News: ISRAËL FRANCE SYRIE - Le dynamisme du président Nicolas Sarkozy à Damas baignera dans un climat de désenchantement général…
Par Mati Ben-Avraham
Rubrique: Editorial
Publié le 31 août 2008 à 22:17
La visite du président français à Damas s’inscrit dans un double souci : celui d’insérer la Syrie dans le camp occidental d’une part et, d’autre part, de devenir un partenaire privilégié pour les différents pays du Proche-Orient.
Une démarche entamée l’an passé, dont Nicolas Sarkozy a rappelé l’esprit, le 27 août dernier, au cours de la réunion des ambassadeurs à Paris : ” Combien de fois n’ai-je pas entendu exprimer une crainte que je pourrais résumer ainsi : “Si vous affichez trop clairement l’amitié de la France pour Israël, me disait-on, nous allons perdre nos relations privilégiées avec le monde arabe… ”. J’ai toujours été convaincu que c’était le contraire qui était vrai. Restaurer une relation de confiance, forte et durable, avec les dirigeants et le peuple israéliens était, à mes yeux, naturel et la condition même d’un regain d’influence de la France au Proche-Orient. D’abord parce qu’on ne peut pas contribuer à la paix si l’on n’a pas la confiance des deux parties concernées. Ensuite, parce qu’on peut dire bien des choses lorsque l’on est reçu en ami.”
Mais voilà, l’adéquation entre le dire et le faire n’est pas chose aisée. Comme on dit par ici : “pour danser le tango, il faut être deux. ” Et que les pas s’accordent. Et qui ne se souvient que, dans le cadre des préparatifs de la Conférence de Madrid, en 1991, le secrétaire d’Etat James Baker s’était longuement entretenu avec le président syrien Hafez Al Assad. Se levant pour prendre congé, tout sourire, persuadé d’avoir convaincu son interlocuteur, il s’était entendu dire par son hôte : ” Vous avez bien compris, j’espère, que je ne participerai pas à cette conférence…”
Il n’est donc pas évident que le langage que le président français s’apprête à tenir à Damas soit réellement perçu. Et suivi d’effets. D’autant plus que, sur le terrain, l’ambiance est plutôt au désenchantement. Prenons le Liban, où la diplomatie française s’est fort investie. L’hélicoptère de l’armée libanaise abattu par des miliciens du Hezbollah a fait voler en éclat la fiction des accords de Doha, dont la France s’était félicitée. De quoi s’était rendu coupable cet hélicoptère? D’avoir survolé Iqlim Al Touffah, une zone sur le flanc nord du Litani, devenue un bastion du Hezbollah. Classée “extraterritoriale” par ce mouvement, la voici également zone interdite de survol par les forces aériennes libanaises… Davantage : le dernier rapport de la FINUL fait état d’une accélération de la contrebande d’armes entre la Syrie et les fiefs du Hezbollah, contrebande alimentée par l’Iran. Au mépris de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. La déstabilisation du Liban se poursuit à bonne allure, orchestrée par l’Iran avec un relais syrien.
Du côté des pourparlers israélo-palestiniens, rien ne va plus. Si l’on en croit son entourage, Mahmoud Abbas a fait son deuil d’un accord d’ici fin décembre. Ehud Olmert a cessé d’être pour lui un partenaire. Ce qui n’étonne personne, au sein de la classe politique israélienne. D’où un durcissement du ton. Dans la perspective des élections palestiniennes en janvier prochain, Mahmoud Abbas se livre à la surenchère pour contrer, autant que faire se peut, le Hamas et ses acolytes.
Quant aux négociations syro-israéliennes, elles sont au point mort. En fait, elles n’ont jamais démarré sérieusement. Parce que les deux parties ne parlent pas de la même chose. Du Ionesco à la sauce orientale. Pour Israël, en effet, la frontière entre les deux Etats ne peut être que la frontière internationale, tracée lors de la mise en place des mandats français – Liban et Syrie – et anglais – la Palestine, au lendemain de la 1ère guerre mondiale. Pour les Syriens, cette frontière doit s’aligner sur la ligne du cessez-le-feu de juillet 1949.
La différence semble dérisoire : 15 kms environ. Une partie au nord du Lac de Tibériade, côté est, contrôlant le débouché du Jourdain; l’autre au sud-est, dans le défilé du Yarmouk qui inclut une source thermale. Les deux ont été conquises par les forces syriennes, avant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, pour améliorer ses positions. L’exigence israélienne porte donc sur un retour au statu quo ante.
Mais davantage encore. Le vrai problème est de savoir si le régime syrien s’est engagé ou non dans une logique de paix. Or là aussi, les indicateurs ne sont guère encourageants. En témoigne la précipitation mise par Bechar Al Assad à soutenir l’offensive russe en Géorgie et, dans la foulée, demander des jouets offensifs hautement sophistiqués, à même de rompre la supériorité technologique de l’armée israélienne. Comme au bon temps de Brejnev. Et continuer à abriter toutes les forces palestiniennes hostiles à tout compromis avec Israël, tandis que les Syriens modérés, qui aspirent au changement de politique, sont emprisonnés, maltraités, ne plaide guère en faveur d’un renversement de tendance à Damas.
Côté israélien enfin, le contexte politique délétère a imposé le sur place. Aucun des dirigeants actuels n’est à même de faire accepter au public les concessions territoriales inhérentes au processus de paix.
Il n’en reste pas moins que la démarche de Nicolas Sarkozy a le mérite de la fraîcheur. Son hyperactivisme peut ouvrir des brèches. L’intéressant est que s’il se démarque de la rigidité américaine, il le fait non pas en opposition à Washington, mais en concertation avec l’administration américaine. C’est un atout.
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