ACTUALITÉ CCFI: DÎNER ANNUEL DE LA CCFI AVEC CARLOS GHOSN - 8 DÉCEMBRE 2008 - 60 ANS D'ISRAËL News: ISRAEL FRANCE - Interview de Michel Cicurel, Président de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild implantée en Israël

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Par Sabine Roitman à Paris
Rubrique: Banque
Publié le 2 juillet 2008 à 06:48

Interview de Michel Cicurel,Président de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild.

Dans le droit fil de la banque d’affaires familiale créée au 18e siècle par Mayer Amschel Rothschild, le groupe La Compagnie Financière Rothschild a été fondé en 1953 à l’initiative du Baron Edmond de Rothschild, et il est présidé depuis 1997 par son fils Benjamin, aujourd’hui âgé de 44 ans.

Considéré de loin comme le plus fortuné des Rothschild (son groupe bancaire pèserait environ 4 milliards d’euros), celui-ci est épris d’écologie et passionné de voile : les Gitana « Formule 1 écologique des mers » portent les couleurs du Groupe, et son Gitana 13, maxi-catamaran de 33 m, vient de courir la Route de l’Or et battre le record en 43 jours et 38 minutes.

Benjamin de Rothschild arrête les choix stratégiques de son groupe, sans toutefois s’immiscer dans la gestion du quotidien. Pour présider aux destinées de la branche française de son Groupe, il a porté son choix sur Michel Cicurel, banquier brillant, énarque, ancien du Trésor, qui avait créé la banque Cortal, puis dirigé Galbani, leader italien du fromage, et le groupe Cerus.

Q. Depuis janvier 1999, vous êtes à la fois Président du Directoire de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild et Président du Directoire de la Compagnie Financière Saint-Honoré. Pouvez-vous nous dire quelle est aujourd’hui votre structure ?

R. Le Groupe LCF Rothschild, situé à Genève, contrôle la Banque Privée Edmond de Rothschild (BPER), cotée à Genève, ainsi que la Compagnie Financière Saint-Honoré, holding française du Baron Benjamin de Rothschild. Cette dernière, sortie de la Bourse en 2003, contrôle non seulement La Compagnie Financière Edmond de Rothschild, mais aussi Cogifrance (promoteur et investisseur immobilier), un portefeuille de compte propre et une participation importante dans Siaci Saint Honoré (courtage d’assurances).

La Compagnie Financière Saint-Honoré détient 82% de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild (LCFERB), banque française du Groupe LCF Rothschild. La Caisse de Dépôts et Placements du Québec en est également actionnaire à hauteur de 10,5%, les salariés et l’autocontrôle se partageant le reste. La LCFERB compte environ 800 collaborateurs. Le Groupe dans son ensemble compte quant à lui plus de 2000 collaborateurs dans le monde et gère plus de 100 milliards d’euros d’actifs.

Q. Comment a évolué la Banque depuis votre arrivée il y a 9 ans ?

R. Nous avons mis un turbo dans la machine : les actifs ont été multipliés par cinq, de 6 à 30 milliards d’euros, et les résultats par dix. Nous avons diversifié l’Asset Management en créant des filiales individuelles avec un véritable intéressement capitalistique des personnes clés. Il en est ainsi de la gestion actions, de la gestion taux, de la multigestion, du private equity, des produits structurés, alternatifs, etc… La gestion privée a connu un développement spectaculaire passant de 1,5 milliard à plus de 10 milliards d’euros de conservation. A Paris, la croissance des actifs sous gestion a donc été en moyenne de 20% par an.

Q. Quel est votre développement à l’international ?

R. Nous développons l’international afin de conserver une croissance à deux chiffres qui serait certainement plus difficile à atteindre dans le seul hexagone. Pour cela, nous sommes implantés depuis plusieurs années en Italie et en Israël. Désormais, nous cherchons à exister significativement en Asie, d’abord en Chine (nous sommes implantés à Shanghai et Hong-Kong) et peut-être demain en Inde. Mais, même sans implantation, nous sommes présents en commercialisation et en gestion de façon beaucoup plus large : par exemple, notre gestion asiatique est ancienne et performante ; nous gérons également un fonds immobilier en Europe de l’Est ; et nous avons lancé un fonds actions au Brésil en 2007. Bref, nous collons à l’actualité mondiale !

Q. Comment se porte la filiale israélienne ?

R. Nous nous sommes réinstallés en Israël depuis l’année 2000, grâce à la ténacité et au dynamisme de son Président actuel, Jimmy Pinto, qui nous avait proposé de créer cette filiale, EDRIS (Edmond de Rothschild Investment Services Limited). Notre équipe israélienne est brillante, et nous travaillons en étroite coopération avec elle. EDRIS distribue en Israël notre gestion internationale et fait aussi de la gestion locale, de la gestion privée et du Private Equity. C’est EDRIS qui, il y a deux ans, a lancé le fonds immobilier dans les pays de l’Europe de l’Est, et ce fonds connaît un réel succès. EDRIS gère près de trois milliards de dollars, soit environ deux milliards d’euros. A Tel-Aviv, nous sommes installés Sderot Rothschild, dans une avenue qui porte notre nom, ce qui n’est pas fréquent ! C’est la magie de ce patronyme d’être une légende et une réalité.

Q. Vous qui avez été Maître de Conférences à Sciences Po et à Polytechnique, comment voyez-vous Israël sur le plan économique et financier ?

R. Carlo de Benedetti, alors président de Cerus, m’avait dit un jour : « lorsqu’on creuse dans le Golfe, on trouve du pétrole ; lorsqu’on creuse en Israël, on trouve de l’intelligence ». Israël souffre évidemment de l’état de guerre, sur le plan économique aussi. Mais, ce pays qui manque de tout, matières premières, eau, espace, sécurité, démographie, est un modèle de réussite d’une économie de connaissance. On oublie toujours que le territoire reconnu par l’ONU à Israël il y a 60 ans n’avait rien d’enviable. J’espère qu’un jour les Palestiniens sauront ainsi faire prospérer leur futur Etat, afin que le voisinage puisse devenir durablement pacifique.

Q. Quelle est votre vision de l’avenir ?

R. Laissez-moi nettoyer ma boule de cristal ! Comme le dit une vieille histoire ashkénaze : « en un mot, bien ; en deux mots, pas bien ! ». En un mot, le fabuleux décollage du monde émergent nous promet plusieurs décennies d’une croissance économique mondiale sans équivalent historique. Mais, en deux mots, je crois que la montée des périls politiques et militaires fabrique un monde terrifiant pour nos enfants. Souhaitons que la sagesse l’emporte, comme ce fut le cas lors de plusieurs crises de la guerre froide, et que les politiques laissent le monde prospérer sans frontières.—

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