ACTUALITÉ CCFI: DÎNER ANNUEL DE LA CCFI AVEC CARLOS GHOSN - 8 DÉCEMBRE 2008 - 60 ANS D'ISRAËL News: ISRAEL VINS - QUESTION au BARON ERIC DE ROTHSCHILD : Qu’en est-il des vins israéliens ?

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Par Sabine Roitman à Paris
Rubrique: Vins
Publié le 2 juillet 2008 à 06:25

« Un Rothschild qui n’est pas riche, pas juif, pas philanthrope, pas banquier, pas travailleur et qui ne mène pas un certain train de vie n’est pas un Rothschild », avait coutume de dire Edmond de Rothschild.

Il commence à y avoir quelques brèches dans cette maxime, mais elle s’applique encore pleinement au Baron Eric, fils du regretté Alain de Rothschild. Il reste en effet le gardien du temple familial français avec la présidence de Paris-Orléans, mais il est aussi et surtout connu comme celui qui a développé depuis 1974 l’exploitation viticole familiale, les Domaines Barons de Rothschild.

Tout a commencé en 1868, lorsque son ancêtre James de Rothschild, premier Français de la lignée, acheta le déjà célèbre cru « Château-Lafite » à Pauillac près de Bordeaux. Cinq générations de Rothschild s’y sont succédé depuis.

Q. Quelle a été l’évolution du domaine viticole familial depuis que vous en avez pris les rênes en 1974 ?

Au début des années 1980, lorsque la banque familiale a été nationalisée par François Mitterrand, mon cousin David et moi-même nous nous sommes posé la question de notre avenir : qu’allions-nous faire ? quels étaient nos atouts ?

Les Rothschild avaient bonne réputation dans la banque et le vin et David et moi, nous nous sommes lancés dans la reconstruction de la banque et j’ai pris en mains aussi le développement de notre entreprise viticole.

Il fallait découvrir des terroirs à fort potentiel, et réussir à les faire s’exprimer pleinement : un grand vin se mérite après bien des années d’effort. Nous avons donc commencé à agrandir notre domaine, d’abord dans la région de Bordeaux où les terres étaient encore à des prix abordables : Château Duhart-Milon, situé à côté de Château-Lafite avait déjà été acquis en 1962 par mon prédécesseur Elie de Rothschild.

J’ai continué avec Château Rieussec et Château Paradis Casseuil rachetés en 1984 puis Château L’Evangile repris en 1990. Tout récemment, nous sommes allés dans le Languedoc, en reprenant Château d’Aussières en 1999. Actuellement, nous envisageons de mettre en place un développement dans la région de Champagne.

Nous nous sommes également tournés vers l’étranger où nous avons acheté plusieurs domaines : dans le sud du Chili d’abord, où nous avons acquis en 1988 Los Vascos d’un domaine d’environ 4000 hectares où nous avons 500 ha de vigne d’un seul tenant. Nous y produisons à l’heure actuelle près de 5 millions de bouteilles par an.

Puis en 1992 au Portugal, DBR-Lafite a décidé de relancer la propriété Quinta Do Carmo. Depuis 1998 enfin, nous sommes associés en Argentine à la famille Catena, forte du savoir-faire de trois générations de vignerons dans sa propriété de Bodegas Caro. Mais j’ai un regret pour l’Espagne où nous n’avons pas encore trouvé à nous implanter et pour Israël où nous avons failli avoir un vignoble.

A chacune de nos acquisitions, il y a un plan de rénovation du cuvier et des chais, les vignobles sont drainés et replantés, les bâtiments rénovés, les tris de grains deviennent plus méticuleux, la fermentation se fait en barriques : chez nous l’effort qualitatif est permanent.

Q. Y a-t-il une évolution dans la production et dans la consommation du vin ?

La viticulture est une industrie qui s’est largement professionnalisée et qui a complètement changé : auparavant le vin était laissé aux bons soins de quelques « amateurs éclairés » vivant dans la région de Bordeaux, et dont les noms de famille sont encore aujourd’hui identiques à ceux mentionnés par mon ancêtre James au moment de l’achat de Château-Lafite.

Sur les 30 dernières années, alors qu’au départ nous avions peut-être un bachelier dans l’équipe de nos domaines, nous comptons maintenant 5 ou 6 universitaires sortis des meilleures écoles d’agriculture.

Jusqu’aux années 80, le vin ordinaire était encore une nourriture de base. On buvait son litre de vin par jour en croyant presque à juste titre qu’il fournissait un ensemble de vitamines nécessaires pour la santé. Ce marché à considérablement diminué.

Par contre, la consommation de vin de haut de gamme s’est beaucoup développée, et a complètement changé d’esprit. Aujourd’hui et à tous niveaux, le vin fait partie d’un mode de vie, d’un « life style » comme disent les Anglo-Saxons, et va de pair avec les instants de convivialité : événement à fêter, repas entre amis.

Les femmes ont appris à partager ces instants et sont devenues d’authentiques connaisseuses : les plus jeunes d’entre elles apprécient davantage les vins légers et fruités, tandis que leurs aînées ont une préférence pour les arômes boisés et corsés.

De fait, les goûts se travaillent et se différencient selon l’âge, le niveau de revenu et l’effort d’apprentissage.

On retrouve ces évolutions partout dans le monde, et la constante générale est la recherche d’une plus grande qualité : les milliardaires chinois, russes et autres « tycoons » ne veulent que des premiers crus sur leur table. Il faut attendre entre 10 à 15 ans pour boire les grands millésimes, et actuellement il faut boire les années 89-90 ou plus anciennes. Certaines années par contre sont plus rapidement prêtes à boire, notamment les 97 qui sont particulièrement délicieux à déguster actuellement.

Q. Qu’en est-il des vins israéliens ?

Certains sont de très bonne qualité. Je peux d’ailleurs vous révéler que pour obtenir des grands vins, il faut ni plus ni moins suivre les prescriptions de la cacherout… Quand la France a décidé en 1934 d’instaurer les « appellations contrôlées » pour améliorer la qualité des grands crus, une des premières choses exigée des viticulteurs pour obtenir le droit au label, a été de ne produire le vin qu’avec des vignes ayant plus de 4 ans. Or c’est exactement ce qui a été prescrit dans la Bible il y a 5000 ans.

Q. Parlez-nous de DBR

Les Domaines Barons de Rothschild sont une filiale commune de Château-Lafite Rothschild et de Paris-Orléans. Notre chiffre d’affaires consolidé est d’environ 100 millions d’euros, provenant de l’exploitation d’une dizaine de propriétés.

Nous produisons actuellement un million de caisses par an, soit 12 millions de bouteilles. Ce n’est bien sûr que du haut de gamme. Le prix moyen de la bouteille est de 10 euros “départ chai”. Dans le commerce, certains Lafite dépassent les 1000 euros mais nos délicieux Los Vascos sont accessibles aux Etats Unis à environ 10 $.

Q. Qui sont vos grands clients ?

En nombre ce sont d’abord les Américains. Les Anglais nous achètent beaucoup aussi, mais c’est une plaque tournante : ils sont surtout négociants et revendent en Russie ou en Asie. Les chinois aussi commencent à être de bons clients.

Q. Qu’est ce qui fait un premier cru ?

Le plus important est évidemment d’avoir une bonne terre, un climat tempéré et aussi la bonne exposition. Par exemple, les vignobles de Duhart-Milon jouxtent ceux de Château Lafitte, et c’est donc la même terre. Pourtant la maturation est différente, les vendanges s’y font régulièrement 4 à 5 jours plus tard en raison d’une exposition pas tout à fait identique. Bien évidemment les deux vins ne peuvent pas se comparer.

Une fois les vendanges terminées, les équipes chargées de la suite des opérations doivent être de grands techniciens et « avoir du nez ». On peut même dire que ce sont de grands artistes, comme Charles Chevalier qui dirige nos équipes. La vigne est un métier qu’on ne peut pratiquer sans grand amour. Et pour moi c’est devenu une passion.—

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