News: FRANCE 24 EN ISRAEL - Interview exclusive de Marc de Chalvron, patron de la "French CNN".
Par Maxime Perez, Tel-Aviv
Rubrique: Média
Publié le 13 février 2008
INTERVIEW DE MARC DE CHALVRON,
CORRESPONDANT DE FRANCE 24 EN ISRAEL.
ETRE JOURNALISTE FRANÇAIS A JERUSALEM.
A tout juste 28 ans, Marc de Chalvron a le profil de ceux à qui l’on peut prédire une brillante carrière. Cet ancien pensionnaire du CELSA, l’une des grandes écoles de journalisme de Paris, démarre sa carrière à RFI où il couvre exclusivement l’actualité du Proche-Orient. En 2006, il emboîte le pas et se lance dans l’aventure France 24, la « french CNN » si chère à Jacques Chirac et qui voit enfin le jour après une décennie de rebondissements. La chaîne se développe rapidement et Marc est aussitôt envoyé à Jérusalem avec comme délicate mission de relayer les aléas du conflit israélo-palestinien. Désormais correspondant depuis plus d’un an, il nous relate son expérience, avec assurance et lucidité…
Qu’est ce qui pousse un journaliste français à devenir correspondant en Israël ?
Le Proche-Orient est une région fascinante, que je connais d’ailleurs de longue date puisque petit, j’ai vécu au Liban. Au-delà de ça, le conflit qui se déroule ici est particulièrement médiatique et l’opportunité d’y être propulsé et de pouvoir le couvrir est un grand privilège. Pour un journaliste, je dirais même qu’il s’agit d’un rêve.
N’est-ce pas une mission difficile lorsqu’on ne connaît pas la langue locale, l’hébreu comme l’arabe ?
Avant tout, je précise que je ne suis pas arrivé ici en terrain totalement inconnu et c’est un point important. Cependant, il est vrai que le fait de ne pas parler la langue locale donne parfois le sentiment que quelque chose nous échappe. Je le ressens notamment au niveau de la presse israélienne. Mais l’avantage en Israël est qu’on peut facilement trouver des interlocuteurs qui parlent anglais, français et même espagnol. Côté palestinien, même si j’ai quelques notions d’arabe, je suis contraint de m’entourer de collaborateurs qui me font office de traducteur et parfois même de guide.
Dans quelles conditions travaillez-vous ?
Les bureaux de France 24 sont situés au JCS (Jerusalem Capital Studios) à Jérusalem. Il s’agit d’une grande maison de production qui abrite l’ensemble des médias étrangers. Je dois dire que cet environnement facilite beaucoup notre travail de journaliste au quotidien, tous les moyens techniques étant mis à notre disposition. C’est un endroit naturellement très vivant, il y a beaucoup d’échanges avec mes confrères. C’est agréable.
La direction de la chaîne à Paris vous impose-t-elle une ligne éditoriale ?
La chaîne me fait confiance tout en restant attentive au travail que je produis. Elle attend principalement de moi un traitement équilibré de l’information et un souci d’honnêteté.
Le conflit israélo-palestinien est particulièrement médiatisé et suscite toujours les plus vives passions. Peut-on réellement être objectif et éviter la critique de part et d’autre ?
L’objectivité n’a pas grande signification dans ce métier. Il s’agit davantage d’honnêteté vis-à-vis de la réalité quotidienne de cette région. Il est vrai que pour beaucoup, décrire la réalité peut parfois déranger et témoigner d’un parti pris. J’estime que chacun à sa sensibilité.
Elle découle naturellement du mécanisme de compréhension que l’on a vis-à-vis du conflit.
Qu’en est-il du choix des mots ?
Pour le choix des mots, il est vrai que la terminologie employée ne convient que rarement aux deux camps. Terroriste, activiste, colon ou territoires occupés, je m’en tiens à la légalité internationale qui a déjà statué et qui est le seul critère qui donne de la hauteur.
Et les images ?
Je choisis toujours l’image qui reflète le mieux la réalité que je perçois. Et si tel n’est pas le cas, je la replace alors dans son contexte. Encore une fois, je tente de faire preuve de la plus grande honnêteté possible.
Comment se passe votre contact avec les Palestiniens lorsque vous travaillez dans les territoires ? Etes-vous bien perçu ?
En général, tout se passe parfaitement bien. L’accueil est plutôt chaleureux et les portes s’ouvrent facilement, ce qui est assez surprenant. J’ai parfois même l’impression que les Palestiniens en font un peu trop. Ils sont tellement habitués aux caméras qu’ils semblent jouer un rôle.
Quel regard portez-vous sur la société israélienne ?
C’est une société dont j’ai découvert l’incroyable complexité alors que je l’avais connue dans le passé. De l’extérieur, elle donne le sentiment d’être homogène. Mais de l’intérieur, on constate sa diversité.
Bien que ce pays ait été bâti sur une base occidentale, il se compose d’une multitude de communautés comme les Russes, les Ethiopiens, les orientaux, les ashkénazes, etc. En traversant simplement la rue, on voyage d’une culture à une autre.
Pour revenir à la société en tant que telle, on sent néanmoins qu’elle vit dans une sorte de confrontation perpétuelle. Les gens sont nerveux.
Par exemple, il est frappant de constater la virulence des débats politiques. Mais sur l’essentiel, je trouve que la société israélienne reste malgré tout unie.
Pour conclure sur une note plus légère, vous arrive-t-il de côtoyer la communauté francophone d’Israël ?
J’ai tout naturellement tendance à me tourner davantage vers les Français avec qui j’ai plus de références culturelles, qu’il s’agisse de mes confrères ou autres.
Je vis à Jérusalem et contrairement à Tel Aviv, il n’y a pas nécessairement d’endroits attitrés à telle ou telle communauté.—
Propos recueillis par Maxime Perez


