News: ISRAEL FRANCE - HISTOIRE : GALERIES LAFAYETTE : les affiches "entreprise juive" sont apposées sur les vitrines dès juin 1940.
Par Israelvalley Desk
Rubrique: France - Israël
Publié le 23 février 2008 à 09:41
À l’automne 1893, Théophile Bader, Juif originaire d’Alsace, se promène en omnibus sur le boulevard Haussmann. Il remarque une pancarte « bail à céder » au coin des rues Lafayette et Chaussée d’Antin. Quelques semaines plus tard, Alphonse Blum lui cède le bail. Avec son cousin Alphonse Kahn, il devient locataire d’un magasin de nouveautés à l’enseigne « Les Galeries ».
Dans Tribune Juive par Sylvie Bensaid
” Sur une petite surface de 70 m2, « Les Galeries » proposaient rubans et dentelles, voilettes et menus objets de toilette féminine. Si le pari est audacieux, l’emplacement est idéal : la proximité de l’Opéra et des Grands Boulevards, la gare Saint-Lazare récemment achevée et les commerces avoisinants attirent dans ce quartier une foule de Parisiens et de provinciaux. Le succès est vite au rendez vous grâce à des méthodes innovantes : assortiment large et varié, prix fixes et affichés, faculté pour la clientèle de toucher, essayer et comparer librement.
Pour se distinguer de la concurrence, des ateliers de fabrication et de conception sont ouverts. Théophile Bader s’inspire des toilettes des femmes élégantes qu’il a remarquées sur les champs de course ou à l’Opéra. Il les reproduit et les vend à petits prix. La mode descend dans la rue. Le magasin se diversifie. Aux rayons traditionnels s’ajoutent la confection pour homme, l’ameublement, les jouets et les arts de la table. Le 21 décembre 1895, les locataires deviennent propriétaires de l’immeuble et s’installent sur cinq étages.
« Les Galeries » deviennent «Les Galeries Lafayette » en 1899. Très vite, les deux cousins achètent dans le quartier magasins, locaux et immeubles, dont ceux du boulevard Hausmann. L’agencement des nouvelles acquisitions est confié à Georges Chedanne puis à son élève Ferdinand Chanut.
Ginette Moulin, petite fille de Théophile Bader, préside le conseil de surveillance du groupe.
mois d’octobre 1912, le magasin, conçu comme un bazar oriental, avec son fouillis de marchandises et ses multiples rayons, fait tourner la tête des clientes. L’enseigne se distingue par le raffinement de son intérieur et sa jolie façade. Son architecture, ses balcons et sa coupole de type néobyzantin à vitraux reposant sur dix piliers métalliques, ses balustrades arrondies, son escalier majestueux sont des curiosités. Aux quatre-vingt-seize rayons présentant les dernières nouveautés, il faut ajouter un salon de thé, une bibliothèque et un salon de coiffure. Au sommet du bâtiment, une terrasse permet de découvrir Paris et sa nouvelle tour Eiffel. Les vitrines jouent un grand rôle dans cette mise en scène : elles doivent éveiller toutes les envies et tous les désirs.
En 1912 Alphonse Kahn, malade, vend ses parts à son associé. Il meurt en 1924. L’entreprise restera dans le giron familial. De 1916 à 1926, les Galeries Lafayette s’implantent en province (Nice, Lyon, Nantes et Montpellier ). Soucieux du bien-être de ses employés, Théophile Bader met en place une caisse de secours, une pouponnière et une caisse de retraite avant leur institution obligatoire. Les affiches « entreprise juive » sont apposées sur les vitrines du magasin dès juin 1940. Théophile Bader est spolié par Vichy, ses deux gendres s’engagent dans la Résistance. Théophile Bader meurt à Paris en 1942, à l’âge de 78 ans. Il n’a jamais tourné le dos à ses origines. Il avait épousé à la synagogue Jeanne Bloch et respectait les fêtes traditionnelles. Ami des lettres, il a favorisé de nombreuses oeuvres. La Société des gens de Lettres lui doit la reconstruction de l’Hôtel de Massa.
Pendant la guerre, ce philanthrope a organisé un hôpital modèle au Grand-Palais. Une rue de Dambach, sa ville natale, porte son nom. L’entreprise est reprise par ses gendres, Max Heilbronn et Raoul Meyer, déjà au conseil d’administration aux côtés de leur beau-père.
Les Galeries Lafayette ont traversé le siècle en reflétant l’air du temps avec un sens profond de la théâtralité. Les générations suivantes, avec Étienne Moulin et Georges Meyer, ont développé un réseau de magasins en France grâce à l’acquisition des Nouvelles Galeries. Au fil des ans, cinquante-neuf magasins ont été implantés pour la plupart au centre des plus grandes villes. S’y ajoutent une dizaine d’affiliés et un magasin à Berlin. L’enseigne favorise l’émergence de nouveaux talents. Sonia Rykiel, Daniel Hechter, Pierre Cardin, Cacharel, Yves Saint Laurent, Dorothée Bis y ont présenté leurs premières collections. Les Galeries Lafayette accueillent un million de personnes chaque jour, dont quatre-vingt mille pour le seul magasin Paris-Haussmann. Cette saga familiale, unique dans l’histoire du commerce, a permis de privilégier une vision à long terme du management et de la mode.—
S. B.
Source: Tribune Juive


