News: ISRAËL BUDGET 2008 - EXCLUSIF : NOUVELLES COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES MALGRÉ LES EXCÉDENTS FISCAUX
Par Jacques Bendelac à Jérusalem
Rubrique: Budget
Publié le 12 août 2007 à 06:26
Pas de trêve estivale pour le gouvernement israélien: le conseil des ministres se réunit pour adopter le projet de budget pour 2008.
Par Jacques Bendelac, à Jérusalem
Il aura fallu aux experts du Trésor pas moins de 219 pages pour expliquer aux ministres et députés israéliens comment l’Etat va dépenser 304 milliards de shekels en 2008, soit 50 milliards d’euros. Objectif: contenir le déficit à 1,6% du PIB en 2008, contre 2,9% en 2007. Autrement dit, les rallonges budgétaires de certains postes seront compensées par des coupes ailleurs, même si les caisses de l’Etat regorgent d’argent.
Les deux principaux postes de dépenses en 2008 seront la Défense et l’Education. La Défense bénéficiera d’une rallonge 3,3 milliards de shekels et atteindra une enveloppe globale de 49 milliards de shekels, soit 16% des dépenses publiques.
Au second rang, figure le budget de l’Education qui, avec une rallonge de près de 3 milliards de shekels, bénéficiera de 34 milliards de shekels, 11% des dépenses totales de l’Etat.
Pour financer ces rallonges, le Trésor a dû faire preuve d’imagination. Paradoxalement, au lieu d’utiliser les excédents qui s’accumulent (l’année 2007 va se terminer sur un excèdent fiscal de 10 milliards de shekels), le Trésor propose de nouvelles coupes budgétaires ainsi que de nouvelles recettes fiscales.
Au chapitre des économies, les Israéliens les plus défavorisés vont devoir se serrer la ceinture; les bénéficiaires du RMI, les chômeurs indemnisés, les familles monoparentales, les invalides de guerre, les travailleurs intérimaires et les malades de la polio ne verront pas leur sort s’améliorer.
Et alors que les caisses de l’Etat sont pleines, de nouveaux impôts vont apparaître alors que les services publics seront plus chers: les femmes au foyer seront contraintes de cotiser à l’assurance-maladie, les étudiants paieront 30% de plus à la sécurité sociale, les amendes de la circulation vont doubler, le prix de l’eau va être relevé de 10%.
Les mots-clés qui reviennent à chacune des 219 pages du texte du budget sont “compétitivité” et “rentabilité”. Autrement dit, les activités publiques qui ne sont pas rentables seront liquidées ou privatisées.
Le programme de privatisation va se poursuivre et s’étendre à des secteurs jusque là épargnés. Les “entraves” à la concurrence seront levées dans les secteurs du gaz, de l’eau, de l’électricité, de la téléphonie et des caisses de maladie. La gestion des hôpitaux publics sera confiée à des sociétés indépendantes, les crèches publiques et les centres pour handicapés seront cédés à des gestionnaires privés; la responsabilité de la formation professionnelle sera transférée aux employeurs. Même le standard de police secours (le fameux “100”) va être privatisé.
Les services publics seront à nouveau comprimés alors que le nombre des fonctionnaires continuera de diminuer. Le ministère de l’Industrie devra se séparer de 25 fonctionnaires, celui des Infrastructures se rétrécira de 5 postes, le ministère des Affaires étrangères devra supprimer 10 emplois consulaires. Quelque 200 fonctionnaires de police seront mis à la retraite anticipée alors que les agents de sécurité dans les transports publics seront supprimés. L’effectif des inspecteurs de l’Education nationale sera réduit de 30% en trois ans, tandis que le Sécurité sociale, les Agences pour l’emploi et le municipalités réduiront chacune leurs effectifs de 1% en 2008.
Quant à l’Orchestre de la Police, il sera carrément dissout: il faudra dorénavant faire appel à l’Orchestre des Armées pour animer les cérémonies officielles. Les 46 musiciens professionnels devront se recaser ailleurs.
Les nouveaux immigrants seront également mis à contribution: le “panier de l’intégration” va être réduit, les exonérations fiscales dont ils bénéficient aujourd’hui seront supprimées, le programme d’emploi pour les “nouveaux immigrants scientifiques” sera abandonné.
Certes, pour la première fois cette année, le gouvernement israélien a donné des “objectifs sociaux” à son budget. Deux objectifs sont visés pour les années 2008-2010: une augmentation de 15% du revenu des foyers les plus pauvres et une baisse du chômage au taux de 5,3% en trois ans. Pour y parvenir, Le gouvernement va mettre en œuvre de grands chantiers sociaux, comme la création d’un “impôt négatif” pour les travailleurs pauvres, la retraite obligatoire pour tous, une reforme en profondeur de l’éducation et de l’enseignement supérieur.
Reste à savoir si les objectifs sociaux sont réalisables ou s’ils sont seulement destinés à calmer les revendications de l’opposition. Car le budget contient aussi toute une série de mesures qui va à l’encontre des bonnes intentions sociales, comme le gel du salaire minimum, la suppression de la scolarité obligatoire jusqu’en terminale, la fermeture de trois centres de formation professionnelle (sur les sept existant), la baisse de 4% des allocations de chômage et de maternité ainsi que le blocage de toutes les autres prestations sociales.-




