News: ISRAEL et PRIVATISATION des KIBBOUTZ - Ironie de l'Histoire ou cruel paradoxe, ce sont les kibboutz qui sont les plus riches.
Par IsraelValley Presse
Rubrique: Kibboutz
Publié le 8 mars 2008 à 10:00
Un article de Danièle Kriegel dans Le Point qui a réalisé un Spécial Israël – Les kibboutz se privatisent.
Dans Le Point par Danièle Kriegel (Copyrights) : “La privatisation était à l’essai depuis un peu plus de deux ans. Mais, en ce 26 janvier 2003, après le oui massif 91,5% des 259 votants , l’ambiguïté n’était plus de mise : le kibboutz Merhavia, fondé en 1929 par des jeunes Juifs arrivés pour la plupart de Pologne et de Russie, venait de jeter dans les poubelles de l’Histoire soixante-quatorze ans d’idéologie égalitaire, de collectivisme utopique.
Finie, la démocratie directe des assemblées générales du samedi soir, où toutes sortes de décisions étaient prises à main levée. Finis, les repas gratuits dans la salle à manger communautaire ! Envolée, l’atmosphère si particulière des jours de fête où tout le kibboutz, sur son trente et un, accueillait des dizaines de visiteurs accourus de la ville afin d’oublier, le temps d’une soirée, ce que l’individualisme urbain peut avoir de féroce !
Cinq ans après la privatisation, Lucheck ne s’en remet toujours pas. Arrivé en 1940, il fait partie des anciens, de ceux qui ont quasiment établi Merhavia et en ont connu les grandeurs et les misères : un chemin avec plus d’épines que de roses, dont il est très fier : « Je ne regrette pas ce que nous avons fait. C’était une grande chose ! Nous avons construit un pays . » Alors, aujourd’hui, à 85 ans, il ne ressent aucune colère, mais une tristesse infinie qui lui fait prononcer des mots terribles : « La privatisation, c’est notre échec, mon échec, et plus encore : le gaspillage d’une vie. Quitte à finir de cette façon, on aurait pu faire autrement ; s’épargner toute cette route si longue, si difficile . » Car, il en est persuadé, dans quelques années, Merhavia ne sera plus qu’un faubourg d’Afoula, la petite ville toute proche. Avec ses riches et ses pauvres ; ses villas et ses logements plus modestes. Bref, le monde d’aujourd’hui !
« Le rôle du kibboutz est terminé. » Chez Michèle et Dahlia, respectivement quarante et trente ans de vie au kibboutz, c’est tout le contraire. A l’aune de la privatisation, la vie est belle. Terminé, ce qu’elles appellent toutes les deux le « kibboutz nounou », qui décidait de tout et dont vous dépendiez pour un tas de choses : quand il fallait effectuer une réparation ou changer de logement parce que la famille s’était agrandie, ou lorsque vous aviez reçu de l’argent de l’extérieur et que vous deviez en rendre compte. Aujourd’hui, tout ça, c’est fini. « On gère sa vie et son budget comme on l’entend. C’est formidable. » Alors, pas de regrets ? Aucune nostalgie ? « Si, un peu , explique Dahlia, pour ce sens communautaire qui n’existe pratiquement plus. Pour ces manifestations culturelles auxquelles tout le monde participait. A présent, c’est chacun pour soi, à la maison. C’est un peu dommage . » Mais, pour Michèle, aucun blues n’est de mise. Ni idéologique ni social : « Le kibboutz a joué son rôle et très bien. Ce rôle est terminé. Il a changé de nature et nous sommes désormais un village comme tous les villages dans le monde. Il faut vous dire aussi qu’à la fin, avant qu’on ne décide de privatiser, cela ne ressemblait plus à rien. On flottait entre deux façons de vivre. Une catastrophe ! »
Une ironie de l’Histoire. Pourtant, pour certains, l’heure n’est ni au désenchantement ni à la satisfaction. Il s’agit avant tout de faire avec la réalité. Se débrouiller avec presque rien. Comme ces personnes âgées qui ont travaillé toute leur vie dans le kibboutz et qui, aujourd’hui, ne reçoivent que de toutes petites retraites assorties d’un complément minimal des assurances nationales. Une somme mensuelle qui, le plus souvent, ne dépasse pas 800 euros. Alors, en cas de maladie grave ou autre difficulté majeure, elles redeviennent dépendantes d’une direction financière et sociale sans états d’âme. Une entrée dans le monde des inégalités que connaissent les 150 villages communautaires qui, ces dix dernières années, ont dû être privatisés, le plus souvent pour cause de faillite économique. Car, ironie de l’Histoire ou cruel paradoxe, ce sont les kibboutz les plus riches, ceux qui arrivent à offrir un bon niveau de vie à leurs habitants, qui tiennent le coup. D’où cette anecdote douce-amère racontée par Michel : « Avec un groupe de retraités de Merhavia, nous avons été invités dans un kibboutz du sud du pays. A la mi-journée, on s’est retrouvés dans la salle à manger toujours communautaire. Et là, sans se regarder, on a tous réagi pareil : des larmes pour un temps révolu. »—
Source: Le Point


