News: FRANCE ISRAËL - INTERVIEW DE FREDDY EYTAN : La politique française dans notre région n'a pas changé fondamentalement mais elle a rompu avec celle du double jeu de Jacques Chirac qui justifiait sa "politique arabe".

Dec 200920

Par Mati Ben Avraham à Jérusalem
Rubrique: France - Israël
Publié le 20 décembre 2009

freddy eytan Ancien diplomate – il fut en poste à Bruxelles et ambassadeur d’Israël en Mauritanie, ancien correspondant de Kol Israël à Paris – Freddy Eytan est intégré aujourd’hui dans le staff du JCPA à Jérusalem, présidé par l’ancien ambassadeur d’Israël à l’ONU Dori Gold. Il a publié de nombreux ouvrages qui sont autant de facettes des relations politiques franco-israélienne. Le dernier en date : Sarkozy, le monde juif et Israël" publié aux Editions Alphée-Jean Paul Bertrand.

Mati Ben-Avraham : Si je vous suis bien, Nicolas Sarkozy marque une rupture par rapport à Chirac quant à Israël. Mais en quoi ? Dans le ton, à la manière de Mitterrand ? Car dans le fond, le président français s’inscrit dans une continuité bien française, même si la rue “arabe” au Quai d’Orsay est moins bruyante aujourd’hui qu’autrefois?

Freddy Eytan : Nicolas Sarkozy est un président atypique et très différent de ses prédécesseurs, et dans la gestion des affaires et dans le style. Contrairement à Chirac, Mitterrand ou Giscard, il dit tout haut ce qu’il pense et ne pratique ni langue de bois ni double jeu.

Sa politique étrangère est tracée, cohérente, et claire: un retour par des petits pas, à l’Atlantisme et au Levant. .. Pour le faire, il bouscule les méthodes de la diplomatie classique. Homme d’action, il est toujours sur le terrain et prône toujours le dialogue. Pour la première fois dans l’histoire de la République, il s’est déplacé, à deux reprises, à Jérusalem, pour mettre un terme à l’opération “Plomb durci” et pour aboutir à un règlement pacifique avec les Palestiniens. Certes, la politique française dans notre région n’a pas changé fondamentalement mais elle a rompu avec celle du double jeu de Jacques Chirac qui justifiait sa “politique arabe”.

Aujourd’hui, Sarkozy peut dire “je suis un ami d’Israël” sans aucune crainte de voir imposer un embargo ou de rompre ses bonnes relations avec le monde arabe. La preuve, les contrats signés avec les pays arabes sont plus importants que ceux signés dans la même période qu’avec ses prédécesseurs. Ils n’ont pas été signés au détriment d’Israël.

En choisissant sagement de séparer le bilatéral de la solution du conflit avec les Palestiniens, la France de Sarkozy marque des points à Jérusalem et dans les capitales arabes. Cette politique favorise l’équilibre et le bon arbitrage. Demain, la France pourra jouer le rôle d’intermédiaire pour une négociation de paix avec les Syriens…et Israël applaudira.

MBA : Peut-on conclure, en vous lisant, que Jacques Chirac est marqué par l’histoire du peuple juif, tandis que Nicolas Sarkozy est lui, sinon fasciné, du moins impressionné par le culot israélien qui permet de faire front à toute menace existentielle, tout en développant une société ouverte sur la science, la haute technologie, la démocratie, le monde…?

Freddy Eytan : Longtemps maire de Paris, Chirac est un fin connaisseur de la communauté juive et rappelons que c’est bien lui et non De Gaulle ou Mitterrand qui a reconnu la responsabilité de l’Etat français durant la période sombre de Vichy.

Sarkozy est né après la guerre et a été bouleversé par la Shoah, lors de sa visite à Yad Vashem. Maire de Neuilly et proche de la communauté, il comprend parfaitement “la double allégeance” des Juifs de France. On peut aimer à la fois sa mère et son père…

Fils d’émigré et bercé par les valeurs d’un grand-père né juif, Il a toujours été fasciné par la vitalité de la société israélienne, des prouesses d’un petit peuple, d’une jeune nation qui a été forgée par des nouveaux immigrants. Dans ce sens, la démocratie israélienne, son économie, sa haute technologie et ses prix Nobel sont à imiter.

Israel qui combat pour sa survie est sans doute un modèle à suivre.

MBA : Vous consacrez un chapitre au comportement des médias étrangers en général et français en particulier, dont vous dites qu’il bafoue l’éthique du métier, son honneur même. Mais encore ?

Freddy Eytan : Je m’interroge sur la transmission des images, sur la désinformation et la manipulation idéologique et surtout sur le rôle difficile et ingrat du correspondant sur le terrain, face à une rédaction perplexe et se trouvant à des milliers de kilomètres du champ de bataille.

J’ai enquêté sur le rôle de la presse dans un pays démocratique devant le fléau du terrorisme. Le rapport Goldstone et les “enquêtes” de la presse suédoise sont des exemples éloquents. Une certaine presse européenne est devenue plus idéologique et plus militante, elle est en fait, influée par des ONG financées par des chancelleries. Elle a brisé l’éthique et a bafoué la déontologie et l’honneur du métier du journaliste.

MBA : Un dernier point : votre sentiment profond, en dehors de toute analyse des faits, des discours?

Freddy Eytan : J’ose espérer que ce livre contribuera à une meilleure compréhension de notre situation et approfondira les relations entre les deux peuples. La France de Sarkozy a un rôle légitime à jouer dans notre région. Nous, qui sommes francophones et francophiles, espérons de tout cœur que le président français poursuit sa politique sincère et amicale à l’égard de l’Etat juif et nous prions pour qu’il ne nous déçoive pas comme ses prédécesseurs.—

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