News: ISRAEL CONTROVERSES - EXCLUSIF DEBATS - L'homoparentalité légale en Israël.

fév14

Par Beni Issembert à Tel Aviv
Rubrique: Gays
Publié le 14 février 2008 à 07:41

Pour certains, elle est inconcevable, pour d’autres elle est la marque du progrès. L’homoparentalité pose un sérieux problème à nos sociétés modernes plus enclines que jamais à se positionner quant à l’adoption pour les couples gays ou lesbiens. Au delà des considérations religieuses, voire morales pour certains, force est de constater que dans un futur proche, l’ensemble des démocraties devra prendre une décision pour interdire ou légaliser un droit qui, jusqu’ici, demeurait chasse gardée des couples hétérosexuels.

Et c’est ce qu’a fait Jérusalem en début de semaine, par la voix du conseiller juridique du gouvernement, qui de manière, doit-on le rappeler, tout à fait surprenante, a légalisé de facto l’homoparentalité en Israël.
Retour sur une petite révolution dans la pensée bleu et blanc.

Les couples du même sexe pourront désormais adopter des enfants qui ne sont pas biologiquement les leurs, via le service d’adoption publique. C’est ce qu’a annoncé la justice israélienne, dimanche 10 février, par la voix de Menahem Mazouz, conseiller juridique du gouvernement et qui «n’a aucune opposition à ce que des couples du même sexe adoptent un enfant», mettant l’emphase sur le fait que le mot «couple» dans la loi d’adoption s’applique également aux couples du même sexe. Le «seul critère est le bienfait de l’enfant» en fonction des capacités de la famille adoptive, a-t-il conclu.

Cette déclaration du conseiller juridique, qualifiée de «victoire pour la communauté gay-lesbienne » par le directeur de l’association HaBeit HaPatouach (maison ouverte) Jerry Levinson que nous avons interrogé, s’inscrit dans une longue série de batailles juridiques et judiciaires conduites par les organisations gays israéliennes.

Rappelons qu’en décembre 2004, la Cour Suprême avait déjà reconnu de facto la validité des mariages homosexuels, mais uniquement ceux contractés à l’étranger, en ce qui concerne les questions de propriété et d’héritage. Une sorte de PACS israélien.

L’Etat d’Israël avait également reconnu deux ans plus tard le statut légal de parents légitimes à un couple lesbien dont l’une d’entre elles était la mère naturelle des enfants qu’elle élevait.

Enfin, en novembre 2006, la Cour Suprême avait également contraint le Ministère de l’Intérieur à inscrire en tant que « couples » les homosexuels dans le cas où ces couples avaient été mariés selon la loi reconnue dans un pays étranger.
Mais ce n’est pas tout. Non loin des considérations d’ordre juridique, le Ministère du Tourisme a lancé en 2007, une campagne publicitaire destinée au public gay, à coups d’affiches et de spots télé à l’étranger (retrouvez l’article d’Israelvalley.com sur le sujet), faisant de Tel-Aviv, l’une des destinations privilégiées pour les Gays et les Lesbiennes du monde entier.

Israël à l’apogée du gayfriendly ? Pas vraiment. Suite à l’annonce de Mazouz, dimanche, les réactions du monde religieux n’ont pas tardé. Elie Ishaï, chef du parti ultra-orthodoxe sépharade Shass et ministre du gouvernement Olmert, a qualifié à la radio militaire cette décision « d’initiative horrifiante et dégoûtante» en espérant qu’elle sera en fin de compte invalidée par le Parlement.

Le député Avraham Ravitz, du parti religieux ashkénaze Yahadout HaTora, a pour sa part, déclaré tout simplement que Mazouz était « un imbécile ».
Lundi, les députés religieux et ultra-orthodoxes de la Knesset et leur représentants au gouvernement ont violemment critiqué la décision du procureur et ont exigé des discussions immédiates dans les commissions parlementaires.

Depuis toujours, le secteur religieux israélien (toutes confessions confondues) tente d’interdire le passage de la Gay Pride à Jérusalem. Rappelons qu’en 2005, un groupe d’ultra-orthodoxes avait poignardé trois participants à la Gay Pride, lors de la marche. En 2007, ce sont plus de 5000 personnes qui défilaient dans le calme et la pudeur mais surtout sur haute surveillance, dans les rues de la ville trois fois sainte arborant des panneaux où on pouvait lire « Dieu aime tout le monde ».

Les partis religieux entendent en réalité interdire la tenue de la Gay Pride à Jérusalem et c’est pourquoi, un projet de loi en ce sens a été déposé le 29 janvier dernier à la Knesset. Selon le député du parti Shas Nissim Zeev, « l’homosexualité serait une épidémie du même type que la grippe aviaire ». Et d’ajouter que « l’homosexualité peut se soigner ». Des propos tenus à la télévision nationale.

Levée de boucliers dans les milieu religieux, véritable tollé pour les ultra-orthodoxes toutes confessions confondues, victoire et petite révolution pour la communauté gay en Israël, l’annonce de Mazouz soulève une problématique qui depasse l’homoparentalité en tant que telle, pour rejoindre les sphères de l’essence même de l’Etat hébreu, entre théocratie et démocratie progressiste. Toujours est-il que la seule démocratie du Proche-Orient montre de manière paradoxale, il faut le reconnaître, l’incroyable flexibilité de son appareil étatique, laissant loin derrière elle, des démocraties occidentales qui peinent, pour certaines d’entre elles, à légiférer sur la question de l’homoparentalité.—

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