SARAH TOURS: Voyage en Israel

SAVE THE DATE: Rencontres sur la Sécurité le lundi 16 novembre 2009 News: ISRAEL POLYGAMIE - HEBREUX NOIRS et JAZZ : les musiciens messianiques de la communauté des Hébreux noirs d'Israël.

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Par Nathalie Szerman
Rubrique: Musique
Publié le 6 décembre 2007 à 09:52

Abshalom Ben Shlomo, Hébreu noir résidant en Israël depuis 36 ans, a collaboré dans le passé avec le précurseur de la musique électronique Sun Ra et se produit chaque année aux festivals d’Eilat et du Ghana. Aujourd’hui, il participe à une aventure typiquement israélienne : la création d’un centre d’interaction culturelle en plein cœur de Jérusalem. Entretien avec Abshalom à Ethio-Israël, le restaurant éthiopien où se situe l’action, autour de douze mots clés :

Ethio-Israël

“C’est une expérience interculturelle unique. Dans la rue Elyashar, en plein centre de Jérusalem, deux Ethiopiens ont ouvert un restaurant. Avec son bar, son écran géant, sa cuisine savoureuse, Ethio-Israël a tout d’un lieu de fête !” En tous cas, Ethio-Israël ne tarde pas à devenir un lieu de rencontres interculturelles. Aux Ethiopiens sont d’abord venus s’ajouter des Hébreux noirs, puis des Israéliens de tous bords. Le lieu charme en particulier les jeunes Israéliens bohèmes et les adeptes de jazz. Il connaît en outre un succès croissant auprès du public religieux juif.

Lisa Bodziner

« Lisa, c’est elle. » Jeune étudiante américaine de l’Université hébraïque, originaire de Georgie, un chignon ramassée sur la tête à la mode africaine, Lisa est tombée amoureuse d’Ethio-Israël. De sa propre initiative et sans rien demander à personne, elle est devenue la ‘PR’ du lieu. Consacrant son temps libre à faire vivre et connaître ce bar hors du commun, elle se sent ici chez elle. Avec Salomon, le manager du restaurant, et Abshalom, elle forme le trio gagnant de cette aventure interculturelle.

La religion

“Je ne suis pas juif. Je suis Hébreu, disciple de Ben Ammi Ben Israël [ndlr : Ben Carter de son nom d’origine], guide spirituel des Hébreux noirs, et je crois au message messianique de la Bible.” Les chansons d’Abshalom sont en effet empreintes de spiritualité et de millénarisme. Dans le bar d’Ethio-Israël où nous sommes allés le voir jouer, Abshalom interpelle le public avant d’entamer un air de blues : “Ici, nous produisons de la joie et de l’amour. Lisa, es-tu heureuse ce soir ?” Pour Abshalom, “la musique, comme la religion, doit être un facteur de paix entre les peuples.”

La musique éthiopienne

La musique, c’est toute la vie d’Abshalom. La soul, le blues, le jazz et maintenant la musique éthiopienne à laquelle il a été initié non par des Ethiopiens, mais par le saxophoniste israélien Nadav Haber. Selon Salomon, le manager, “c’est Nadav qui crée le lien entre jazz et musique éthiopienne, entre Ethiopiens et Israéliens.” Nadav aime tout de l’Ethiopie, de la langue (qu’il apprend), à la musique (qu’il maîtrise à la perfection), en passant par sa femme et sa fille, toutes deux Ethiopiennes. Abshalom a adopté sans mal la musique de ce pays qui n’est pas le sien : “C’est une musique avant tout africaine, avec des rythmes africains, qu’il faut ressentir avec le corps et non intellectualiser. La musique éthiopienne se danse, contrairement au jazz, totalement intellectualisé.”

Le mardi soir, Abshalom interprète des airs éthiopiens à Ethio-Israël avec un groupe de quatre autres musiciens, tous chevronnés, dont Nadav Habber et le guitariste Steve Peskoff. On danse aussi dans ce bar-restaurant, à la mode éthiopienne – beaucoup avec les épaules. Et le jeudi soir, c’est du jazz qu’on y entend.

Sun Ra

“J’ai participé à plusieurs tournées avec le mondialement connu ‘Blues Man Memphis Slim’. Mais ma grande chance a été de faire un bout de chemin avec Sun Ra. Sun Ra a inspiré le grand maître du jazz John Coltrane et le groupe Earth, Wind and Fire. Sa musique emprunte à toutes les variantes du jazz. Il a été l’un des premiers à introduire la libre composition et les claviers électroniques dans ses performances musicales.

J’ai joué pendant deux ans avec Sun Ra à Philadelphie et New York, dans le cadre de l’‘Intergalactic Immortality Arkestra’, juste avant mon retour en Israël [ndlr : les Hébreux noirs considèrent le retour en Israël, d’où seraient originaires leurs ancêtres, comme un retour aux sources]”. Avec Sun Ra et l’”Arkestra”, Abshalom a aussi été en tournée en France.

Groupes de musique

“Mon premier groupe de musique en Israël, monté en 1972, était le groupe des ‘Soul Messengers’ [messagers de l’âme]. Ce dernier a sorti en 1979 un album intitulé ‘The Soul Messenger Band’. Le groupe était composé de vingt-deux danseurs et musiciens, tous des Hébreux noirs. Nous interprétions de la Soul music, James Brown, du jazz… Nous jouions de la musique pour les soldats et dans les hôpitaux pour remonter le moral des troupes et des malades !”

En 1990, Abshalom Ben Shlomo crée “The Abshalom Ben Shlomo Ethnic Experience”, un sextuor de musiciens accomplis. Ils se produisent dans le Festival de jazz de la mer Rouge à Eilat où ils sont ovationnés par le public en 1993 et 2004. ‘The Abshalom Ben Shlomo Experience – 10, 000 Recollections” sort en 1990, puis “Mother Africa, We Love You” en 1991 et “Rise of the Messianic Civilization” en 1997. Depuis 2003, Abshalom se produit en outre au Panafest Arts Festival du Ghana.

Israël

“Je suis arrivé en Israël en 1971, peu après le noyau dur de la communauté des Hébreux noirs de Chicago, venus en 1969 avec notre guide Ben Ammi. Je me suis installé dans la communauté de Dimona. Aujourd’hui, je n’ai toujours pas la nationalité israélienne, pas plus que les autres Hébreux noirs en Israël. Nous avons encore le statut de résidants. Je suis venu participer à l’établissement du Royaume de Dieu en Terre sainte – accompagné de ma femme et de notre enfant de trois ans.”

La polygamie

“J’ai aujourd’hui deux femmes et huit enfants. La polygamie n’est pas interdite dans la Torah et elle est fréquente chez nous. Quand une femme est interdite à cause de son impureté menstruelle, une autre est généralement permise. Nous vivons tous ensemble en bonne entente sous le même toit. De la jalousie ? Pourquoi y en aurait-il ? Chacune apporte ce que nulle autre ne peut apporter. Chacune offre ce qu’elle seule peut offrir. Les femmes, plusieurs maris ? Vous plaisantez ? La nature de la femme est de n’aimer et n’avoir qu’un homme.”

La prison

“En 1986, la police est venue me chercher dans le mochav où je me trouvais pour m’incarcérer parce que je travaillais illégalement. Sept mois et demi de prison. C’était une tentative du gouvernement israélien pour faire rentrer les Hébreux noirs ‘chez eux’. Ca n’a pas marché : nous sommes restés.”

Projet

“Un livre sur Sun Ra. Je cherche un partenaire pour m’aider à relater les deux ans où j’ai suivi Sun Ra et l’ ‘Arkestra’, et rapporter sa théorie musicale avant-gardiste. C’était un innovateur, le précurseur de la musique électronique, un philosophe ‘cosmique’ doublé d’un véritable ‘scientifique du son’. Il savait déjà que la musique peut tuer et guérir. C’est le précurseur de la thérapie par la musique.”

La thérapie par la musique

“Le royaume du son” est une philosophie de la musique élaborée par les “musiciens messianiques de la communauté des Hébreux noirs d’Israël”. Elle se base sur l’idée que “le rôle de la musique est de renouveler le divin”. Toutes les formes de maladie sont considérées au bout du compte comme des problèmes de son, et donc de musique.

Salomon

“J’ai rencontré Salomon, manager d’Ethio-Israël, cette année, alors que je jouais du saxo. non loin du restaurant. Salomon m’a invité à entrer. Je lui ai demandé s’ils faisaient venir des musiciens dans leur restaurant. Il m’a dit que non. J’ai décidé de combler ce manque.”

A la sortie de l’armée, Salomon, qui a aujourd’hui 29 ans, s’est retrouvé pendant quatre mois au chômage. Il décide alors de créer, avec son ami Eddy, un bar pour Ethiopiens, ces derniers n’ayant pas de lieu de rencontre à eux dans le centre de Jérusalem. Ce bar ne tarde pas à se transformer en restaurant et à s’ouvrir à tous. C’est ainsi que le lieu est devenu, selon l’expression d’Abshalom, une “expérience interculturelle unique”.

On l’aura compris : cette belle aventure est, de A à Z, une grande histoire d’amour – d’amour pour la musique, d’amour pour l’autre.—

natszerman @gmail.com

Source: Nathalie Szerman © Israël Magazine

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