pouvoir nommer le salarié d’une banque à son Conseil d’administration; la loi prévoit aussi des exceptions en cas de « qualités exceptionnelles », ce qui pourrait jouer en faveur de Galia Maor.
Mais alors, pourquoi le ministre des Finances doit-il se mêler de la gestion d’une banque privée ? Parce que, selon certains juristes, l’Etat est le principal actionnaire de la banque Leumi, ce qui lui donne le droit de dire s’opposer à toute nomination au conseil d’administration.
En revanche, à la Banque d’Israël qui doit avaliser l’élection d’un nouveau membre du conseil d’administration d’une banque, on ne voit pas d’objection à la nomination de Galia Maor. On estime même qu’il n’y a pas de meilleur candidat que Maor qui connaît toutes les ficelles du métier de banquier.
La décision définitive sera prise le 11 mars prochain, au cours de l’assemblée générale des actionnaires de la banque. Entre temps, la presse israélienne consacre de longues pages aux joutes politiques entre les partisans de Galia Maor et ses adversaires. Quant aux clients de la Leumi, ils ne montrent aucun intérêt pour des intrigues internes qui ternissent l’image de leur banque.
Shufersal accusé de concurrence déloyale
La chaîne Shufersal comprend 240 supermarchés répartis sur tout le pays et elle emploie plus de 10.000 salariés. En 2007, son chiffre d’affaires dépassait les 10 milliards de shekels (2 milliards d’euros). Aujourd’hui, Shufersal fait partie du consortium IDB contrôlé par Nohi Dankner, l’un des hommes forts de l’économie israélienne.
Au fil des années, la chaîne a décliné différents réseaux de vente qui s’adressent à des publics variés: Shufersal Sheli (magasins de proximité), Shufersal Big (hypermarchés), Shufersal Deal (discount), Yesh (ultraorthodoxes), Shufersal Yashir (achats à distance), etc.
Il y a quelques jours, la Direction de la Concurrence a lancé une mini-bombe en décidant de porter plainte contre Shufersal pour abus de position et concurrence déloyale. L’affaire a démarré il y a un an, en décembre 2008: les principaux fabricants d’agroalimentaire (comme Ossem, Coca-Cola et Strauss) ont accordé une réduction substantielle sur leurs produits aux supermarchés de la chaîne Riboua Kahol (enseigne Méga), qui est une concurrente de Shufersol.
Le président de Shufersol, Efi Rosenhoiz, a tenté de convaincre les fabricants d’agroalimentaire de cesser de favoriser ses concurrents en leur offrant des prix plus attrayants. N’ayant pas obtenu satisfaction, Efi Rosenhoiz décide alors de retirer des étalages des magasins Shufersal les produits incriminés. Le résultat ne s’est pas fait attendre: « entrave à la concurrence » a tranché immédiatement la Direction de la Concurrence qui vient de traîner Shufersol devant les tribunaux.
Cette affaire vient rappeler au consommateur israélien que le marché de la grande distribution reste un monopole, et cela à tous les échelons: monopole des fournisseurs qui peuvent dicter leurs prix aux distributeurs, et monopole des distributeurs (Shufersol et Riboua Kahol) qui peuvent décider de vendre, ou non, les produits en litige. Et le consommateur dans tout cela ? Il est pris en otage par la lutte entre fournisseurs et distributeurs: son influence sur les prix est quasiment nulle et son choix des produits reste très limité.
Psagot victime du zèle de deux employés
Psagot est le plus important fonds d’investissement d’Israël. Créé en 1989, il gère aujourd’hui l’épargne de 1,3 million d’Israéliens pour un montant de 125 milliards de shekels (plus de 20 milliards d’euros); les dépôts reçus sont investis dans des instruments financiers sophistiqués: Provident funds, Mutual funds, Hedge funds, etc. En décembre 2009, le fonds américain Apax Fund prend le contrôle de Psagot en rachetant 75% de ses actions pour une valeur boursière d’un milliard de dollars.
Il y a quelques jours, un véritable tremblement de terre a secoué le monde de la finance: deux traders de Psagot, David Edery et Shaï Bendavid (34 ans chacun), sont arrêtés par la Commission des Opérations en bourse. Ils sont soupçonnés d’avoir manipulé le cours de certaines actions et obligations d’Etat pour empocher d’énormes profits. Certes, les dégâts sont limités, d’autant plus que la clientèle de Psagot n’a pas souffert de ces malversations: les fonds gérés par les deux opérateurs de marché étaient ceux du compte Nostro, c’est-à-dire le capital propre de Psagot. En revanche, le directeur-général de Psagot, Roï Vermous, a du mal à convaincre les médias de ne pas avoir été au courant des manipulations financières de ses employés.
Il n’empêche que chez Apax, l’actionnaire principal de Psagot, on craint que la réputation de Psagot ne soit entachée par l’enquête menée par les autorités boursières israéliennes. Et il ne serait pas impossible qu’Apax ne demande à revoir à la baisse la valeur boursière du fonds d’investissement; le fonds américain, dirigé en Israël par Zahavit Cohen, pourrait réclamer aussi un dédommagement aux dirigeants actuels de Psagot qui ont failli à leur tâche.—
Jacques Bendelac (Jérusalem)







