ACTUALITÉ CCFI: DÎNER ANNUEL DE LA CCFI AVEC CARLOS GHOSN - 8 DÉCEMBRE 2008 - 60 ANS D'ISRAËL News: ISRAEL SPORT - Interview du plus connu des journalistes sportifs : Noah Klieger. Il a obtenu un prix spécial décerné par le Comité Olympique Israélien.

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Par Mati Ben-Avraham
Rubrique: Société
Publié le 17 juin 2008 à 00:42

Noah Klieger vient de recevoir le prix spécial décerné par le Comité Olympique Israélien. Un prix qui vient couronner 60 ans de journalisme sportif, au sein du principal quotidien du pays Yédiot Aharonot. A 82 ans, il est toujours membre actif de la rédaction du journal.

Un record national, et peut-être bien mondial. Mais, ce genre de préoccupation n’est pas sa tasse de thé. Tout comme se faire rémunérer ses conférences à travers le monde. Sur la Shoah – il est entré à Auschwitz à l’âge de 19 ans – mais également sur d’autres thèmes. J’aurais pu devenir millionnaire, dit-il, dans un grand éclat de rire. Il est originaire de Strasbourg. Son père était journaliste-écrivain. Quant à sa mère : à mon époque, dit-il, quand j’étais gosse, les femmes ne travaillaient pas encore.” Une mère descendante d’une des plus grandes familles juives de l’histoire. Un parcours scolaire solide. A Strasbourg, mais aussi à Metz. Récit.

” Au début de la guerre, nous sommes partis en Belgique. Mon père était persuadé que les Allemands allaient épargner la Belgique, vu que le roi Léopold III était un grand admirateur du Führer. Ce qui ne lui a servi à rien, au roi, puisque le 10 mai 1930, les troupes allemandes envahissaient la Belgique. J’ai été arrêté et déporté à Auschwitz. C’était le 18 janvier 1943. Deux ans plus tard, dans la nuit du 17 au 18 janvier, j’ai été évacué. La marche de la mort, appelée ainsi parce que sur les 57000 derniers rescapés du complexe d’Auschwitz – 142 camps au total – seuls 19000 sont arrivés dans un camp quelconque à l’intérieur du Reich. Voilà! Après, je suis revenu. Et comme j’avais décidé de devenir sioniste, alors que j’étais persuadé de ne pas survivre, je suis devenu sioniste actif.”

MBA : Et vos parents?

Noah Klieger : Eh bien, après avoir été rapatrié à Paris, je suis retourné à Bruxelles, à la quête d’informations sur leur sort. Je les ai retrouvés. C’était extraordinaire. Mon père et ma mère ont été déportés après moi, à Auschwitz aussi. Mon père au camp 1, le camp principal. Mais moi, j’avais été transféré au camp 3. J’avais été sélectionné dans l’équipe des boxeurs que le commandant de ce camp, un mordu de la boxe, avait mis sur pied pour son délassement. Ma mère, elle, est arrivée à Auschwitz 2, Birkenau. Je ne l’ai jamais su. Je les ai donc retrouvés. C’était extraordinaire car c’est le seul cas où trois membres d’une même famille sont revenus. Je parle du complexe d’Auschwitz, et non de la Shoah dans son ensemble. Ils sont morts ici, en Israël, paisiblement, dans les années 1970. J’avais un frère, mais en 1935, mon père l’avait envoyé étudier dans une Yeshiva, en Angleterre. Il est même devenu rabbin.

En 1946, j’ai commencé à militer, dans les rangs de la Bériha, une sous-organisation du Mossad – Alya B. J’y ai travaillé pendant plus d’un an. Nous avons fait passer les rescapés des camps de la mort, les partisans placés dans des camps en Allemagne et en Autriche vers les camps de transit à Marseille, puis sur les bateaux de l’immigration clandestine. Et c’est comme ça que je suis moi-même arrivé là-bas. J’ai été nommé commandant d’un camp de transit, celui de Cayrol, près de Marseille.

MBA : Et tout ce travail se faisait dans la plus stricte clandestinité…

Noah Klieger : Oui, mais nous bénéficiions de la collaboration des autorités françaises ainsi que de la population. Les uns et les autres ne pouvaient blairer les Anglais. En dépit de leur association pendant la guerre et du fait que les deux gouvernements étaient socialistes. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement Ramadier de fermer les yeux. Les bateaux pour la Palestine partaient des ports français. Au grand dam des Anglais. Il a fallu un an à ceux-ci pour convaincre le gouvernement français de cesser toute collaboration avec nous. Mais la population a continué à nous aider. Pour ma part, étant donné que je parlais parfaitement le français, j’étais de toutes les réunions pour la mise en place de la logistique nécessaire. Le 10 juillet 1947, je suis arrivé à Sète, dans le premier camion pour monter à bord du plus grand bateau jamais affrété par l’immigration illégale, qui a embarqué 4600 transitaires.

MBA : L’opération Exodus …

Noah Klieger : Oui. Et le premier jour, j’ai été incorporé à l’équipage. J’étais le seul non américain et non “eretzisraéli” soit juif de la Palestine sous mandat britannique, parmi les 41 membres de l’équipage. J’ai donc participé à cette odyssée de l’Exodus, devenue célèbre en raison de notre obstination à ne rien céder aux Britanniques. Nous avons été arraisonnés en pleine mer, amenés à Haïfa, et ramenés à Port-de-Bouc. Les Britanniques voulaient par là briser l’immigration illégale, en ramenant les clandestins à leur point de départ. Ils nous ont gardés durant trois semaines et demie en rade de Port-de-Bouc. La France nous a d’ailleurs invités à descendre. Elle était prête à nous accueillir, en nous donnant tous les droits. Nous avons refusé. Et sous la pression du monde entier, les Britanniques ont donné l’ordre de lever l’ancre. Mais pour se venger de notre entêtement et d’avoir combattu l’armée de sa Majesté -c’était dans la nuit du 17 au 18 juillet, lors de la capture du bateau en pleine mer où nous avions eu trois tués et plus de cent blessés – pour se venger donc, ils nous ont emmenés dans des camps d’internement en Allemagne. Il fallait vraiment être ridicule pour oser un tel geste. Deux ans après que nous étions sortis des camps en Allemagne, les Britanniques nous y renvoyaient…
Et puis est intervenu le plan de partage voté par l’ONU le 29 novembre 1947, à la majorité des deux tiers, obtenue grâce aux votes de pays d’Amérique latine, qui voulaient de prime abord voté contre, mais qui fâcheusement impressionnés par l’affaire de l’Exodus et le comportement des Britanniques, ont modifié leur vote. Nous sommes revenus tous, par petits groupes.

MBA : Où étiez-vous au moment de la déclaration d’Indépendance?

Noah Klieger : En route. En mer. Je suis arrivé le 21 mai 1948. J’ai été immédiatement enrôlé. Envoyé au front. Une journée à Latroun, puis versé à la Brigade du Néguev. Et c’est incroyable comment les choses se passent. Le vice-commandant de l’Exodus était Mikha Peri, devenu un architecte très célèbre, décédé voici quelques années. Il était avec moi sur l’un des trois bateaux cages. Depuis, je ne l’ai plus revu. Et en arrivant à la Brigade, qui je découvre en tant que mon commandant de Compagnie : Mkha Peri! C’était très amusant. A la fin de la guerre d’Indépendance, j’ai repris le métier de journaliste, que j’avais exercé entre 1945 et 1947, une excellente couverture d’ailleurs pour mes activités au sein de l’organisation Bériha. Je couvrais alors des procès de nazis. En 1957, j’ai été engagé au “Yédiot Arahonot”. J’y suis toujours.

MBA : En tant que le plus ancien journaliste sportif en exercice, une célébrité même, quel regard portez-vous sur l’évolution du sport israélien?

Noah Klieger : Le sport s’est développé comme tout le reste, mais il n’est jamais devenu un sport de haute compétition. Malheureusement, nos meilleurs résultats sont obtenus dans des disciplines que personne ne connaît. Qui s’intéresse à la planche à voile, par exemple? Ou au Judo ? Ce sont les sports d’équipe qui prédominent. Alors, nous sommes devenus meilleurs en Football ou en Basket-ball. Mais nous ne figurons pas parmi les grands. De temps en temps, nous faisons un truc. Mais ça ne dure pas. Il n’y a pas de continuité. En Basket, nous avons décroché une médaille d’argent aux Championnats d’Europe de 1969. Mais depuis, rien! Nous sommes toujours présents. Mais sans aller très loin. Un niveau honorable. Sans plus. La même chose pour le football. Il y a quelque chose qui cloche. Quoi? Je dirai l’absence d’entraîneurs de très bon niveau d’une part et, d’autre part, un manque de constance dans l’effort, un manque de rigueur, de constance dans l’effort. Le joueur israélien n’aime pas se faire mal. Il aime se faire chouchouter. Pour devenir un vrai champion, il faut aller au charbon!

MBA : Et qu’en est-il du pays?

Noah Klieger : Je suis fier de cet Etat. Pourquoi? Il est vrai que j’avais rêvé de quelque chose de différent. Un Etat sans crime, sans vol, sans corruption. Un Etat qui serait un exemple pour l’humanité. Ce n’est pas le cas. Mais nous sommes à l’avant-plan dans beaucoup de domaines : la technologie, l’agriculture, la médecine, l’innovation. Six prix Nobel dans les 10 dernières années. C’est énorme. Et nous avons aussi une presse qui fait admirablement bien son travail. Si davantage d’affaires de corruption éclatent, c’est bien grâce à la pugnacité des journalistes, qui ne laissent rien passer. Contrairement à de nombreux pays démocratiques, prenez la France par exemple. Le Crédit Lyonnais, l’attribution d’appartements… on en parle deux, trois jours et hop, à la trappe. Ici non. Un journaliste ne lâche jamais. C’est pour cela aussi que je suis fier de mon pays.—

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