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News: Israël Inde HISTOIRE - La lettre d’Einstein à Nehru...

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Rubrique: Histoire
Publié le 15 avril 2007 à 11:08

Au printemps 1947, la question du partage de la Palestine est à l’ordre du jour des Nations unies. Les dirigeants sionistes cherchent désespérément des appuis dans le monde. Ils s’adressent à Albert Einstein, pour qu’il tente de convaincre le nouveau dirigeant de l’Union indienne, Jawaharlal Nehru, de soutenir la création d’un État juif. Dans un article du quotidien britannique Guardian, l’historien israélien Benny Morris a relaté cet épisode peu connu.

La lettre d’Einstein à Nehru est datée du 13 juin 1947 et comporte quatre pages. Le physicien y assume son propre engagement : « Bien avant l’émergence de Hitler, j’ai fait mienne la cause du sionisme parce que j’y voyais un moyen de rectifier une injustice flagrante. » Einstein n’est pas partisan d’une division de l’humanité en États-nations, mais il constate qu’un État juif est une nécessité : « Le peuple juif, et lui seul, s’est trouvé durant des siècles dans une situation où il était agressé et pourchassé en tant que peuple tout en étant privé de tous les droits et de toutes les protections dont bénéficie même le plus petit des peuples… Le sionisme a permis de mettre un terme à cette discrimination. Par le retour à la terre à laquelle les reliaient d’étroits liens historiques… les Juifs souhaitaient abolir leur statut de paria parmi les peuples. »

Puis Einstein rappelle à Nehru les événements récents : « L’accession de Hitler au pouvoir a souligné, avec une logique barbare, les conséquences désastreuses de la situation anormale où se trouvaient les Juifs. Des millions de Juifs ont été tués… parce qu’il n’y avait aucun lieu sur la terre qui leur offrît un refuge. Les survivants juifs exigent le droit de vivre avec leurs frères, sur la terre ancienne de leurs pères. »

Nehru répond à Einstein par une lettre de trois pages, datée du 11 juillet. Cette lettre commence par ce que Benny Morris appelle « des excuses implicites » au sujet du recours à la realpolitik. « Malheureusement », écrit Nehru, les dirigeants nationaux doivent suivre « des politiques qui sont essentiellement égoïstes ». Le dirigeant indien précise : « Chaque pays raisonne d’abord en fonction de ses propres intérêts… Dès que la politique internationale semble contraire aux intérêts nationaux égoïstes, on trouve de nombreuses raisons pour ne pas suivre la politique internationale. » Le sous-entendu, explique Benny Morris, était parfaitement clair dans le contexte de l’époque : la majorité de la population indienne, qui devait tenir compte de l’existence d’une forte minorité musulmane et de l’émergence de l’État musulman du Pakistan, ne pouvait se permettre de s’aliéner les États arabes et musulmans hostiles à la création d’un État juif en Palestine.

Nehru exprime alors des considérations d’ordre moral : « J’avoue que, tout en ayant une grande sympathie pour les Juifs, j’éprouve aussi de la sympathie pour les Arabes. » Puis vient la conclusion, sans appel : « Je sais que les Juifs ont accompli en Palestine un travail remarquable et ont fait monter le niveau de vie dans ce pays, mais une question me préoccupe. Avec toutes ces réalisations remarquables, pourquoi ne sont-ils pas parvenus à s’assurer la coopération des Arabes ? »

Le 29 novembre 1947, l’Inde votait aux Nations unies avec le camp arabo-musulman, contre le projet de partage de la Palestine. Ce projet fut cependant adopté à une majorité des deux tiers (33 pour, 13 contre et 10 abstentions). Accepté par le mouvement sioniste et par les représentants des Juifs de Palestine, ce projet, qui prévoyait la création de deux États, l’un juif et l’autre arabe, fut rejeté par les États arabo-musulmans et par les représentants des Arabes de Palestine. On connaît la suite.

Quand Einstein plaidait auprès de Nehru pour la cause sioniste par Henri Pasternak. Extrait de L’Arche n° 576, avril 2006

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