News: USA ISRAËL - GEORGES MITCHELL : MENACE OU LAPSUS ? « Selon la loi américaine, les Etats-Unis peuvent geler leur soutien à Israël sous la forme de garanties bancaires »
Par Jacques Bendelac à Jérusalem
Rubrique: Actualité
Publié le 11 janvier 2010
MENACE OU LAPSUS? « Selon la loi américaine, les Etats-Unis peuvent geler leur soutien à Israël sous la forme de garanties bancaires »: cette phrase prononcée par Georges Mitchell, l’émissaire spécial du président américain au Proche-Orient, a mis le feu au poudre. A y voir de plus près, la menace américaine ne devrait avoir aucune suite sur l’économie israélienne.
Que sont donc les « garanties bancaires » américaines ? En 2003, le Trésor américain avait accordé à Israël sa garantie pour un prêt de 9 milliards de dollars; il s’agissait d’affirmer le soutien de l’Administration américaine au programme de libéralisation lancé par le ministre des Finances de l’époque, Benyamin Netanyahou. La garantie était utilisable à raison de trois tranches annuelles de 3 milliards chacune; or jusqu’à présent, Israël n’a utilisé que les deux premières tranches, soit 6 milliards de dollars, entre 2003 et 2005.
En juin dernier, le Trésor américain acceptait de reporter l’utilisation de la dernière tranche de la garantie américaine jusqu’à la fin 2011; par la même occasion, les Etats-Unis offraient une rallonge de 800 millions de dollars. Autrement dit, Israël dispose aujourd’hui d’une garantie américaine pour lever des emprunts jusqu’à un montant de 3,8 milliards de dollars.
L’avantage de la garantie américaine est double. D’une part, elle permet à Israël d’emprunter à moindre coût des fonds sur le marché international en vendant des obligations d’Etat. Ce crédit est assorti d’un intérêt réduit puisque son remboursement est garanti par le Trésor américain: le risque pour le prêteur est donc nul. D’autre part, l’octroi d’une garantie, même si elle n’est pas concrètement utilisée, améliore la notation financière d’Israël en renforçant la confiance des investisseurs étrangers.
En prenant connaissance de la menace américaine, le ministre israélien des Finances, Youval Steinitz, s’est empressé de déclarer que « Israël peut s’en passer ». Sur le plan strictement financier, il a raison: en ce début 2010, Israël détient 60 milliards de réserves en devises, ce qui rend les garanties américaines inutiles. De plus, c’est Israël qui finance l’économie américaine depuis le début de la crise mondiale et non l’inverse: Israël rachète massivement du dollar pour éviter son effondrement et le Trésor israélien a mis récemment une ligne de crédit à la disposition du FMI.
La « menace » américaine ne serait qu’un lapsus regrettable. Il n’empêche que c’est Youval Steinitz lui-même qui, en juin dernier, a demandé à l’Administration américaine de reporter l’utilisation des garanties jusqu’à la fin 2011. Pourquoi alors dire aujourd’hui qu’Israël n’en a pas besoin ? L’explication n’est sans doute pas d’ordre financier: pour Youval Steinitz, il était important que l’Administration américaine donne des marques publiques de son soutien à la politique libérale du gouvernement israélien. Même au prix de garanties bancaires superflues.—
Jacques Bendelac (Jérusalem)






