News: ISRAËL PALESTINE HIGH TECH – DES FIRMES PALESTINIENNES RÉALISENT UNE PERCÉE SUR LE MARCHÉ MONDIAL; la réussite du high tech palestinien offre des possibilités de partenariat avec des start-up israéliennes.
Par Jacques Bendelac à Jérusalem
Rubrique: Start-up
Publié le 21 décembre 2009
EXCLUSIF – Le congrès annuel d’affaires, « The Israel Business Conference », qui vient de se tenir à Tel Aviv, a révélé au public israélien l’existence de firmes palestiniennes spécialisées dans le domaine du high tech. Le développement de ces firmes se réalise de deux façons différentes: soit en coopérant avec les sociétés israéliennes, soit en décrochant directement des contrats sur le marché mondial. Les professionnels israéliens et palestiniens du high tech veulent prouver que la technologie ne connaît pas de frontière. Démonstration.
Une main d’œuvre spécialisée la moins chère du monde
Plusieurs multinationales ont vite décelé le potentiel humain et le savoir-faire de la main-d’œuvre palestinienne. C’est ainsi que Cisco, le géant mondial de high tech, a engagé en 2008 des projets de développement en coopération avec trois sociétés de software installées à Ramallah en Cisjordanie. Selon Zika Abzuk, le Directeur pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique de Cisco, « le personnel de Cisco en Israël considère que dans les trois années à venir, le réseau régional intégrera la représentation de Ramallah qui disposera alors de 200 salariés », soit bien plus que quelques dizaines de salariés d’aujourd’hui. Zika Abzuk a précisé que deux des trois sociétés palestiniennes ont déjà conquis leur indépendance financière. A la suite de Cisco, Hewlett Packard (HP) a annoncé son intention d’investir dans un projet semblable dans les semaines qui viennent.
Si les avantages que procure un investissement dans le high tech palestinien sont nombreux, c’est le coût de la main d’œuvre qui est décisif dans la décision d’investir. Selon l’agence humanitaire Mercy Corps, qui préconise « d’investir dans la paix par l’intermédiaire des technologies de la communication en Israël et Palestine », l’emploi d’un programmeur palestinien arrive au second rang mondial après la Jordanie pour son faible coût: 170 $ la journée de travail contre 750 $ la journée en Israël. « Le secteur du high tech peut devenir la locomotive de l’économie palestinienne », surenchérit Zihad Jaser, un des dirigeants de Mercy Corps.
Le high tech pourrait donc être une source d’emplois et de revenus pour les Palestiniens. Aujourd’hui, ils sont 2.000 étudiants palestiniens à achever chaque année leurs études dans un domaine de la haute technologie et ils ont du mal à trouver un travail dans leur spécialité.
Une start-up israélo-palestinienne « fantôme »
Le premier vrai partenariat entre deux équipes, israélienne et palestinienne, a pris forme sous le nom d’une start-up appelée Ghost.cc, officiellement « Global Hosted Operating System » mais aussi « fantôme » en anglais. Le patron de l’affaire, le Dr. Zvi Schreiber, a créé une filiale à Ramallah qui s’est spécialisée dans les technologies à distance. Distantes géographiquement d’une vingtaine de kilomètres, les équipes israéliennes et palestiniennes se parlent en permanence par liaison vidéo. Aujourd’hui, le centre de recherche palestinien emploie 20 salariés qui développent de nouveaux logiciels.
Autre start-up palestinienne qui a réalisé une percée depuis sa création en 2000: Asal Technologies. Elle emploie aujourd’hui 80 programmeurs dans son centre de Ramallah et elle travaille en partenariat avec les grandes compagnies comme les américains Cisco et Intel et l’israélien Ness. Elle propose notamment ses services aux entreprises occidentales qui souhaiteraient étendre leurs relations d’affaires avec les pays arabes du Proche-Orient où elle est bien introduite. Son Directeur général, Murad Tahboub, vient de déclarer à Tel Aviv que son entreprise était disposée à « coopérer avec des firmes israéliennes et qu’elle avait la capacité de participer à des projets d’un montant de 300 à 500 millions de dollars ».
Récemment, les réussites du high tech palestinien s’enchaînent: la firme Exalt Technologies, créée en 1997 pour faire du software en sous-traitance pour des grandes sociétés étrangères, compte parmi ses clients, Siemens, Alcatel Lucent et Cisco; la société Al Tariq Systems, créée en 2003 et qui emploie aujourd’hui 38 salariés, s’est spécialisée dans les technologies du Web; ou encore Dimensions Consulting Company, créée en 2007, et qui s’est notamment spécialisée dans les systèmes intégrés utilisés dans le secteur de la santé.
Une technologie sans frontière
Désormais, les start-up palestiniennes ont un rôle à jouer dans le rapprochement des peuples de la région. Si la cohabitation physique entre Israéliens et Palestiniens est difficile, le partenariat dans le domaine du high tech ne connaît ni mur ni frontière. Les flux immatériels remplacent les transactions matérielles, le monde virtuel détrône le réel, les nouveaux services de télécommunications surmontent les distances physiques et rapprochent les peuples de la région. Les innovations technologiques, palestiniennes comme israéliennes, devraient contribuer à réduire les fractures géographiques qui morcèlent le Proche-orient et à éloigner encore les frontières extérieures qui n’en finissent pas de se remodeler.—
Jacques Bendelac (Jérusalem)






