News: ISRAEL & JIMMY CARTER : LOVE & HATE STORY - Retour sur une visite officielle placée sous le signe de la controverse.
Par Béni Issembert à Jérusalem
Rubrique: Editorial
Publié le 16 avril 2008 à 15:12
ANALYSE - Buzz ou réelle problématique ? L’arrivée au Proche-Orient de l’ancien président américain, témoin et acteur des accords de Camp David en 1978, fait en tout cas, énormément de bruit dans la presse comme dans la rue.
Entre propos singulièrement virulents et véritable volonté pacifiste, Jimmy Carter n’a jamais été aussi médiatisé que ces derniers temps. Retour sur une visite officielle placée sous le signe de la controverse.
Tout débute cette semaine avec ces déclarations qui ont semé le trouble à Washington comme à Jérusalem. L’ancien maître de la Maison Blanche a défendu ce dimanche son projet de rencontrer un responsable du mouvement terroriste palestinien Hamas, malgré les appels insistants du département d’Etat américain et d’Israël à y renoncer.
« Il est très important que quelqu’un rencontre les dirigeants du Hamas pour exprimer ses vues, pour jauger s’ils peuvent faire preuve de souplesse, pour tenter de les convaincre de cesser toute attaque contre des civils innocents en Israël et de coopérer avec le Fatah en tant que groupe qui unit les Palestiniens », a déclaré à nos confrères de ABC, Carter. Rencontrer les représentants du Hamas relève de l’impensable pour beaucoup.
Aussitôt dit, aussitôt fait, enfin presque car on apprenait lundi qu’il avait rencontré à Ramallah Nasser al Chaër, ancien Vice-Premier ministre du gouvernement formé par le Hamas après sa victoire aux élections législatives de janvier 2006.
Chaër, qui rencontre fréquemment le président palestinien Mahmoud Abbas depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, en juin, est une personnalité proche du Hamas mais n’est pas membre du mouvement islamiste.
Mais Carter n’entend pas s’arrêter là. De sources officielles on apprend ce mardi que l’ancien président doit rencontrer trois hauts officiels du Hamas au Caire dans les jours à venir, dont notamment Mahmoud A-Zahar, ancien ministre des Affaires étrangères issu du Hamas.
Et il serait même question d’une rencontre avec le chef du bureau politique du Hamas à Damas, Khaled Meshaal.
Arrivé dimanche en Israël, le prix Nobel de la Paix 2002 effectue une tournée de neuf jours dans la région, qui le mènera en Egypte, en Syrie, en Jordanie et en Arabie Saoudite, dans le but, selon lui, de faire avancer les efforts de paix bien que ses déclarations passées aient rajouté de l’huile sur le feu et singulièrement ulcéré les autorités de Jérusalem.
En effet, il a qualifié de « système d’apartheid » la politique israélienne dans les territoires palestiniens occupés dans un livre paru en 2006.
Pour nombre de spécialistes, la vision et les agissement de Jimmy Carter relèvent du mystérieux.
Pour le professeur Golan du Centre pluridisciplinaire d’Herzeliya, « Carter fait preuve de partialité et de mauvaise foi parfois, rendant son action tout à fait inutile ».
Pour Mahmoud Ibrahim, géopolitologue palestinien qui a enseigné à l’Université de Gaza avant l’avènement du Hamas, « le président américain se trompe d’amis ». « Rencontrer le Hamas, affaiblit les modérés du Fatah et particulièrement la présidence de Ramallah ».
Or, force est de se questionner quant à la véritable productivité de la visite de Carter au Proche-Orient. Ce dernier rend visite, et par conséquent l’officialise un peu plus, au Hamas qui poursuit son action terroriste et campe sur son refus total de reconnaître l’existence de l’Etat hébreu, le tout guidé par Téhéran.
Carter ne critique pas ce qui serait son droit, soit dit en passant la politique israélienne, mais il la fustige de manière extrêmement dangereuse en la comparant à l’ancienne politique sud-africaine, reprenant quelques slogans entendus lors de la Conférence de Durban.
Seul, Noam Shalit, le père de Guilad, toujours aux mains du Hamas, semble croire, au sortir d’une rencontre avec le président américain, que le fait que Carter ne soit pas « pro-israélien » peut faire influer en tous cas, sur la libération de son fils. Espérons !—



