News: Israël PALESTINE - ANALYSE - Des clans qui gèrent une zone, un quartier et qui réclament leur part de gâteau.
Par Mati Ben Avraham à Jérusalem
Rubrique: Editorial
Publié le 23 octobre 2007 à 11:28
ANALYSE - Une petite anecdote historique, en guise d’apéritif… Au milieu des années 70 du siècle dernier, le légendaire maire de Gaza, Al Shafi, avait proposé au nouveau ministre de la Défense israélien, Shimon Pères, qu’une autonomie de gestion soit accordée à Gaza, prélude à la création d’une cité-état, type Singapour ou Hong-Kong.
Son argument principal : nous autres à Gaza n’avons rien de commun avec ceux de la Cisjordanie! Shimon Pères rejeta cette initiative. Trente ans plus tard, au moment où il accède à la plus haute marche de l’état, Gaza se coupe de la Cisjordanie, dans une circonstance historique radicalement autre. C’est, peut-être bien, ce que l’on appelle l’ironie de l’Histoire.
Deux gouvernements pour un seul peuple, avouons que le cas de figure est inédit dans cette région. Lequel des deux survivra à moyen ou long terme, c’est la question qui court les rues et palestiniennes et israéliennes et dans quelques pays alentour. De manière paradoxale, dirais-je, les deux gouvernements sont contraints à la même obligation de résultats, pour convaincre la population palestinienne de la justesse de leur démarche spécifique..
Dans la bande de Gaza, le gouvernement Hamas se doit, au plus vite, de démontrer que ses militants sont certes barbus, mais qu’ils n’ont ni cornes, ni queue, ni pieds crochus. C’est-à-dire gagner en respectabilité, alors que les images des exécutions sommaires, des pillages, des destructions vengeresses tendent à confirmer son caractère fanatique, intransigeant. Il lui faudra aussi – autre paradoxe – mettre au pas tous les mouvements et groupuscules armés qui gravitent dans son ombre afin de contrôler l’ensemble des problèmes liés à la sécurité. Tous ces groupes ne reposent pas sur des bases idéologiques, loin s’en faut. Ce sont, dans le meilleur des cas, des clans qui gèrent une zone, un quartier et qui réclament leur part de gâteau : qui X du trafic d’armes, qui Y du trafic de drogue, qui Z % du racket sur les magasins, les marchés… Il lui faudra enfin faire la preuve qu’il peut être un bon gestionnaire des choses du quotidien : le social, l’éducation, la santé, l’entretien des routes, l’eau, l’électricité et non plus dénoncer la corruption, mais l’éradiquer. En gros, prouver que croire ardemment au ciel n’empêche pas d’avoir un esprit pratique.
En Cisjordanie, la tâche du nouveau gouvernement s’annonce plus ardue, même si le chantier est similaire. Il lui faut, en effet, reconquérir d’abord la confiance de la population, confiance sérieusement écornée par les promesses non tenues, principalement par le président Mahmoud Abbas. Le bilan dressé est sévère : la corruption demeure un fléau, en dépit des efforts du président pour l’éradiquer : elle s’est faite plus discrète; un taux de chômage élevé; une distorsion sociale et l’armée israélienne omniprésente. Dimanche, à Ramallah, c’est le silence de Marwan Bargouti qui était le plus commenté et non la présentation du nouveau gouvernement. Pourtant, ce n’est pas faute de lui avoir envoyé un émissaire dans sa prison, d’avoir multiplié les appels téléphoniques. Marwan Bargouti a refusé de se laisser convaincre. Son silence sonne comme un désaveu non seulement de la démarche du président, mais du président lui-même. Et ce désaveu traduit une réelle tension entre la génération de Bargouti, la génération de ” l’intérieur”, celle de la première Intifada, par opposition aux “arrivistes ” de Tunis qui se sont emparés de tous les postes de direction, ne lui laissant que quelques miettes. Pour décoller, le duo Mahmoud Abbas Salem Fayad doit agir rapidement sur trois fronts : primo, établir l’autorité publique en mettant fin aux activités des mouvements et groupuscules armés qui agissent à leur guise; secundo, dresser un plan d’action gouvernementale pour pallier les carences administratives les plus criardes; tertio, relancer, et vite, les négociations avec le gouvernement israélien pour aboutir à un modus vivendi acceptable par les deux parties, pour l’immédiat. Faire ainsi la preuve que l’approche non-violente du règlement du conflit est la seule qui paie.
Au plan israélo-palestinien, le clivage intervenu au sein de la direction palestinienne offre une exceptionnelle possibilité de déblocage. L’ambiguïté que présentait cette direction à la Janus – une face tournée vers la paix, l’autre vers la guerre – a été levée. Ce qui place le gouvernement Olmert dans l’obligation de mettre en adéquation son discours et ses actes. Débloquer les 600 millions de dollars dus au titre de la TVA et autres taxes devient un impératif. Il en est de même de la libération des détenus palestiniens qui ne présentent pas, ou plus, de danger au plan sécuritaire. Et des mesures d’allègements aux points de passage entre différentes zones palestiniennes seraient également souhaitables. A la condition sine qua non, toutefois, que Mahmoud Abbas fasse le ménage chez lui et se convainque enfin de la justesse de vue de Ben Gourion en 1948, au lendemain de la Déclaration de l’Indépendance : un seul état, un seul gouvernement, une seule armée.—


